La 10e édition de VivaTech s'est refermée samedi 20 juin, sous le mot d'ordre "impact, not illusion". Mais l'actualité qui a couru entre les stands ne figurait sur aucune scène : le 12 juin, le gouvernement américain a suspendu, par une directive de contrôle à l'exportation, l'accès aux modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 d'Anthropic pour tout ressortissant étranger. L'éditeur a coupé les deux modèles pour tous ses clients dans le monde.

La facture que personne ne montre

Ce que les éditeurs omettent dans leurs devis ? Le coût réel des tokens en production. Une interaction simple coûtait 0,04 dollar en 2023 ; un système orchestré, avec raisonnement et boucles itératives, revient à 1,20 dollar en 2026 — trente fois plus, invisible dans les devis, dévastateur en production. La dépense mondiale des entreprises en IA a bondi de 320 % en 2025, pendant que les éditeurs continuaient de promettre des ROI garantis.

Le paradoxe de Jevons

Moins le token coûte cher, plus on en consomme, plus la facture grimpe. Des développeurs documentent des factures passées de 200 à 2 400 euros en quelques semaines, sans croissance d'usage, du seul fait des modes de raisonnement activés en cours de route.

Le coût caché n'est pas celui qu'on croit

Le 12 juin a révélé un poste plus lourd encore. Le vrai coût caché d'une architecture d'agents, ce n'est pas le token : c'est le risque de dépendance. Quand un processus régulé tourne sur un fournisseur étranger unique, le "coût de bascule" cesse d'être une ligne de budget : il devient une interruption sèche, sans préavis. Quand le cloud devient imprévisible, le on-premise redevient rationnel.

"La dépense mondiale des entreprises en IA a bondi de 320 % en 2025, pendant que les éditeurs continuaient de promettre des ROI garantis"

Un salon qui dédie une arène à la souveraineté

L'enjeu est devenu si central que VivaTech en a fait le fil rouge de l'édition, jusqu'à lui consacrer un espace dédié, la « Sovereignty Arena ». Nous avons interrogé les exposants réunis autour de ces stands. Le constat est saisissant : aussi hétérogènes soient-elles, ces entreprises ont toutes convergé vers une même logique — industrialiser une architecture de déploiement calibrée sur les contraintes réglementaires de leur secteur. La santé fait tourner ses modèles on-premise, l'inférence ne quittant jamais le système d'information hospitalier ; la finance cloisonne entraînement et fine-tuning sur des environnements isolés.

La souveraineté, même combat

La plupart des grands groupes français font pourtant encore tourner leurs agents sur des infrastructures américaines, soumises au Cloud Act de 2018. Les réponses divergent : BNP Paribas a basculé l'assistant HelloïZ de Hello bank! sur Mistral pour plus d'un million de clients ; LightOn déploie sa plateforme chez Safran ou Docaposte, où les données ne sortent jamais de leur environnement. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est de la gestion de risque graduée — et Gartner la chiffre : le cloud souverain européen triplera d'ici 2027, à 23 milliards de dollars.

L'IA promet l'impact, pas l'illusion. Encore faut-il qu'elle réponde le lundi matin.

Rémi Tibi, Ambassadeur VivaTech, fondateur de Yunik et créateur du podcast DeepTalk

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