Tout le monde peut s’approprier l’intelligence artificielle, preuve en est avec Mistertemp’group. L’entreprise de recrutement en intérim est en pointe en la matière. Elle est parvenue à "embarquer" tous les collaborateurs dans l’aventure.
Alexandre Pham (Mistertemp’group) : "Grâce à l’IA, le nombre de profils traités a été multiplié par cinq"
Décideurs Magazine. Pourriez-vous présenter Mistertemp’group en quelques mots ?
Alexandre Pham : Nous sommes une société spécialisée dans le travail temporaire présente dans une grande variété de secteurs : industrie, logistique, bâtiment… Le groupe compte 250 agences en France, en Italie, en Espagne et en Allemagne. Il collabore avec 14 000 clients et emploie 300 salariés au siège. Si l’on compte le réseau de franchisés, ses effectifs atteignent 1 300 personnes. Chaque jour, Mistertemp’group fait travailler 10 000 intérimaires sur des postes allant de l’ouvrier au cadre.
Lorsque la révolution de l’IA a commencé, quelle a été la réaction première du groupe ?
Même si le marché du travail temporaire n’est pas spontanément associé à l’univers de la "start-up nation", nous disposons déjà d’une forte culture numérique en interne. Cela se traduit par une soixantaine de développeurs embauchés dans le groupe ou par le fait que nous soyons membres du French Tech 120. Il y a deux ans, lorsque ChatGPT est arrivé, notre CTO a directement lancé un générateur d’offres d’emploi. L’appétence pour le digital, au cœur de notre culture, nous a permis d’être créatifs et réactifs.
Concrètement, quelles solutions avez-vous déployées ?
Les annonces automatisées ont d’abord été testées, elles sont désormais généralisées. Elles permettent de produire des textes plus percutants et mieux rédigés. L’IA améliore également la collecte de données sur les candidats. Auparavant, lorsqu’un recruteur faisait passer un entretien, il prenait des notes, en faisait une synthèse, puis la saisissait dans une base de données. Désormais, l’IA enregistre l’échange, résume le parcours du candidat, de manière plus efficiente, en prenant en compte les soft skills et les hard skills. Le recruteur peut ainsi se concentrer sur la relation humaine.
"Les innovations n’ont eu aucun effet sur le nombre d’embauches"
Quel est l’apport concret de ces innovations ?
En intégrant l’IA à notre processus opérationnel, le nombre de propositions proactives a été multiplié par vingt. Les profils présentés aux entreprises sont plus étayés et mieux ciblés. Notre matching est meilleur. Le volume de profils traités a, lui, été multiplié par cinq.
Sur quel projet IA êtes-vous actuellement en train de travailler ?
Nous sommes en train de tester la préqualification par l’IA. Lorsqu’un candidat souhaite postuler par téléphone lorsqu’une agence est fermée, une IA lui pose quelques questions basiques, en précisant d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une vraie personne. Puis, elle lui propose un rendez-vous avec un "vrai " professionnel qui reçoit une synthèse de son profil. Tout le monde gagne du temps, tout en conservant l’humain au cœur du processus. Pour le moment, l’accueil est bon.
Beaucoup de salariés craignent d’être remplacés par l’IA. Avez-vous été confrontés à ces inquiétudes ? Comment les lever ?
Notre culture "tech" a largement limité ces craintes. Surtout, ces innovations n’ont eu aucun effet sur le nombre d’embauches. Très tôt, nous avons veillé à « embarquer » tout le monde dans cette révolution. Par exemple, tous nos managers disposent d’un abonnement à Claude et ont suivi une formation sur le sujet. Plus de la moitié d’entre eux l’utilisent pour créer des agents IA et automatiser certaines tâches.
Propos recueillis par Lucas Jakubowicz
