Présidentielle, législatives, prise de poste des nouveaux élus, routine politicienne... Le cru 2022 est riche en petites phrases polémiques. Si certaines font sourire par leur maladresse, d’autres sont révélatrices d’une pensée parfois antirépublicaine. Voici un florilège loin d’être exhaustif.

Un président devrait-il dire ça ?

Nous sommes le 4 janvier 2022. Emmanuel Macron reçoit sept lecteurs du Parisien pour une interview de deux heures. En pleine reprise de l’épidémie de Covid 19, les accusations contre les non-vaccinés accusés de propager le virus et d’encombrer les hôpitaux commencent à poindre. Que compte faire le président de la République ? S’il écarte la vaccination obligatoire, il assume : "Les non-vaccinés, j’ai bien envie de les emmerder". Aussitôt, l’opposition se déchaîne : mépris des Français, insulte de ses concitoyens, mise au ban d’une partie de la population… Pourtant, cette sortie est tout sauf involontaire. La preuve, elle a passé les "fourches caudines" de la relecture en cabinet. L’Élysée avait misé sur une adhésion des Français. À juste titre puisqu’un sondage Odoxa révélera que 60 % de la population approuve le propos.

Gérald Darmanin, macho malgré lui ?

La journaliste Apolline de Malherbe est réputée pugnace. Ce 8 février, elle "cuisine" le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin sur l’insécurité. Visiblement agacé, l’ancien sarkozyste déclare avec morgue : "Calmez-vous Madame, ça va bien se passer." Le voici accusé de machisme, lui qui essayait de changer son image à coups de mariage et de photos de chats. Une petite phrase qui pourrait le poursuivre longtemps. Les membres du collectif Ibiza proche d’EELV l’ont d’ailleurs piégé en septembre à Versailles en se photographiant à ses côtés revêtus de t-shirts imprimés avec la fameuse citation.

Valérie Pécresse fait du Zemmour

Une campagne électorale ratée se caractérise souvent par une date néfaste où le candidat dévisse. Pour Valérie Pécresse, ce fut le 13 février lors de son meeting au Zénith considéré par tous comme un échec alors qu’il devait marquer le début officiel de la remontada. Parmi les nombreux reproches, cette affirmation dans son discours : "Il n’y a pas de fatalité, ni au grand dépassement ni au grand remplacement." Cette notion complotiste d’extrême droite qu’Éric Zemmour emploie ad nauseam indigne jusqu’aux collaborateurs de la candidate LR.

Caroline Cayeux et "ces gens-là"

Lors du premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron a fait le plein au sein de la droite bourgeoise et conservatrice, en témoigne son score dans les beaux quartiers de l’ouest de la capitale, à Neuilly-sur-Seine ou encore Versailles. Pour le nouveau gouvernement, il est temps de leur donner des gages. Le président réélu nomme Caroline Cayeux, ex-maire LR de Beauvais au poste de ministre des Collectivités territoriales. Problème, ses positions anti-mariage pour tous ne cadrent pas avec le progressisme macronien, ce qui agace la majorité et l’opposition. Sous pression, la néo ministre joue la carte de l’apaisement à sa façon : "J’ai beaucoup d’amis parmi ces gens-là." Un terme assez méprisant qui fait penser à une célèbre chanson de Jacques Brel. Et met de l’huile sur le feu. La ministre finira par quitter le gouvernement le 28 novembre sur fond de soupçons d’évaluation mensongère de sa déclaration de patrimoine…

Grégoire de Fournas "ruine" le nouveau RN

Un score historique à la présidentielle, l’entrée de près de 90 députés cravatés, policés et bien peignés au Palais-Bourbon. Marine Le Pen, aidée par les outrances de la Nupes, parvient à se dédiaboliser peu à peu et semble, aux yeux des électeurs, plus modérée qu’EELV ou LFI. Mais le 3 novembre, patatras, le député de Gironde Grégoire de Fournas fait craquer l’édifice. En plein débat sur l’accueil d’un navire de migrants, il coupe la parole au député insoumis d’origine angolo-congolaise en criant "Qu’il retourne en Afrique !", invective raciste ? Le vigneron de profession s’indigne en affirmant qu’il utilisait le pluriel, soit "Qu’ils retournent en Afrique". Mais le mal est fait, toute la classe politique a beau jeu de clamer que le RN ne changera jamais. Au grand dam de Marine Le Pen.

Gérald Darmanin, épisode 2 : les supporters anglais

Cette année, le premier flic de France se place à deux reprises dans la sélection. Le 28 mai, le stade de France accueille la finale de la Ligue des Champions. Au menu, un alléchant Real Madrid-Liverpool initialement prévu à Saint-Pétersbourg. L’avant-match est chaotique puisque des bandes rackettent les fans liverpuldiens et tentent de s’introduire de force dans l’enceinte. Droit dans ses bottes, le ministre accuse les "supporters anglais" pourtant pris entre deux feux : une police agressive et des délinquants. Parmi eux, pas d’Anglais. Mais beaucoup d’Algériens et de Marocains. Du pain béni pour l’extrême droite.

Mélenchon l’anti-flic

Pour séduire la gauche de la gauche et les banlieues, Jean-Luc Mélenchon avait misé sur une stratégie communautariste. En juin, il ajoute une corde à son arc en attaquant régulièrement les forces de l’ordre : le syndicat Alliance est qualifié de « secte » lors d’une réunion publique. Puis, il fait publier sur Twitter ce qui a tout l’air d’un slogan : "La police tue". Un propos qui scandalisera une grande partie de l’opinion publique. Les sondeurs montreront par la suite que cela a abîmé l’image de la Nupes, notamment dans la France périphérique où le RN, perçu comme moins radical, a remporté la majorité des duels face à LFI.

A lire : LFI : opération dédiabolisation ?

Mathilde Panot dans les traces de Jean-Marie Le Pen

6 juillet, Élisabeth Borne prononce son discours de politique générale à l’Assemblée nationale. Conformément à la Constitution, chaque président de groupe prend la parole dans l’hémicycle. Réputée pour ne pas faire dans la dentelle, l’Insoumise Mathilde Panot va encore plus loin qu’attendu avec une invective qu’aurait pu faire Jean-Marie Le Pen. Elle qualifie la Première ministre de "rescapée". Une référence voilée à son père déporté en camp de concentration car juif ? Une allusion à une macronie affaiblie ? Réponse 2 se défend l’oratrice. Mais la graine est semée, les antisémites ricanent. Et LFI montre une fois de plus qu’elle pêche en eau trouble.

Danièle Obono, promotion de la nécrophagie ?

Le 2 octobre se tient une manifestation de soutien aux femmes iraniennes. Sandrine Rousseau et d’autres partisanes du féminisme intersectionnel sont huées. On leur reproche notamment leur double discours : participer à la promotion du voile en France tout en encourageant celles qui le brûlent en Iran. Le lendemain, dans un tweet, la députée LFI s’adresse à ces siffleurs : "Mangez vos morts." Le summum de la vulgarité qui contribue à radicaliser davantage la Nupes. De quoi ravir les alliés socialistes…

Les leçons de peinture de Nicolas Sarkozy

Les années passent mais Nicolas Sarkozy reste très fier de lui-même et n’a pas perdu sa capacité à trouver la pique qui fait mal. Dans une interview au Point, il se paie Valérie Pécresse qu’il s’est bien gardé de soutenir durant la dernière présidentielle. "Ce n’est pas parce que tu achètes de la peinture, une toile et des pinceaux que tu deviens Picasso. Elle a pris mes idées, mon programme mais elle a fait 4,8 %." Picasso aura beau jeu de s’étonner qu’une partie croissante des militants le considèrent comme un adversaire, lui qui est toujours encarté. Avec des amis comme ça, pas besoin d’ennemis.

Jean-Luc Mélenchon, Il faut sauver le soldat Adrien

À l’instar de Gérald Darmanin, la tortue sagace est présente à deux reprises dans cet article. Alors que le député Adrien Quatennens est empêtré dans une affaire de violence conjugale, le 9 octobre sur France 3, Jean Luc Mélenchon prend sa défense : "Il n’est pas violent parce qu’il a été violent une fois", il souhaite que cessent "le lynchage" et la "répétition de gifles politiques dans les médias". Si celui qui s'imaginait premier ministre souhaite surtout soutenir l’un des siens, cela est mal perçu par la Nupes qui se proclame en pointe en matière de lutte contre les violences conjugales. Pour la première fois au sein de LFI, la contestation gronde. La leçon à en tirer ? Une reprise en main avec la promotion Manuel Bompard, "commissaire politique" du Patron.

Eric Zemmour et Sandrine Rousseau : pas cette fois ci !

Les lecteurs parvenus jusqu’au bout de cet article se demanderont peut-être où sont les maîtres Jedi des petites phrases, Sandrine Rousseau à gauche, Éric Zemmour à droite. Nulle part. Leur stratégie de communication est basée sur les sorties polémiques en quantité industrielle pour faire infuser avec succès leur idéologie dans l’espace public. Mais aussi pour exister. Il faut bien laisser la place à d’autres, tant pis pour leur ego.

Pour les plus curieux, n'hésitez pas à retrouver sur les liens ci-contre les "pires petites phrases" de 2021 et les "pires petites phrases" de 2020.

Lucas Jakubowicz

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