Saisie par le gouvernement début 2025, l’Autorité de la concurrence a rendu récemment son avis sur la distribution alimentaire en Martinique. D’après ses conclusions, l’éloignement explique l’essentiel des écarts de prix avec la métropole, notamment à cause des frais d’approche. Le régulateur observe également que les marges des distributeurs sont comparables, voire inférieures, à celles observées en métropole.

En Martinique, les prix sont en moyenne 13,8 % plus élevés qu’en métropole, et jusqu’à 40 % pour l’alimentation. Lors des manifestations contre la vie chère, à l’automne 2024, les distributeurs ont été accusés d’imposer des marges excessives, au détriment du pouvoir d’achat. Plusieurs responsables politiques ont relayé cette accusation, dont l’ancien ministre des Outre-mer Manuel Valls.

L’Autorité de la concurrence pointe les "spécificités" martiniquaises

Le 29 janvier 2025, le gouvernement  saisissait l’Autorité de la concurrence afin d’évaluer la responsabilité des grossistes-importateurs et des distributeurs dans ces écarts de prix. Près d’un an plus tard, le 10 février 2026, le régulateur a rendu son avis, assorti de neuf recommandations. Principale conclusion : les "spécificités de l’économie locale", liées à l’éloignement et l’insularité, expliquent "pour une large part" le niveau élevé des prix en Martinique.

L’Autorité confirme des analyses déjà formulées dans ses avis de 2009 et 2019. Les écarts avec la métropole tiennent surtout à "l’étroitesse du marché, une balance commerciale déséquilibrée avec une forte dépendance vis-à-vis de l’Hexagone pour ses approvisionnements, le poids de la fiscalité locale (TVA et octroi de mer) ou l’existence de frais d’approche importants". Ces derniers jouent d’ailleurs un rôle majeur dans ce déséquilibre.

Les "frais d’approche" regroupent l’ensemble des coûts liés à l’importation d’un produit en Martinique : commissions des transitaires, droits portuaires, fret maritime, frais d’embarquement et de débarquement, octroi de mer. Depuis 2019, leur part dans le coût des marchandises importées est passée de 28 % à 33,3 %, soit une hausse de 19 %. Au total, ces frais entraînent un surcoût moyen proche de 50 % pour les distributeurs.

Des dispositifs publics jugés "insuffisants"

L’avis souligne également les limites des mesures publiques pour faire baisser les prix : "les OPMR, les différentes déclinaisons du bouclier qualité prix (BQP, BQP+) et l’adoption du Protocole demeurent utiles mais insuffisants". L’Autorité dénonce en particulier le manque de moyens des OPMR (Observatoires des prix, des marges et des revenus) et recommande de renforcer leurs prérogatives.

Le régulateur appelle également les importateurs à répercuter les frais d’approche davantage selon la valeur des produits que selon leur volume. Il propose aussi de rendre la fiscalité plus prévisible et de réexaminer l’assise de l’octroi de mer.

Distributeurs : des marges similaires à celles de l’Hexagone

L’Autorité analyse aussi en détail les marges de la distribution alimentaire. Pour les distributeurs, l’avis ne constate aucun excès : les marges atteignent en moyenne 1,2 % dans les hypermarchés martiniquais et sont même négatives (–1,4 %) dans les supermarchés.

"Les niveaux de marge commerciale et de marge brute globale des supermarchés et hypermarchés martiniquais sont du même ordre de grandeur que les taux moyens au niveau national", lit-on dans l’avis. Valeur ajoutée, marge d’exploitation et marge nette sont même inférieures à celles observées dans l’Hexagone.

Vie chère : quel rôle pour les grossistes-importateurs ?

L’Autorité se montre en revanche plus nuancée avec les grossistes-importateurs, "pierre angulaire de l’approvisionnement en Martinique pour les produits de marque". Selon l’avis, leur activité s’avère "plus profitable que [la] grande distribution, avec des taux de valeur ajoutée près de deux fois supérieurs".

Grossistes-importateurs et centrales d’achats dégagent ainsi des marges moyennes de 1,6 % ; les centrales de référencement affichent une rentabilité de 28,8 %. L’Autorité "s’interroge sur leur absence de participation aux différents dispositifs visant à lutter contre la vie chère", et recommande de les y associer davantage. Le régulateur propose par ailleurs de mieux intégrer la Martinique à l’économie caribéenne, tout en renforçant la transparence du secteur et la lutte contre la fraude.

GBH salue les conclusions de l’Autorité de la concurrence

Principal distributeur visé par les critiques de Manuel Valls, le Groupe Bernard Hayot (GBH) s’est félicité des "constats objectivés" de cet avis. Le groupe souligne surtout que l’Autorité reconnaît des marges comparables à celles observées dans l’Hexagone et attribue l’essentiel des écarts de prix à "des facteurs structurels indépendants des politiques commerciales des distributeurs". GBH estime aussi que les recommandations de l’Autorité "confortent les positions portées depuis toujours par le groupe".

Ce rapport détaillé, issu d’une analyse sourcée, pourrait contribuer à apaiser les débats sur la vie chère en Martinique. En proposant des faits étayés et des arguments solides contre toute mésinformation, il devrait favoriser l’adoption de mesures structurelles efficaces pour réduire durablement les écarts de prix.

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