Le pouvoir de décider essentiel à la vie de l'entreprise s'exerce-t-il en solitaire ou de manière collégiale ? Les dirigeants nous répondent.
Dossier spécial : partage du pouvoir
Jules César, Charlemagne, Charles Quint, Louis XIV, Staline… Il existe de nombreux exemples de chefs d’État vus par le grand public comme des personnes toutes-puissantes qui ont changé la face du monde pour le pire et le meilleur. Or, les historiens sont unanimes : nul ne peut décider seul. Derrière les grands noms qui recueillent toute la lumière se cachent souvent des ministres, des généraux ou des nobles sans qui rien n’aurait été possible. Citons Pison, Alcuin, Vauban, Molotov…
Il en va de même dans le monde de l’entreprise. Certes, le storytelling présente les grands dirigeants comme des êtres omniscients et au-dessus de la mêlée. De leur vivant, les pionniers de l’industrie américaine ont eu droit à tous les superlatifs. Aujourd’hui, c’est le tour des figures de proue de la tech ou de patrons du CAC 40. À plus petite échelle, nombre d’entrepreneurs sont, eux aussi, décrits comme des génies des affaires dont les talents justifient le statut. Et pourtant…
Qu’il s’agisse d’un pays ou d’une firme, il est impossible de tenir seul les rênes. Déléguer, structurer est primordial. Même dépeints comme des monarques absolus, les figures de proue du capitalisme du XXIe siècle le savent : sans Steve Wozniak et Mike Markkulla, Steve Jobs n’aurait pas fait d’Apple une firme iconique. Sans Sheryl Sandberg et des geeks de génie, Mark Zuckerberg ne serait pas l’homme qu’il est. Malgré son aversion pour la bureaucratie, le libertarien Elon Musk n’aurait jamais pu bâtir SpaceX sans l’administration fédérale américaine.
Quelle que soit la taille de leur groupe, les dirigeants savent qu’il faut déléguer, partager le pouvoir.
Dans ce dossier spécial, retrouvez leurs témoignages et leurs méthodes : relation entre président du conseil d’administration et CEO, mise en place de comités de direction, rôle des administrateurs, pactes d’actionnaires, recours à des conseillers externes.
Tous ces contre-pouvoirs jouent, d’une certaine manière, le rôle de l’esclave qui accompagnait sur son char l’empereur romain en plein triomphe. Au milieu des flatteries et des acclamations, cet homme de l’ombre susurrait au boss un petit rappel approprié : "Hominem te esse momento", soit "Souviens-toi que tu es mortel". Ce qui, dans le jargon entrepreneurial, pourrait se traduire par : "Mets en place une solide gouvernance, même quand tout va bien."
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