À 51 ans, Agnès de Saint Céran peut se targuer d’un parcours professionnel aussi riche qu’atypique. Un fil rouge, pourtant, relie toutes les expériences vécues par la DRH d’Avril : la conviction que les ressources humaines ne sont pas une simple fonction support, mais un véritable levier stratégique, capable d’accompagner des transformations d’ampleur.

Depuis plus de trente ans, Agnès de Saint Céran évolue dans l’univers des ressources humaines. De l’industrie pétrolière à l’agroalimentaire, en passant par l’automobile ou le luxe : sa capacité d’adaptation et sa curiosité lui ont permis de naviguer dans des secteurs variés, jusqu’à la mener plus récemment à participer à l’organisation des Jeux olympiques de Paris 2024. Elle est aujourd’hui DRH d’Avril et membre de l’Advisory Board de C&S Partners.

Hors des sentiers battus

Née à Paris, elle se destine d’abord à une carrière bien différente : “Petite, je voulais être prof de français, psychanalyste, archéologue ou diplomate.” Elle se tourne finalement vers Sciences Po, désireuse d’explorer le domaine des relations internationales. Mais c’est au hasard d’une rencontre et d’une réflexion sur les impacts sociaux et organisationnels du travail qu’elle choisit de s’orienter vers les ressources humaines.

Dès son stage de fin d’études chez Total, elle se passionne pour l’univers de l’énergie et ses enjeux géopolitiques. Son premier poste chez Schlumberger l’envoie rapidement à l’étranger, où elle découvre ce qui restera un moteur tout au long de sa carrière : l’envie d’ailleurs. “J’ai adoré ce mélange entre technologie, géopolitique et impact humain.” Elle y restera onze ans et sera amenée à travailler en France, aux États-Unis ou en Afrique. “Mes premières missions de six mois au Cameroun, puis de dix-huit mois en Angola, juste après la guerre civile, ont été des expériences marquantes, tant sur le plan professionnel que personnel.”

Mais, au bout d’une décennie, le besoin de nouveauté se fait sentir. “Malgré les changements de poste, une zone de confort s’était mise en place.” Elle rejoint alors le groupe Bel, où elle découvre un environnement moins structuré et plus orienté sur la négociation du changement. “C’était un univers beaucoup plus français que ce à quoi j’étais habituée. Il fallait convaincre, faire évoluer les mentalités. Mais j’ai aussi découvert la richesse du travail en équipe pour piloter des transformations profondes.” En charge du Talent Management, elle œuvre à diversifier les profils au sein du groupe, mettant en avant des talents issus de l’international, souvent sous-représentés dans cette entreprise historiquement francocentrée.

“Il ne s’agissait pas seulement de piloter des politiques RH classiques, mais d’intégrer la dimension politique et sociale dans la prise de décision”

L’internationale des RH

Son appétit pour les défis la pousse à accepter des postes toujours plus complexes. Agnès de Saint Céran prend ensuite la direction RH de l’Afrique et du Moyen-Orient de Bel, au plus fort des printemps arabes. Cette période la met aux prises avec les réalités des relations sociales en contexte sensible, et lui apprend à gérer les enjeux de stabilité économique et humaine dans des zones de tension. Lorsqu’elle prend en main les ressources humaines de cette région, elle doit affronter une situation inédite : des sites industriels stratégiques situés dans des pays en proie à des bouleversements politiques et sociaux majeurs. En Algérie, en Égypte, en Syrie et en Iran, les mouvements de contestation populaire et les changements de régime modifient profondément les dynamiques économiques et les relations entre employeurs et salariés.

“La gestion des ressources humaines dans ces pays ne pouvait pas être abordée de la même manière qu’en Europe ou en Amérique du Nord”, explique-t-elle. “Il ne s’agissait pas seulement de piloter des politiques RH classiques, mais d’intégrer la dimension politique et sociale dans la prise de décision.”

De l’industrie au luxe

Elle change ensuite d’industrie pour rejoindre Plastic Omnium, entreprise mondiale du secteur automobile. Très rapidement, un incident mortel dans une usine la contraint à revoir entièrement la politique de sécurité de la division concernée. “Nous avions perdu de vue pourquoi ces mesures étaient importantes. Il fallait remettre du sens et embarquer tout le monde dans une transformation profonde.” Une approche qui porte ses fruits : les accidents diminuent dès les premiers mois.

C’est aussi dans ce contexte qu’elle rencontre celui qui deviendra son époux, alors responsable de la région Asie. Elle décide alors de quitter Plastic Omnium et rejoint le groupe Savencia en tant que DRH Asie. Une aventure de seulement de deux ans, mais qui fut l’occasion de mieux découvrir les cultures japonaises et indiennes.

Après cette parenthèse asiatique, Agnès de Saint Céran rebondit dans un domaine qu’elle n’avait jamais envisagé : le luxe et la beauté, chez Sephora. Elle y découvre un univers où la rapidité d’exécution et la transformation digitale bouleversent les pratiques RH.

“Le droit du travail français n’est pas conçu pour un projet d’ampleur comme les JO. Nous avons dû travailler avec le ministère du Travail et le Conseil d’État pour adapter les règles”

Paris 2024 : l’aventure d’une vie

C’est alors que surgit “l’opportunité d’une vie” : les Jeux olympiques de Paris 2024. “Les JO, c’était très abstrait pour moi”, admet-elle. Mais l’idée de piloter un projet RH d’une ampleur inédite la séduit. “J’avais toujours travaillé à l’international. Je me suis dit qu’il était temps de mieux connaître mon propre pays.”

Le défi est colossal : créer une organisation éphémère qui emploiera jusqu’à 4 500 personnes sans faire varier le cadre légal et créer des précédents. “Le droit du travail français n’est pas conçu pour un projet d’ampleur comme les JO. Nous avons travaillé avec le ministère du Travail et le Conseil d’État pour adapter les règles, notamment sur les volontaires ou les conditions de travail intensif pendant l’événement.”

Agnès de Saint Céran sort de cette aventure marquée par la cohésion de l’équipe et par les leçons qu’elle lui aura enseignées. “J’ai appris à me lancer dans des problèmes sans solution évidente, en me faisant confiance et en faisant confiance au collectif.” Pour des raisons personnelles, elle quitte finalement le projet en janvier 2024, peu avant son terme, après s’être assurée d’un passage de relais en douceur. “Ce fut un moment charnière. J’ai beaucoup réfléchi à la suite de ma carrière et à ce que je voulais vraiment.”

Avril : donner du sens à son engagement

Depuis octobre 2024, Agnès de Saint Céran est DRH d’Avril, groupe du domaine agricole, de l’agroalimentaire, de la biochimie et des biocarburants spécialisé dans la transformation végétale. “C’est un projet qui a du sens, qui me permet de servir la Terre – notre raison d’être – et de travailler dans une entreprise aux valeurs humaines fortes.” À ses yeux, c’est une nouvelle étape, grâce à laquelle elle peut allier son expérience et son engagement pour un modèle économique plus responsable.

Quel sera l’avenir des relations humaines ? Elle souligne les mutations que traverse le domaine, bouleversé par les enjeux sociétaux et l’intelligence artificielle. “Nous devons gérer en entreprise des impacts qui viennent de l’extérieur : tensions sociales, nouvelles attentes des jeunes générations, transformation digitale…”

Passionnée, joyeuse et curieuse, Agnès de Saint Céran continue d’écrire son parcours et de vivre sa quête de sens. Sa conviction demeure inébranlée : l’humain reste le plus efficace levier de transformation des entreprises.

Cem Algul


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