Mis en avant ces derniers mois par le cas Duralex, les sociétés coopératives de production permettent aux salariés de détenir la majorité du capital d’une entreprise. En 2024, la France en comptait 2723.

En septembre 2024, les salariés de Duralex, alors dans la tourmente, reprenaient l’entreprise née en 1945. Dans les détails, ils se sont emparés d’un dispositif, la Scop – société coopérative de production – pour construire leur projet. En tout, 148 salariés ont adhéré en échange d’un investissement de 500 euros. Depuis, la société spécialisée dans la vaisselle en verre trempé se redresse. En 2025, elle devrait dégager 31 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 24,6 millions d’euros deux ans plus tôt, et espère atteindre les 35 millions d’ici à 2027 afin d’acter un retour à l’équilibre financier.

Un salarié, une voix

Pour créer une Scop, les salariés doivent détenir au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote. La loi prévoit qu’une part minimum de 25 % des bénéfices leur soit distribuée. Chaque collaborateur associé dispose d’une voix, quels que soient son statut, son ancienneté et le montant du capital investi. Chez Duralex, "60 % des salariés sont devenus associés", expliquait cet été sur Radio France Laurence Ruffin, vice-présidente de la Confédération générale des sociétés coopératives et participatives et présidente de l’entreprise coopérative Alma.

Objectif pour Duralex ? Atteindre les 100% d’ici à cinq ans. "Une autre caractéristique, c’est qu’on est dans une gouvernance démocratique avec plus de transparence, moins de hiérarchie et donc plus de partage des décisions." Duralex précise que son assemblée générale se réunit au moins une fois par an. Elle vote l’approbation des comptes, celle des nouveaux entrants à l’actionnariat, les grands axes stratégiques, les projets d’investissements conséquents ainsi que la répartition des bénéfices. L’AG est également chargée d’élire le conseil d’administration, qui a pour rôle de nommer notamment le directeur général de Duralex Scop SA.

Pour créer une Scop, les salariés doivent détenir au moins 51 % du capital et 65 % des droits de vote

Une histoire ancienne

L’histoire des Scop en France remonte au XIXe siècle, à une époque où elles prenaient la forme d’associations ouvrières. La législation a évolué peu à peu sur le sujet. En 2024, l’Hexagone comptait 2723 Scop, contre 650 en 1979. En tout, 62685 salariés sont concernés par ce modèle. Si Duralex s’est récemment lancé dans l’aventure, certaines entreprises ont adopté le dispositif depuis longtemps.

C’est le cas de Bouyer Leroux, fabricant de briques, transformé en Scop en 1980, qui démontre la viabilité du modèle coopératif dans l’industrie. "En tant que deuxième plus grande Scop industrielle de France, Bouyer Leroux place les valeurs humaines au cœur de sa stratégie, explique sur le site de l’entreprise Roland Besnard, PDG du groupe aux 550 collaborateurs et 125 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ainsi, l’entreprise se construit autour d’un projet commun de développement, considérant sur un plan d’égalité la gestion durable et exemplaire de l’ensemble de ses ressources, qu’elles soient humaines, matérielles et énergétiques."

D’autres dispositifs coopératifs existent. Citons la cousine de la Scop, la Scic – société coopérative d’intérêt collectif –, qui ouvre le capital à tous les acteurs d’un même projet (salariés, bénévoles, usagers, collectivités, citoyens…). La France en dénombre 1417.

Olivia Vignaud

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