Directeur général de la Matmut depuis 2015, Nicolas Gomart a bouclé une année 2025 historique et s’attelle à absorber HSBC Assurances Vie France, rebaptisé Korege. Plus que jamais, le groupe mutualiste affiche ses ambitions sur le marché de l’épargne.

Décideurs. Comment définiriez-vous votre groupe ?

Nicolas Gomart. La Matmut est un acteur complet d’assurance mutualiste, de taille intermédiaire, avec environ 5 milliards d’euros de primes collectées, 7 000 collaborateurs, une présence exclusivement en France. Nous sommes présents sur l’ensemble des activités d’assurance classique, que ce soit les biens, la santé, la prévoyance et l’épargne retraite, auprès d’une clientèle de particuliers principalement, mais aussi de professionnels et de petites entreprises.

Excluez-vous de grands rapprochements avec d’autres acteurs ? Certains experts évoquent l’intérêt d’une alliance avec la Macif…

Oui, nous souhaitons rester souverains et indépendants et disposons des atouts pour le faire. Les tentatives dans le passé ont eu un succès plus que mitigé. Pour le moment, le chantier prioritaire reste l’intégration de Korege, anciennement HSBC Assurances Vie France.

L’opération s’est finalisée en octobre 2025. Qu’apporte-t-elle à votre groupe ?

Matmut a publié un bond de son bénéfice net de 56,3% en 2025, à 163,2 millions d’euros grâce, notamment, à cette opération. Auparavant, la distribution du groupe se faisait principalement via nos réseaux de distribution propres. Désormais, nous nous appuyons également sur un partenaire, le CCF, pour la distribution des offres de Korege. Avec cette acquisition, l’intention est moins de "changer de braquet" que de diversifier. L’épargne le permet de façon très efficace. D’une manière générale, la diversification est la clé de la croissance.

"Le modèle par capitalisation présente une moindre sensibilité aux dynamiques démographiques"

Au-delà de cette opération de croissance externe, comment se porte la Matmut ?

2026 est la dernière année de notre plan stratégique d’entreprise durant lequel nous nous sommes concentrés sur la consolidation, l’optimisation de notre activité historique et la poursuite de la diversification de nos activités. Sur notre activité historique, nos objectifs sont atteints avec la chute du ratio combiné sur la période puis une reprise de l’activité.

Nous avons atteint notre plus haut niveau en matière de nombre de contrats automobile en portefeuille. Un niveau record est aussi enregistré dans le domaine des contrats habitation. Côté santé, il s’agit de consolider notre activité après la perte de l’appel d’offres portant sur la couverture des 140 000 agents du ministère des Finances suivi par l’une de nos deux mutuelles, la MGP. Nous maintenons notre stratégie de développement du secteur de la santé à l’ensemble du marché interprofessionnel. et de la fonction publique. Par ailleurs, notre dernière assemblée générale qui s’est déroulée le 19 juin a entériné la création d’une nouvelle entité, Matmut Santé Prévoyance.

Conséquence du conflit en Iran, nous observons une légère diminution de l’utilisation des véhicules, car le carburant est trop cher. Donc, il y a moins de circulation, donc moins d’accidents. Cela se traduit par une légère baisse de la sinistralité.

Comment abordez-vous le marché de l’épargne retraite en pleine croissance du fait du vieillissement de la population ?

Le vieillissement puis la disparition à moyen terme de la génération qualifiée de "boomers" est un véritable chantier pour le secteur qui est confronté à la question suivante : que faire d’une masse de capitaux accumulée dans l’assurance vie ? La conserver sur des produits d’épargne ? L’investir ? Pour anticiper, nous réalisons un grand travail de proximité avec les clients.

"Le vieillissement puis la disparition à moyen terme de la génération qualifiée de "boomers" est un véritable chantier pour le secteur qui est confronté à la question suivante : que faire d’une masse de capitaux accumulée dans l’assurance vie ?"

Le changement démographique va avoir des conséquences sur notre modèle social, notamment les retraites. La capitalisation est une solution. Qu’en pensez-vous ?

Le régime de retraite par répartition est menacé par le vieillissement de la population. Le modèle par capitalisation présente une moindre sensibilité aux dynamiques démographiques. Le processus vers ce dernier est déjà engagé. Le développement du PER en est une traduction très claire.

Si un troisième pilier est créé, il faut utiliser les produits existants, c’est-à-dire le PER ou les Perco, et déployer une incitation, sinon les Français continuent d’épargner, mais cela n’a pas de sens, c’est de l’argent qui dort. Il serait opportun de mettre en place des liens entre l’épargne salariale et l’épargne.

Pourquoi aussi ne pas créer une possibilité de transfert sans rupture fiscale des capitaux investis en épargne salariale sur un PER-retraite afin de faciliter le financement de l’économie réelle et de la transition énergétique ?

À la Matmut, comment abordez-vous les investissements dans la défense ?

Je suis personnellement un grand promoteur des investissements dans la défense, il est important de soutenir la souveraineté de notre pays, même si je ne compte pas miser sur des armes interdites par les Nations unies. Le secteur n’est pas du tout incompatible avec l’ESG. Nous investissons dans des fonds spécifiques en ce sens, notamment via l’initiative récente Tibi3.Matmut.

"Je suis personnellement un grand promoteur des investissements dans la défense, il est important de soutenir la souveraineté de notre pays"

Quelle place occupe l’ESG dans votre stratégie ?

Tous nos projets de transformation sont cotés suivant des critères ESG. Nos émissions de CO2 ont baissé de 21% en 2025. La Matmut propose à ses sociétaires "l’avantage éco-malin" qui permet d’offrir une remise immédiate de 5 % sur les cotisations des personnes qui s’engagent, lors d’un sinistre, à utiliser des pièces de réparation issues de l’économie circulaire. Notre démarche de durabilité est intégrée à l’exercice du métier lui-même.

Comment utilisez-vous l’IA ?

Si vous ne l’utilisez pas, vous êtes mort. À ce stade, c’est une centaine de cas d’usage et une cinquantaine en phase de déploiement. Cela concerne l’ensemble de la chaîne de valeur. Mais il y aura toujours une place pour la relation entre l’être humain et l’être humain. Le budget de notre système d’information approche de 200 millions d’euros par an.

Selon vous, une entreprise, a fortiori mutualiste, a-t-elle un rôle sociétal ?

Tout à fait. Et cela concerne en premier lieu les collaborateurs. Lorsqu’elle en a les moyens, il est tout à fait normal de répondre aux problématiques du pouvoir d’achat de ses collaborateurs. La crise récente au Moyen-Orient doit être prise en compte. Chez nous, cela s’est traduit cette année par une prime exceptionnelle pour tenir compte du contexte économique.

Plus que financier, ce geste est à mon sens sociétal. L’entreprise ayant affiché de bons résultats cette année, il est important qu’elle fasse preuve d’empathie à l’égard de ses collaborateurs. C’est aux entreprises de se préoccuper du pouvoir d’achat de leurs collaborateurs quand elles en ont les moyens.

Propos recueillis par Fabienne Lissak

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