L’année 2023 fut riche en événements : réforme des retraites, guerre en Ukraine, mort de Nahel, attaque du Hamas, hausse de l’antisémitisme, drame de Crépol… De quoi donner lieu à une multitude de saillies plus ou moins calculées. Si certaines font sourire, d’autres sont cyniques et dangereuses pour la démocratie. Florilège.

Olivier Dussopt n’a pas craqué (en fait si !)

C’est une attitude fréquente chez les personnes en burn-out et à bout de nerfs : faire croire qu’elles maîtrisent la situation. Ce qui ne trompe personne, pas même elles. Le cas d’Olivier Dussopt est un bel exemple. Le 18 février, la réforme des retraites est officiellement adoptée. Les mains tremblantes, le visage rougi par la colère, la voix cassée, il hurle dans l’hémicycle aux députés Insoumis : "Vous m’avez insulté quinze jours, personne n’a craqué, personne n’a craqué !" Ce qui, de toute évidence, est faux. Soulignons toutefois que, pendant des semaines, le ministre du Travail a été dans l’œil du cyclone, subissant pressions et insultes qui feraient s’effondrer le plus zen des moines bouddhistes. Il a notamment vu le député LFI de Seine-Saint-Denis Thomas Portes piétiner un ballon de foot à son effigie.

Aurélien Pradié, un frondeur chez LR

La réforme des retraites portée par Emmanuel Macron ? Sur le plan idéologique, elle est très proche de ce que défend la droite depuis des années. Mais la politique est parfois irrationnelle. Après son adoption via l’article 49-3, le groupe Liot a proposé une motion de censure pour renverser le gouvernement. L’équation est simple : si LR ne s’associe pas, le gouvernement reste en place. La direction du parti de droite avait appelé à ne pas voter la motion. C’était sans compter sur le turbulent et médiatique député du Lot Aurélien Pradié. Sur Europe 1 le 20 mars, il assume : "Oui, je voterai la motion de censure." Il parvient à entraîner dans son sillage plusieurs collègues et la motion est presque adoptée, seules 9 voix manquaient à l’appel. De quoi semer la zizanie dans les rangs de son parti divisé entre une technique d’opposition frontale et une stratégie constructive.

François Fillon, le petit marchand de rillettes

Alors que la guerre en Ukraine bat son plein, le RN cherche à faire oublier ses accointances poutiniennes en amorçant une commission d’enquête parlementaire consacrée aux "ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères". Le 2 mai, c’est François Fillon qui est auditionné. Au menu, ses liens avec le régime russe depuis son retrait de la vie politique. Visiblement piqué au vif, l’ancien premier ministre riposte : "Je mène ma carrière professionnelle comme je l’entends. Si j’ai envie de vendre des rillettes sur la place Rouge, je vendrai des rillettes sur la place Rouge." De quoi donner des idées aux amateurs de parodies. Mais aussi comprendre la vision de l’ancien candidat LR en 2017 réputé têtu : il est prêt à mener l’activité qu’il souhaite au service du client qu’il souhaite. Business is business.

Nahel, Mélenchon et les chiens de garde

27 juin à Nanterre, le jeune Nahel Merzouk est tué par un policier. Sur le moment, difficile de connaître les circonstances du drame. Mais aussitôt, de nombreuses villes de France sont secouées par des émeutes. Officiellement, il s’agit de demander justice, officieusement, ce sont surtout des prétextes aux pillages. En de telles circonstances, toute la classe politique devrait appeler au calme. Fidèle à sa stratégie de conflictualisation, Jean-Luc Mélenchon fustige le 28 juin "les chiens de garde qui appellent au calme", tout en demandant de ne pas s’en prendre aux écoles. Les magasins, c’est autorisé ? Sa garde rapprochée reprend la même sémantique, ce qui hérisse jusqu’aux alliés de la Nupes qui se désolidarisent…

Médine chez les écolos, interdiction de l'Abaya, rentrée politique foirée de Gérald Darmanin : l'été a été riche en petites phrases...

Marine Tondelier assume d’inviter un imbécile !

Fallait pas l’inviter ! Dans le cadre de leur université d’été au Havre, les écologistes ont choisi de convier le rappeur Médine, issu de la cité portuaire, pour parler culture. Hélas, son parcours est loin d’être "bienveillant" et "inclusif" puisqu’il est notamment connu pour ses quenelles dieudonnesques. Alors que le parti se déchire sur le fait de le décommander, Médine ironise sur les origines de l’essayiste et chroniqueuse Rachel Khan, descendante de déportés, qu’il qualifie de "Reskhanpée". Le 18 août sur France Inter, la secrétaire nationale du parti Marine Tondelier confirme l’invitation de façon lunaire. D’après elle, il y a deux types d’antisémitisme, le "volontaire" et l’"insidieux" soit "des gens qui ne prennent pas conscience de la gravité de leurs propos, qui ne sont pas conscients. Ça peut être par maladresse, mimétisme, manque de culture, manque de formation, ignorance. Pour moi, Médine est dans ce cas." Elle reconnaît de manière condescendante et maternaliste qu’en plus d’être antisémite, son invité d’honneur est pas le couteau le plus affuté du tiroir. Ce qui justifie sa venue…

Médine, Sandrine Rousseau sort les rames

Le même jour, Sandrine Rousseau essaie d’éteindre la polémique à sa manière. Elle réussit à faire "mieux" que Marine Tondelier. Sur BFM, elle reconnaît que le tweet de Médine est "antisémite, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit." De quoi faire machine arrière et annuler la table ronde à laquelle participe le rappeur ? Pas vraiment : "Il y a quand même une condition pour qu’il s’exprime : qu’il reconnaisse que c’était un délit." En somme, l'auteur d’un tweet odieux qui reconnaît son antisémitisme et son délit est bienvenue pour parler de lutte contre l’antisémitisme. Quel monde merveilleux !

Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, Aurélien Taché : la gauche mollah

Le 27 août, le ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal annonce l’interdiction de l’abaya dans les lycées et collèges publics. Une mesure plébiscitée par l’opinion tous bords confondus. Mais qui hérisse Jean-Luc Mélenchon qui, dès le lendemain, évoque une "nouvelle absurde guerre de religion". D’autres responsables embraient, la députée LFI de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain déplore "une police des vêtements et un rejet obsessionnel des musulmans". Son collègue EELV du Val d’Oise Aurélien Taché va jusqu’à parler de "chasse aux élèves musulmans". Des excès de langage qui contribuent à fracturer encore plus la société en expliquant que le respect de la laïcité est islamophobe. Au passage, l’argumentaire des pro-abaya reprend les éléments de langage du service de presse de la République islamique d’Iran…

Elisabeth Borne trolle la rentrée politique de Gérald Darmanin

27 août toujours. Une date que Gérald Darmanin attendait depuis longtemps. Pour asseoir sa stature de présidentiable, l’ambitieux ministre de l’Intérieur avait prévu d’organiser ce jour-là sa propre rentrée politique à Tourcoing. Tout était minutieusement préparé : hommage aux classes populaires, mise en avant de son statut d’enfant du peuple, saucisses frites à foison, séance de photos en famille pour Paris Match, mise en avant d’alliés venus de l’aile gauche et droite de la Macronie. Une agitation guère prisée par l’Élysée qui a dépêché sur place Élisabeth Borne. Protocole oblige, elle a eu droit à la parole. Sur scène, devant un Darmanin crispé, elle sort l’artillerie lourde. Darmanin, candidat du peuple ? "Chacun son histoire, moi aussi. C’est la République qui m’a aidée alors que j’étais cette fille d’immigrés dont la mère devait élever seule ses enfants". 2027 ? Pas tout de suite : "Cette unité derrière le président de la République et son projet, j’y tiens, j’y veille et j’en suis la garante, comme cheffe de la majorité". Pour finir, elle fait longuement applaudir Bruno Le Maire, autre présidentiable. Le calice jusqu’à la lie!

Le Hamas, combattants de la liberté ?

Le 7 octobre est une date qui restera, hélas, dans l’Histoire. Parti de la bande de Gaza, le Hamas lance un raid sur Israël. Viols, meurtres d’enfants, torture, prise d’otages… Le pire est au rendez-vous. Aussitôt toute la classe politique condamne l’attaque et parle de terrorisme. Toute ? Non. Dans un communiqué rédigé à chaud par la députée Danielle Obono, LFI renvoie agresseur et agressé dos à dos et évoque une "offensive des forces armées palestiniennes menées par le Hamas". Des mots qui auront deux conséquences : peu habituée à faire machine arrière, la majorité des Insoumis restera sur cette ligne immorale, multipliera les saillies odieuses, les fake news et dévissera dans les sondages. Pire encore, cela acte la fin quasi officielle de la Nupes.

Emmanuel Macron : marcher contre l’antisémitisme c’est fracturer le pays

3 novembre. Presque tous les responsables politiques bravent le froid parisien pour marteler un message simple : non à l’antisémitisme en France ! Parmi les absents, notons-en un de taille, le président de la République. Deux jours plus tard, dans un discours prononcé à Berne, Emmanuel Macron se justifie : "Mon rôle est de continuer à préserver, dans cette période, l’unité du pays et de ne jamais renvoyer dos à dos les uns et les autres." Drôle de raisonnement… Cela signifie que se mobiliser contre les actes antijuifs c’est briser l’unité nationale et que cela renverrait face à face deux France ? La lutte contre toute forme de discrimination devrait justement être ce qui rassemble le pays.

Éric Ciotti, à la droite de Zemmour

En termes de marketing, on peut dire que LR cherche le bon positionnement. Qui séduire en priorité ? Le centre droit ou les électeurs d’extrême droite ? Le chef du parti Éric Ciotti a fait son choix. Le 19 novembre, Thomas Perotto, jeune de 16 ans, est tué au cours d’un bal dans le petit village drômois de Crépol. Les coupables ? Des jeunes d’une cité de Romans-sur-Isère. Dans les jours qui suivent, une centaine de militants d’extrême droite organisent une expédition punitive dans le quartier de la Monnaie (très vite stoppée par la police). Un non-événement pour le député des Alpes-Maritimes. Le 26 novembre sur BFM, il explique : "Moi ce qui me choque, c’est l’assassinat de Thomas, point final (…) Il y a une hiérarchie de l’information, il ne faut pas tout mettre sur le même plan." Après tout, un groupe qui se substitue à la justice et organise une ratonnade, c’est pas si grave, non ?

Lucas Jakubowicz

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