Le capital-investissement traverse une période de sélectivité accrue. Hausse des taux d'intérêt, compression des multiples et manque de liquidité ont redessiné les contours du métier. Dans ce contexte, l'industrie Medtech fait figure d'exception : le secteur réunit en effet des atouts rares pour les investisseurs en private equity. Les experts de Lauxera Capital Partners nous en détaillent les raisons : des besoins en constante augmentation, une faible disruption par l’IA et un univers d’acquéreurs en plein essor.
L’industrie Medtech, terrain de jeu idéal pour le capital-investissement
Le vieillissement de la population mondiale est un fait démographique acquis. En Europe, la part des plus de 65 ans devrait représenter près d’un tiers de la population d’ici 2050. Aux États-Unis, plus de 11 000 baby-boomers franchissent le seuil des 65 ans chaque jour. Cette évolution s’accompagne d’une progression inexorable des maladies chroniques – insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, maladies neurodégénératives, diabète – qui génèrent une demande structurelle en dispositifs médicaux.
Des besoins Medtech croissants, sans disruption massive par l’IA
Contrairement à des pans entiers du secteur de la santé, comme la radiologie de dépistage ou la documentation médicale, les dispositifs médicaux implantables reposent sur une interaction physique entre soignants et patients. Aiguilles, stents, cathéters : un geste médical humain implante une technologie matérielle dans le corps d’un patient. La nature même de l’industrie Medtech la protège donc d’une disruption massive par l’IA. On ne traite pas une sténose aortique avec un logiciel. On n’effectue pas une thrombectomie par algorithme.
À cela s’ajoute une prudence généralisée des secteurs publics, toutes géographies confondues, qui cherchent à protéger la sécurité des patients dans un contexte de développement rapide des nouvelles technologies, dont l’IA. Par exemple, la FDA américaine exige une transparence décisionnelle totale pour tout usage de l’IA dans la santé, dans l’objectif d’éviter un quelconque effet « boîte noire » empêchant une traçabilité absolue vis-à-vis des patients. Ces contraintes élèvent structurellement le coût d’entrée pour les nouveaux entrants et font partie des éléments analysés par les équipes Lauxera en phase de due diligence.
Un marché M&A en pleine expansion pour les Medtech
L’industrie Medtech dispose d’une autre caractéristique déterminante pour les investisseurs en capital-investissement : un univers des acquéreurs qui s’est à la fois élargi et intensifié depuis quelques années. Les grands industriels sont engagés dans une profonde recomposition de leurs portefeuilles, à l’image de Medtronic, qui a récemment annoncé la séparation de sa division diabète, de Baxter qui a cédé sa division soins rénaux à Carlyle pour 3,8 milliards de dollars ou de Stryker qui a cédé ses actifs rachidiens américains. Cette vague de désinvestissements crée deux opportunités pour le capital-investissement : acquérir des actifs matures à des valorisations raisonnables et bénéficier d’une demande industrielle soutenue en prévision de futures sorties.
"Les conditions sont réunies pour que le capital-investissement spécialisé en Medtech continue de générer des rendements différenciés. Ce n’est pas une promesse de cycle, c’est une thèse structurelle" - Samuel Levy
En se séparant de ces business lines, les géants industriels du secteur de la Medtech génèrent des liquidités qu’ils peuvent ensuite utiliser pour l’achat d’entreprises ayant déjà démontré un product-market-fit et peuvent ainsi être incluses dans le catalogue des forces de ventes existantes. Dans ces cas-là, les valorisations sont plutôt réalisées en se basant sur le chiffre d’affaires et la marge brute des entreprises cibles plutôt que sur des multiples d’Ebitda. Dans ce contexte, l’appétit pour les acquisitions transformantes n’a jamais été aussi fort. Johnson & Johnson a acquis Shockwave Medical6bis, Stryker a racheté Inari Medical pour environ 4,9 milliards de dollars, Abbott s’est offert Exact Sciences pour 21 milliards de dollars. La valeur totale des transactions Medtech a atteint 97,6 milliards de dollars en 2025, soit le niveau le plus élevé depuis plus d’une décennie. L’émergence de nouveaux acquéreurs stratégiques asiatiques (japonais, coréens ou indiens), qui cherchent des technologies de pointe hors de leurs marchés domestiques, accélère encore le phénomène. Cette tendance élargit structurellement le vivier d’acheteurs et soutient les valorisations à la sortie.
La Medtech comme stratégie d’investissement pour Lauxera
L’acquisition d’OrganOx par le groupe industriel japonais Terumo en octobre 2025 illustre parfaitement ce phénomène. Spin-off de l’Université d’Oxford, OrganOx a résolu l’un des problèmes les plus critiques de la transplantation hépatique : la conservation de l’organe prélevé. La technique traditionnelle sur glace n’assure la viabilité du foie que quelques heures, contraignant les équipes chirurgicales à opérer en urgence, dans des conditions dégradées, sans certitude sur la fonctionnalité du greffon. Le dispositif metra® renverse cette logique : en perfusant l’organe en continu avec du sang humain oxygéné à température corporelle, il étend la durée de conservation à plusieurs jours, permet de tester le greffon avant implantation et rend utilisables des organes autrefois jugés trop fragiles. Le taux de rejet recule de 50 % – une amélioration décisive alors que 14 000 patients attendent un foie aux États-Unis.
Lauxera a investi pour la première fois dans OrganOx en juillet 2023, avec une stratégie claire : concentrer le déploiement sur les États-Unis, où le remboursement du consommable atteint 40 000 dollars par utilisation, contre 5 000 euros en France. L’équipe de Samuel Levy a accompagné le renforcement de l’équipe dirigeante, notamment le recrutement d’un directeur financier issu d’une Medtech cotée, avec pour mission de préparer simultanément une introduction en Bourse et un rachat stratégique. En vingt-six mois, les revenus sont passés de 16 à plus de 100 millions de dollars. En février 2025, une offre secondaire permet à Terumo Corporation et à Intuitive Surgical d’entrer au capital en tant qu’actionnaires minoritaires. Quelques mois plus tard, en octobre 2025, Terumo finalisait l’acquisition complète de la société pour 1,5 milliard de dollars – soit 20,4 fois le chiffre d’affaires, un multiple record dans la Medtech mondiale. Le TRI de Lauxera atteint trois chiffres.
OrganOx n’est pas le seul exemple d’investissements Medtech réalisés par Lauxera : le secteur fait partie intégrante de la stratégie Healthtech du fonds d’investissement franco-américain. La société allemande pionnière du traitement neurovasculaire Acandis en est une autre illustration. Fondée en 2006, avec plus de 300 collaborateurs et une présence dans plus de 60 pays, l’entreprise présente un profil industriel rare : rentable, en croissance organique soutenue et intégrée verticalement. Les 17 familles de produits fabriqués et commercialisés par l’entreprise visent à lutter contre les AVC et les ruptures d’anévrisme. L’innovation principale chez Acandis repose sur une ingénierie particulière dans l’utilisation du nitinol, un métal souvent présent dans la composition des dispositifs médicaux implantables. Il s’agit du premier investissement du fonds Lauxera Growth II : Lauxera y a investi 50 millions d’euros en janvier 2025, avec un double objectif : une accélération commerciale sur les marchés où l’entreprise est déjà présente et l’obtention de la validation par la FDA américaine pour initier une commercialisation aux États-Unis.
Dans un secteur où les vents démographiques sont favorables, où l’intelligence artificielle ne peut se substituer au dispositif physique, et où l’univers des acquéreurs s’élargit à l’échelle mondiale, les conditions sont donc réunies pour que le capital-investissement spécialisé en Medtech continue de générer des rendements différenciés. Ce n’est pas une promesse de cycle, c’est une thèse structurelle.
