Réunies les 17 et 18 octobre au Creusot, les grandes villes, agglomérations et métropoles de France urbaine ont adopté une résolution en onze points pour relancer le chantier de la décentralisation. Leur objectif : obtenir de l’État un cadre financier stable et une autonomie réelle pour conduire la transition écologique et sociale à l’échelle des territoires.
Au Creusot, France urbaine plaide pour une décentralisation aussi ambitieuse que responsable
C’est dans la cité industrielle du Creusot que les élus de France urbaine ont choisi de se rassembler. Lieu de mémoire autant que de mutation, la commune dirigée par David Marti, incarne ces bassins urbains où s’incarne la réconciliation entre industrie et responsabilité sociale.
La Communauté Urbaine Creusot Monceau, symbole de transition
En accueillant les Journées nationales de France urbaine, l’élu a voulu rappeler que la transition ne se décrète pas depuis Paris mais qu’elle s’éprouve dans la gestion quotidienne des territoires.
Déterminée, la présidente de France urbaine et Maire de Nantes, Johanna Rolland, a fixé le cap : quarante ans après les premières lois de décentralisation, les collectivités attendent un nouvel acte, fondé sur la confiance et la stabilité. La décentralisation, a-t-elle plaidé, doit désormais devenir un levier pour atteindre les objectifs climatiques et sociaux de la France et ne pas rester un champ administratif sous tutelle.
Des collectivités en quête d’autonomie et de lisibilité
La résolution adoptée au Creusot formule onze propositions pour un rééquilibrage durable entre l’État et les territoires. La première revendication concerne la restauration de l’autonomie fiscale. Les élus demandent la compensation intégrale des ressources supprimées depuis 2020, comme la taxe d’habitation ou la CVAE, ainsi que la fin de l’inflation normative qui alourdit les budgets locaux. Les collectivités affirment ne plus pouvoir planifier leurs investissements sans visibilité financière, qu’il s’agisse de rénovation énergétique, de mobilité ou de la question du logement.
Les métropoles souhaitent aussi la reconnaissance d’un statut d’Autorité Organisatrice de la Transition Écologique et Solidaire (AOTES). Ce statut leur permettrait de coordonner l’ensemble des politiques publiques concourant à la décarbonation, depuis la mobilité jusqu’à l’aménagement urbain. Elles demandent également la création d’un Fonds territorial Climat doté de moyens pluriannuels pour soutenir l’investissement local dans la transition énergétique et la réindustrialisation décarbonée.
“Les territoires qui ont porté la révolution industrielle peuvent aussi être ceux qui inventeront la transition écologique, à condition qu’on leur fasse confiance.”
Ces propositions soulignent que la transition écologique ne se fera pas sans un ancrage territorial fort. Johanna Rolland a rappelé que les grandes villes, agglomérations et métropoles représentent près de 70 % des investissements publics en faveur du climat. Pourtant, elles demeurent dépendantes de décisions prises à l’échelle nationale qui fragilisent la cohérence des politiques locales.
Une réponse prudente mais ouverte du gouvernement
Présente au Creusot, la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, a quant à elle salué la “maturité” du mouvement urbain et reconnu la nécessité d’une décentralisation “plus contractuelle et plus pragmatique”. Elle a annoncé la tenue d’un chantier sur la refonte des relations financières entre l’État et les collectivités et évoqué une meilleure articulation des fonds européens avec les programmes territoriaux. Cette ouverture prudente laisse entrevoir une volonté d’écoute de la part du gouvernement mais souligne l’absence d’engagement budgétaire immédiat.
Interrogé, David Marti, maire du Creusot et Président de la Communauté Urbaine Creusot-Monceau, se réjouit que le rôle pivot des territoires industriels dans la transition écologique. “Nous sommes à un moment charnière. Les territoires qui ont porté la révolution industrielle peuvent aussi être ceux qui inventeront la transition écologique, à condition évidemment qu’on leur fasse confiance.” L’élu souligne que les maires, au contact direct des forces vives de l’économie locale, savent mieux que quiconque comment articuler réindustrialisation et sobriété. “Ce dont nous avons besoin ce n’est pas d’une tutelle mais d’un partenariat stable et lisible.”
Face à la complexité des transitions en cours, France urbaine propose un nouveau pacte entre l’État et les collectivités.
Redonner sens à la décentralisation
Deux tables rondes ont ponctué les échanges, l’une consacrée à la planification écologique, l’autre à la cohésion sociale et à la réindustrialisation. Les interventions croisées d’élus, de chercheurs, d’acteurs économiques et de représentants de l’État ont donné à ces discussions une pluralité de points de vue révélant la richesse des expériences et des démarches engagées au sein des territoires.
En clôture de ces journées, Johanna Rolland a insisté sur l’urgence d’un État stratège capable de déléguer sans se défausser. La décentralisation, selon elle, ne doit plus se résumer à un transfert de charges, mais à un transfert de confiance. Les grandes villes, a-t-elle rappelé, ont fait leurs preuves depuis la création des premières communautés urbaines en 1966. Elles attendent désormais d’être reconnues comme des interlocutrices stratégiques dans la planification nationale.
Avec cet appel à la responsabilité partagée, cette édition du Creusot aura marqué un tournant politique. Face à la complexité des transitions en cours, France urbaine propose un nouveau pacte entre l’État et les collectivités. Un pacte où la proximité redevient la condition de l’efficacité publique et où la décentralisation cesse d’être un arlésienne.
Cem Algul

