Instabilité permanente, municipales et présidentielle à l’approche… L’année qui s’achève a été stratégique pour la classe politique. Fidèle à sa réputation, elle s’est montrée créative sur le plan des "petites phrases". Si certaines font sourire, d’autres sont cyniques, voire dangereuses pour la démocratie. Florilège.

Élisabeth Borne, un propos improductif

En cette période d’instabilité parlementaire, la classe politique est largement discréditée dans l’opinion publique. Et ce n’est pas Élisabeth Borne qui contribuera à arranger les choses. Invitée de BFM TV le 5 janvier, elle assène : "Je ne crois pas que l’on attende d’un ministre qu’il soit spécialiste de ses sujets"

Sur le fond, celle qui vient d’être nommée à la tête de l’Éducation nationale a raison. Les ministres techniciens sont souvent moins performants que certains profils politiques qui parviennent à tirer le meilleur de leur administration et à obtenir des crédits supplémentaires. Mais la saillie est aussitôt reprise pour décrédibiliser son camp, accusé d’être composé d’amateurs et de dilettantes.

Emmanuel Macron, OSS 118 en Afrique

C’est l’une des nombreuses répliques mythiques d’OSS  117. Face à un haut fonctionnaire égyptien soucieux de l’indépendance de son pays, le truculent espion français lui répond : "Développement, modernité, indépendance, moi je veux bien, mais enfin… Si y’avait pas les Occidentaux, hein. Rien que le canal, Si y’avait pas les Français et les english pour le tenir, quand on voit le bazar que c’est dans la rue ! Moi, je vous dis ça, c’est en toute amitié".

Le 6 janvier, lors de ses vœux aux ambassadeurs, Emmanuel Macron reprend la même sémantique en taclant les dirigeants africains : "Je crois qu’on a oublié de nous dire merci. Ce n’est pas grave, ça viendra avec le temps. […] Aucun [gouvernant africain] ne serait aujourd’hui à la tête d’un pays souverain si l’armée française ne s’était pas déployée dans la région".

Sébastien Delogu, le cannabis et les logements sociaux

Cette année encore, le député insoumis de Marseille nous a gratifiés de propos polémiques. Parmi eux : "Mélenchon, c’est Dieu, et moi je suis le fils de Dieu", "Je mène le combat contre la démocratie". Le 7 février, dans l’hémicycle, il propose de "construire plus de logements sociaux pour loger ceux qui sont expulsés de leurs logements sociaux". Quelques jours plus tôt, sur Twitch, il avait également fait parler de lui en proposant de "déléguer la vente de cannabis à d’anciens dealers".

Jordan Bardella fait rire le Medef

Le 28 août, en clôture de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef, les dirigeants des principaux partis politiques de l’Hexagone débattent des grandes questions économiques. Fidèle à lui-même, Jordan Bardella est mécanique, donne l’impression de réciter des fiches. Même ses petites phrases censées faire s’esclaffer l’assistance semblent téléphonées et n’arrachent qu’un sourire de convenance. Soudain, il fait rire l’auditoire à gorge déployée, ce qui n’était pas prévu. La raison ? Il affirme l’air grave et sérieux : "Moi, je siège au Parlement européen". Visiblement, les spectateurs étaient au courant de ses records d’absentéisme…

Gabriel Attal s’émancipe…

C’est un grand classique de la Ve République : un ancien premier ministre tacle le président de la République impopulaire pour incarner la rupture et devenir calife à la place du calife. Le 6 octobre 2025, Gabriel Attal est l’invité du 20 heures de TF1. L’occasion pour lui de s’en prendre à Emmanuel Macron : "Comme beaucoup de Français, je ne comprends plus le président de la République". C’est officiel, le président du groupe macroniste à l’Assemblée nationale ainsi que du parti Renaissance est officiellement à son compte et lorgne vers 2027.

Édouard Philippe surenchérit

Le maire du Havre et président d’Horizons ne cache pas son objectif : être candidat à la présidentielle de 2027. Espérant être le seul représentant du bloc central, il voit d’un mauvais œil la montée en puissance de Gabriel Attal. Celui-ci s’en prend à Emmanuel Macron ?

Le lendemain, Édouard Philippe surenchérit en appelant officiellement à la démission du président de la République. Invité sur RTL le 7 octobre, il sort l’artillerie lourde. Estimant que "l’État n’est plus tenu", il appelle l’hôte de l’Élysée à "prendre une décision à la hauteur de sa fonction en partant de façon ordonnée".

Rachida Dati étrille, encore, Gabriel Attal

Entre Rachida Dati et Gabriel Attal, ce n’est pas l’amour fou. Après avoir menacé l’ancien premier ministre de transformer son chien en kebab en 2024, la ministre de la Culture remet le couvert en 2025. Celle qui a besoin du soutien de l’Élysée pour être seule candidate LR-bloc central à la mairie de Paris voit Gabriel Attal comme une épine dans le pied.

Si ce dernier s’émancipe, la sarkozyste fait preuve de fidélité avec son sens de la formule qui la caractérise. Le 29 octobre, elle passe à l’offensive : "Attal disait lui-même qu’il ne comprenait pas les décisions du président de la République ; je suis peut-être d’accord avec lui sur une décision ; je n’ai pas compris pourquoi il l’avait nommé Premier ministre". Las, Emmanuel Macron est si démonétisé que Renaissance, contrôlé par Gabriel Attal, donne son investiture à Pierre-Yves Bournazel.

Budget : les centristes ont de l’humour

En cet automne 2025, Sébastien Lecornu s’échine à faire voter un budget sans passer par l’article 49.3, sans majorité claire, avec un risque de censure permanent. Le terrain est miné et deux centristes connus pour leur verve s’en donnent à cœur joie. Le 29 septembre, sur les ondes de France Inter, l’ancien député Jean-Louis Bourlanges estime que "l’on demande à Lecornu de gagner une partie de poker avec un 2 de trèfle". Deux semaines plus tard, le sénateur Claude Malhuret, au sens de la punchline légendaire, déclare que "le budget s’annonce encore plus difficile à monter qu’un meuble Ikea".

Jordan Bardella se paie Bruno Retailleau

Le 14 octobre, LR est dans une situation étrange. Bruno Retailleau, président du parti, a décidé que ses troupes ne participeraient pas au gouvernement Lecornu, pourtant issu de LR et proposant une feuille de route similaire à celle de François Bayrou. Logiquement, certains ministres LR décident de garder leurs fonctions. La sanction ne tarde pas à tomber : ils sont exclus du parti. Ce qui fait dire à Jordan Bardella, s’exprimant devant les députés RN : "Bruno Retailleau a expulsé plus de gens de LR que de migrants clandestins".

Christian Estrosi torpille Éric Ciotti

La guerre des droites se profile aux municipales de Nice entre deux anciens sarkozystes : le maire sortant Christian Estrosi "macron-compatible" sera opposé à Éric Ciotti, son cadet de dix ans, chantre de l’union avec le RN. Ciotti doit tout à Estrosi et celui-ci n’a pas manqué de le faire savoir. Le 22 novembre, l’édile lance son premier meeting de campagne, lequel commence par une vidéo de plusieurs minutes qui compile tous les propos laudateurs du "Petit Chose de la droite" à l’égard de son aîné : "Christian Estrosi a tout donné à Nice", "Je ne serais pas là sans lui", "Christian, je veux te redire ce soir mon amitié". Une technique qui transforme son adversaire en traître et en félon. Autre, coup bas, le 13 novembre, la mairie de Nice a fait fermer un restaurant pour raison sanitaire. Coïncidence, Éric Ciotti s’apprêtait à y organiser un "apéro de campagne".

Aurélien Taché, l’agent chinois ?

PS, LREM, EELV, LFI. Depuis 2017, Aurélien Taché a changé plusieurs fois de parti. Mais aussi de positions. Durant plusieurs années, il était connu pour son soutien aux Ouïghours ou sa dénonciation de "l’autoritarisme de la Chine". Depuis peu, il professe une nouvelle doctrine. Est-ce pour plaire à Sophia Chikirou "commissaire politique" officieuse de LFI, qui estime que la Chine "n’est pas une dictature" ? Impossible de le savoir. En tout cas, il se surpasse. Le 26 novembre, sur son compte X, il reprend les éléments clés de la propagande chinoise en évoquant "une menace japonaise" incarnée par une Première ministre "raciste et négationniste". Il en profite également pour glisser que "Taïwan est chinois" sous prétexte que "les Taïwanais sont des Hans, qui est l’ethnie majoritaire en Chine". Venant d’un "décolonial" autoproclamé, c’est cocasse !

Lucas Jakubowicz

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