Créée en 2002, Munic, qui conçoit et développe des solutions technologiques, a su convaincre à l'international notamment aux États-Unis, aujourd’hui son plus gros marché. Aaron Solomon, PDG de l'entreprise, revient sur les défis auxquels il fait face.
Aaron Solomon (Munic) : "L’industrialisation est indissociable de l’innovation"
Décideurs. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’entrepreneuriat, et plus particulièrement dans un domaine où l’innovation s’avère clé ?
Aaron Solomon. Je viens du monde du conseil où je dirigeais la filiale automobile d’un cabinet. Avec des collègues, nous avons décidé de monter notre société afin de développer nous-mêmes des technologies. Nous nous sommes d’abord spécialisés dans des projets de niche autour des calculateurs et logiciels embarqués avant de nous ouvrir aux grandes sociétés. La concurrence n’offrait jusque-là que des solutions électroniques fermées et non évolutives. Nous avons proposé des produits pilotables à distance, qui garantissent une fonctionnalité permanente, même si des tiers peuvent les faire évoluer. Très rapidement Munic a convaincu des clients à l’international, notamment aux États-Unis, aujourd’hui notre plus gros marché.
La France est-elle un bon terrain de jeu pour innover ?
On peut reprocher beaucoup de choses à la France et à l’Europe (réglementation foisonnante, marché fragmenté…), mais l’ensemble du cycle de formation du secondaire et universitaire est de qualité et reconnu à l’international. Munic est d’ailleurs implanté près de l’Epita, ce qui est une chance pour attirer des jeunes. Sur le plan du financement en France, Bpifrance joue un rôle fondamental, car elle permet de combler le manque de financement qui peut exister et aide à convaincre les banques de prêter de l’argent aux entreprises, ce qu’elles ne feraient pas forcément si elles y allaient toutes seules. Bpifrance est aussi présente sur l’export. Munic a également bénéficié du plan France relance 2030, qui nous a permis de nous positionner sur l’IA adaptée à la vision.
Quels sont les défis liés à l’innovation ?
Pour nous, l’enjeu est de trouver le bon équilibre entre innover et rester vivant. Si nous n’innovons pas assez, très rapidement nous serons rattrapés par les Asiatiques qui feront la même chose à moindre coût. Mais à l’inverse, si nous dépensons trop d’argent pour innover, nous risquons de mourir. Même après plus de vingt ans, cela reste un exercice d’équilibriste. D’autant qu’avec l’accélération de la mondialisation et le développement d’internet et de l’IA depuis notre création en 2002, les acteurs du monde entier peuvent se connecter très rapidement. Il faut probablement davantage se challenger que par le passé. À l’image d’autres entreprises françaises, nous ne réussissons pas parce que nous proposons les prix les plus bas, grâce à notre notoriété ou à la taille de notre marché intérieur, mais parce que nous innovons.
"Nous ne réussissons pas parce que nous proposons les prix les plus bas, grâce à notre notoriété ou à la taille de notre marché intérieur, mais parce que nous innovons"
Comment savoir où s’arrêter en matière d’innovation ?
Il faut éviter les projets trop spécifiques. Nous concevons des produits et des solutions standards que nous pouvons vendre plusieurs fois. D’abord on cherche les marchés où l’on pourrait les implanter. Très tôt, nous interrogeons les clients, plutôt grands comptes, sur le sujet de manière à ajuster le tir, avant de développer des prototypes. Ceux-ci sont nécessaires, car les clients ont besoin de preuves de concepts. On industrialise dans la foulée de manière à avoir un retour sur investissement le plus rapide possible.
Auriez-vous des exemples d’innovations ?
Nous produisons des systèmes électroniques embarqués dans lesquels nous intégrons notre propre système d’exploitation, lequel peut être ouvert à des tiers. Les véhicules routiers produisent de nombreuses données, mais les systèmes internes des constructeurs sont tous différents, et ce, même d’un modèle de véhicule à un autre. Il n’y a pas de standards. Nous sommes capables de vendre aux fournisseurs de services pour les véhicules, aux exploitants ou encore aux constructeurs nos solutions sans savoir sur quel modèle elles seront implantées, de les piloter à distance, de collecter l’information, et d’interagir avec le véhicule. Par exemple, nous pouvons savoir à distance de quel type de véhicule il s’agit et ce qui a pu causer une panne. Autre exemple : l’IA embarquée. Ce n’est pas nouveau, mais nous allons désormais beaucoup plus loin qu’avant en rendant certaines fonctionnalités autonomes. Si une caméra pouvait détecter les fruits récoltés par un tracteur en apprenant à un logiciel à reconnaître tel ou tel fruit, l’IA à réseaux de neurones peut désormais être entraînée pour apprendre à distinguer les espèces et mieux repérer les produits qui ne ressemblent pas forcément à la description initiale. Notre valeur ajoutée consiste à fragmenter l’exécution pour que le système ne soit ni trop lourd, ni trop coûteux.
Vous mettez en avant votre capacité à industrialiser vos innovations. Quelles sont vos forces ?
L’innovation n’est pas suffisante si elle ne se transforme pas en produit. Il faut maîtriser l’industrialisation, la production. L’industrialisation est indissociable de l’innovation. Nos clients sont exigeants et apprécient la rigueur que nous avons acquise au fil des années. Par exemple, nous produisons en Chine pour des raisons de compétitivité. Nous avons été impactés de manière très violente par les droits de douane imposés en avril 2025 par Donald Trump sur les produits exportés de la Chine vers les États-Unis. Munic a dû basculer en un temps record une partie de sa production au Mexique, pays qui bénéficie d’un accord avec le Canada et les États-Unis. Nous avons réussi à transposer notre modèle de production démontrant ainsi notre maîtrise de la chaîne et le sérieux de nos tests qui garantissent des pièces répondant à 100 % à tous les points de contrôles avant de sortir d’usine. Nous avons conservé le même niveau de qualité.
Propos recueillis par Olivia Vignaud
