Sous la IVème République connue pour son instabilité, un chef de gouvernement restait en moyenne 200 jours en poste. Mais les trois derniers premiers ministres s’inscrivent eux-aussi dans la brièveté. Un sacré paradoxe, puisque le général de Gaulle a fondé la Vème République pour apporter de la stabilité.

C’était attendu, c’est désormais confirmé. François Bayrou est contraint de démissionner de son poste de Premier ministre après le rejet du vote de confiance qui a eu lieu le 8 septembre au soir. 364 députés ont voté contre la confiance, 194 pour, 25 se sont abstenus. Peu importe son identité, il est probable que son successeur ne fasse pas long feu.

Depuis la dissolution de juin 2024, la durée de vie d’un chef de gouvernement est encore plus courte que celle d’un professeur de défense contre les forces du mal à Poudlard ou que celle d’une main du roi dans Game of Thrones. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le fondateur du Modem sera resté en fonction 269 jours, Michel Barnier 99 jours. À cela s’ajoute le bref épisode des 240 jours de Gabriel Attal, écourté par cette fameuse dissolution qui, plus qu’une "clarification" voulue par le président de la République, paralyse le pays.

La situation ressemble fort à celle de la IVe République, où un président du Conseil restait aux commandes du gouvernement environ 200 jours, sans parvenir à marquer la France de son empreinte. Qui se souvient de Georges Bidault, René Mayer, Joseph Laniel, Maurice Bourgès-Maunoury ou encore Félix Gaillard ?

La situation ressemble fort à celle de la IVe République, où un président du Conseil restait aux commandes du gouvernement environ 200 jours, sans parvenir à marquer la France de son empreinte

Pour mettre fin à cette valse des gouvernements, le général de Gaulle a fondé la Ve République. Celle-ci a un temps permis au pouvoir exécutif d’agir sur le long terme et d’éviter l’instabilité. De l’histoire ancienne.

Que s’est-il passé ? Pour résumer, l’Assemblée nationale de 2025 rassemble le pire de la IVe République et le pire de la Ve. D’un côté, onze groupes parlementaires semblent avoir perdu de vue l’intérêt national et "font de la petite soupe sur son petit feu dans sa petite marmiteet dans son petit coin" pour citer Charles de Gaulle. De l’autre, les gouvernements agissent comme dans le monde d’avant, tentent de passer en force, de court-circuiter le travail parlementaire. Est-ce leur faute ? Les partis eux-mêmes ne semblent pas avoir compris que nous avions changé d’ère. Dans un vrai régime parlementaire, ils sont prêts à mettre de l’eau dans leur vin pour bâtir des coalitions solides.

En Allemagne, première puissance d’Europe, les socialistes et la droite sont habitués à travailler ensemble, les coalitions entre écologistes et libéraux sont fréquentes. Chez nous, voir Bruno Retailleau gouverner avec Olivier Faure ou Marine Tondelier gérer le pays aux côtés de Gabriel Attal relève de la science-fiction. La France risquant pour longtemps d’être divisée en trois blocs, les partis seraient bien inspirés de changer de logiciel. Sinon, la France risque de plonger durablement dans l’incertitude politique, économique et sociale.

Lucas Jakubowicz

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