Alors que la campagne présidentielle commence, certaines voix s’élèvent pour pousser la prochaine candidature de Bally Bagayoko. À la manœuvre ? Les "barons noirs" du PS qui cherchent à diviser LFI. Retrouvez le troisième volet de "Politique fiction", la série de l’été.

Depuis son élection dès le premier tour à la mairie de Saint-Denis, l’Insoumis Bally Bagayoko est devenu une coqueluche dans l’ensemble de la gauche. Pour un bord politique engagé dans la lutte contre le racisme et attaché à la promotion de la diversité, ce premier édile d’origine malienne constitue un symbole fort.

Surtout, le quinquagénaire est proche du terrain, maîtrise ses dossiers, fait merveille dans les médias et parvient à associer un discours radical à un ton rassurant et pédagogique.

"Si les circonstances l’exigent"

Évidemment, certains l’imaginent jouer un rôle plus important dans les années qui viennent. En novembre 2026, au micro de l’excellent podcast Dans les yeux d’Agathe, animé par la journaliste Agathe Lambret, deux questions auxquelles bien du monde pense sont posées au responsable politique : "Vous voyez-vous un destin national ? Imaginez-vous d’être le candidat des Insoumis en 2032 ?".

Réponse de l’intéressé : "Si les circonstances l’exigent, je me tiens prêt", affirme-t-il. Celui qui estime que "les figures de la Nouvelle France doivent briser le plafond de verre" souligne toutefois que "le racisme, l’assignation et les préjugés ne sont pas déconstruits, y compris à gauche".

Bally Bagayoko successeur de Jean-Luc Mélenchon ? LFI paternaliste, voire raciste ? Aussitôt, les polémiques envahissent la toile et les médias, au risque de polluer la candidature de Jean-Luc Mélenchon

Zizanie chez LFI

Bally Bagayoko successeur de Jean-Luc Mélenchon ? LFI paternaliste, voire raciste ? Aussitôt, les polémiques envahissent la toile et les médias, au risque de polluer la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Très vite, les principaux lieutenants du "Patron" prennent position et s’accordent sur une même ligne : ne pas attaquer le maire de Saint-Denis, tout en rappelant que la campagne de 2027 est prioritaire. "L’heure est à l’union et non à la préparation d’autres scrutins", assène Manuel Bompard. "Sa parole est libre, mais il est comme nous en lutte contre l’extrême droite. Il sait que Jean-Luc Mélenchon est le meilleur rempart", glisse Éric Coquerel.

Antoine Léaument, de son côté, estime que "le candidat insoumis en 2032 sera Jean-Luc Mélenchon, président sortant. Il va être élu en 2027 !".

Bally Bagayoko lui-même assure que "sa loyauté ne fait aucun doute pour cette présidentielle". Pour celle-ci du moins… Toujours est-il que, chez LFI, une certaine zizanie règne. Le député Aly Dioura estime ainsi que "cette séquence marque un certain racisme systémique". "Un homme noir serait-il uniquement voué à être maire dans le 93 ?", s’interroge pour sa part son collègue Carlos Bilongo.

Ces réflexions sont reprises par plusieurs médias décoloniaux ou indigénistes relativement influents auprès d’une partie de l’électorat. À l’inverse, les médias de la droite dure se délectent de ce qu’ils nomment le "grand remplacement" ou le "communautarisme" de LFI.

Mouvement Nouvelle France et premiers soutiens

Un mois après les déclarations de Bally Bagayoko, la marque Mouvement Nouvelle France est déposée à l’INPI, sur X et Instagram apparaissent des comptes promouvant la candidature du maire de Saint-Denis, une tribune de '100 élu.e.s de la ruralité' sans étiquette affirme que Bagayoko pourrait "incarner l’ensemble des territoires".

Le principal intéressé assure pourtant n’être à l’origine d’aucune de ces initiatives et ne cesse de clamer son soutien à Jean-Luc Mélenchon.

L’école du vice est toujours là !

Une enquête signée par David Perrotin dans Mediapart finit par apporter le fin mot de l’histoire. Derrière le dépôt de statuts, la création de comptes et la mystérieuse tribune se cacheraient… les anciens barons noirs du PS, Julien Dray et Jean-Christophe Cambadélis.

Ces vieux routiers de la politique formés à "l’école Mitterrand" auraient tenté un coup fourré pour diviser LFI afin de permettre au PS de reprendre le leadership à gauche. Interrogé, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, assure  "tomber des nues" et "n’y être pour rien". Vraiment ?

Lucas Jakubowicz

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