Les soirées électorales se suivent et se répètent : chaque camp revendique la victoire, les seconds couteaux des partis se succèdent sur les plateaux pour réciter des éléments de langage préparés en haut lieu. De quoi accentuer le rejet de la politique chez les Français.

Entre la classe politique et les électeurs, le divorce est quasi officiel. Pour reprendre une formule d’Édouard Philippe, les citoyens en ont "ras la couenne". Ras la couenne des phrases toutes faites, du sectarisme, de l’absence de débats de fond, de l’aspect tactique et boutiquier. Les soirées électorales des dernières élections municipales n’ont pas changé les choses, loin de là !

La guerre des clones

Afin d’accompagner l’annonce des résultats, les principales chaînes nationales ont opté pour la même formule : inviter des représentants de différents partis pour analyser à chaud les chiffres et les prises de parole des poids lourds de la vie politique. À les écouter, c’est simple, tout le monde a gagné, tous les autres ont perdu.

Chaque représentant de parti tient sa ligne. Les Insoumis hurlent, coupent la parole, se félicitent de leurs quelques victoires, qualifient de "fachos" leurs détracteurs, cognent contre les socialistes accusés de tous les maux. Leur grande spécialité ? Préparer leurs punchlines à l’avance, les partager sur X, TikTok ou Instagram en coupant les réponses de leurs contradicteurs pour faire croire qu’ils ont battu à plate couture tous les rivaux sur les plateaux…

Les socialistes, pour leur part, se félicitent d’être les premiers à gauche mais peinent à justifier les alliances avec lesdits Insoumis. Le RN se réjouit d’une vague nationale en oubliant de mentionner qu’il ne contrôle que 1,8 % des communes de plus de 3 500 habitants et que leurs scores sont préoccupants dans les grandes villes. Le camp présidentiel – comme les Insoumis – se targue d’augmenter largement son nombre d’élus. Ce qui est biaisé lorsque l’on part quasiment de zéro.

Les résultats ne seraient-ils pas mieux décryptés avec, sur le plateau, des politologues, des experts de la carte électorale, des sociologues, des universitaires, des journalistes issus de la presse régionale au fait des enjeux locaux ?

Personne ne s’écoute, tout le monde s’invective. Chaque demi-heure, voire chaque quart d’heure, le plateau change, une nouvelle fournée arrive et le cirque reprend. Les invités de LCI migrent vers BFM TV et vice versa. Que ce soit sur France info TV ou CNews, les porte-parole des mouvements politiques répètent le même discours, sans personnalité, sans touche personnelle. Le téléspectateur a beau zapper, rien ne distingue une chaîne d’une autre.

Repenser les formats

Il suffit de parler de la situation avec les spectateurs de ses soirées et les journalistes en charge de l’animation pour se rendre compte que le format actuel ne satisfait personne. À part, peut-être, les responsables politiques invités qui ont leur quart d’heure de gloire warholien et peuvent partager sur les réseaux sociaux leurs phrases ciselées avant même l’annonce des résultats. De quoi plaire aux militants mais hérisser la masse.

Pour les prochains scrutins, pourquoi ne pas changer de formule ? Les résultats ne seraient-ils pas mieux décryptés avec, sur le plateau, des politologues, des experts de la carte électorale, des sociologues, des universitaires, des journalistes issus de la presse régionale au fait des enjeux locaux ? La chaîne ou la station qui misera sur ce format pourrait se distinguer de la masse. Mais les habitudes ont la vie dure. Pour les prochains scrutins, les habitués sont déjà dans les starting-blocks.

Lucas Jakubowicz

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