Bannir les animaux humanisés ou les bébés mal représentés sur les publicités pour enfants, interdire des substances validées par les scientifiques et le droit communautaire… Les travaux législatifs des parlementaires, notamment écologistes, se démarquent par un aspect coercitif. L’objectif ? Communiquer et montrer sa pureté idéologique.
Interdiction, cette maladie française
Cela en dit long sur notre société comme sur notre vie politique. Début mars, Génération Libre a publié une étude intitulée "La course à l’interdiction". Le think tank s’est penché sur l’activité législative au cours de l’année 2025. Il en ressort que, sur cette période, 10 856 initiatives parlementaires (amendements et propositions de loi) ont été déposées à l’Assemblée nationale et au Sénat. Parmi elles, 287 visent à instaurer une interdiction. Sur le papier, la proportion peut sembler anecdotique. Mais un fait est surprenant.
Les groupes politiques écologistes et Insoumis à l’Assemblée nationale cumulent à eux deux 53,3 % de l’ensemble des initiatives prohibitives. Plus fort encore, 33 % des initiatives parlementaires des écologistes au Palais-Bourbon visent explicitement à interdire, le taux étant de 4,8 % en moyenne.
Le sujet de prédilection des Verts ? La santé publique. Cela se manifeste par une centaine d’amendements ou de textes de loi proposant d’interdire des substances pourtant approuvées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Une sorte de principe de précaution poussé à l’extrême, donc.
Le travail législatif est devenu un outil de communication politique
L’étude pointe également que nos parlementaires sont l’incarnation de l’État-nounou, considérant les citoyens comme de grands irresponsables et se passionnant pour une forme de "micro régulation". C’est ainsi qu’en avril, un amendement a proposé de proscrire toute publicité "montrant un nourrisson dans une position contraire aux recommandations officielles". En décembre, une proposition de loi entendait "bannir les animaux humanisés" sur les emballages de produits sucrés. Cocasse, les Verts, autrefois incarnation d’un certain libertarianisme, se sont désormais convertis aux normes, à la coercition et aux procédures bureaucratiques.
Point important, les rédacteurs de propositions de loi ou d’amendements travaillent bien souvent pour rien. Dans notre Ve République présidentielle, le Parlement peut certes légiférer. En pratique, c’est le gouvernement qui dicte l’agenda. Ainsi, sur 1 063 propositions de loi rédigées par des députés ou des sénateurs, seules 60 ont été examinées. Comme le souligne le rapport, le travail législatif mené par les parlementaires est devenu un "outil de communication politique" et un "instrument de positionnement". La volonté d’interdire relèverait donc avant tout d’une posture stérile, un moyen de montrer sa pureté et son intransigeance.
Lucas Jakubowicz
