À la tête d’un Rassemblement des progressistes, l’eurodéputé part à l’assaut de l’Élysée. Comme Emmanuel Macron en 2017, il se positionne sur le centre-gauche de l’échiquier. Une technique gagnante ?

C’est un secret de Polichinelle, Jean-Luc Mélenchon va se présenter une quatrième fois en 2027. S’il rassemble une partie de la gauche, nombreux sont ceux qui cherchent un candidat au profil plus modéré pour porter les couleurs d’un rassemblement allant "de Ruffin à Glucksmann", pour paraphraser Olivier Faure. Mais, à six mois du premier tour, personne n’ose s’y coller. Certes, le premier secrétaire du PS déclare "y songer", mais il est testé à moins de 10 % dans toutes les études d’opinion.

"Il faut élargir"

En janvier 2027, la situation se décante. Sur le plateau du 20 heures de TF1, Raphaël Glucksmann fait tapis : "En l’état actuel, la gauche ne rassemble que 30 % des Français. Pour éviter la victoire de tous les extrêmes, il faut élargir et rassembler tous les progressistes du pays, analyse-t-il. J’accepte cette tâche et annonce ma candidature à la présidence de la République."

Son idée est simple : mettre en place une confédération de partis et d’associations qui défendrait certains principes clairs, tels que "la défense de la démocratie en France et dans le monde", "le rejet de toute forme d’autoritarisme et d’essentialisme", "l’amour des Lumières", "la lutte contre le déclassement des classes moyennes" ou "la préservation du modèle social français".

Bernard Cazeneuve, Yannick Jadot et Clément Beaune se rallient rapidement

Nouvelle étiquette

Dans la foulée, les statuts du Rassemblement des progressistes sont mis sur pied. Plusieurs structures et personnalités y adhèrent : Place publique, La Convention de Bernard Cazeneuve, le parti radical de gauche, Yannick Jadot, mais aussi des macronistes d’obédience sociale-démocrate, comme Clément Beaune, Juliette Méadel ou François Rebsamen qui, tous, jugent la candidature d’Édouard Philippe trop conservatrice pour leurs principes.

Quid du reste de la gauche ? Le parti socialiste consulte ses militants : 68 % d’entre eux décident de rejoindre l’aventure contre de nombreuses circonscriptions gagnables. Olivier Faure qualifie la situation de "moindre mal" et se réjouit "d’une social-démocratie inclusive". En revanche, du côté des Verts, les militants choisissent une candidature autonome, tout comme les communistes.

Une recette qui marche

Très rapidement, Raphaël Glucksmann est testé comme potentiellement présent au second tour avec des chances de victoire. Les militants sont exaltés, les médias emballés et les autres candidats peinent à trouver l’angle d’attaque idéal. Les critiques d’une "fausse gauche", "d’un rassemblement hétéroclite", "d’une caste", "d’un candidat naïf" ne portent guère. Tout laisse penser qu’une majorité de citoyens sont lassés des clashs à répétition et sont en demande de modération.

Retour à "la normale"

Le soir du premier tour, la France retrouve un traditionnel duel centre-droit contre centre-gauche. Édouard Philippe vire en tête avec 24,5 % et mord sur l’électorat du candidat LR Bruno Retailleau, qui recueille 7 %, soit un peu plus que Valérie Pécresse en 2022. Raphaël Glucksmann atteint 24 %, notamment en attirant une partie des sympathisants insoumis et verts qui se tournent vers le candidat de gauche le mieux placé. Avec 9 % et 3 %, Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier sous-performent.

Pour sa part, Jordan Bardella est sur le podium avec 22 %. Une déconvenue qu’expliquent ses mauvaises prestations dans les débats, les propos racistes de certains militants dont la presse s’est fait l’écho ainsi que par la candidature de Sarah Knafo qui, malgré 5 %, lui a "piqué des parts de marché". Désormais, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann se préparent à un débat de second tour stratégique, les deux hommes étant au coude-à-coude dans les sondages.

Lucas Jakubowicz

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