Il rêvait de prendre la tête du parti, il a subi une cuisante défaite. Celle-ci s’explique par plusieurs erreurs stratégiques et sa personnalité. Pour autant, Laurent Wauquiez est-il devenu un grand brûlé de la politique aux ambitions détruites ?

Bluff ou sincérité ? Jusqu’au bout, Laurent Wauquiez s’est vanté de pouvoir "déjouer les pronostics" et remporter le Congrès LR du 18 mai face au favori Bruno Retailleau. La logique a finalement été respectée, le ministre de l’Intérieur a battu son rival à plate couture avec 74,3 % des suffrages.

La méthode Copé…

Pour espérer l’emporter, Laurent Wauquiez a misé sur la "méthode Copé" imitée à la perfection. Souvenez-vous, en 2012, après sa défaite à la présidentielle, Nicolas Sarkozy se met en retrait et la droite part en quête d’un "chef sachant cheffer", pour paraphraser Jacques Chirac.

Deux candidats sont sur les rangs : François Fillon et Jean-François Copé. Le premier fait figure de favori, s’appuie sur son expérience d’homme d’État, lui qui fut premier ministre pendant cinq ans. Son adversaire, pour sa part, est à la tête du groupe parlementaire et se présente comme "le candidat du terrain et des militants" opposé aux "barons". Pendant des mois, il arpente toutes les fédérations, enchaîne les réunions de proximité, les soirées galette-saucisse, choucroute et paella. Sur le fond, il mène une campagne très droitière et populiste en fustigeant le "politiquement correct" et en enchaînant les sorties polémiques, comme celle sur les musulmans empêchant les non-musulmans de manger des pains au chocolat pendant le ramadan.

À la surprise générale, il prend le parti d’une courte tête. Laurent Wauquiez, alors colistier de François Fillon, était aux premières loges pour observer l’efficacité de la méthode Copé qu’il imitera à la lettre treize ans plus tard.

Comme Jean-François Copé en son temps, Laurent Wauquiez a pris les commandes du groupe parlementaire, joué la base contre le sommet, écumé les petites fédérations et opté pour un discours populiste

… Copé-collée par Wauquiez

Première étape, à la faveur de la dissolution surprise de l’Assemblée nationale, il retrouve son poste de député de Haute-Loire, prend la tête du groupe parlementaire et démissionne de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) qu’il dirigeait depuis 2016.

Second étage de la fusée, il écume le terrain et rencontre un maximum de militants à raison de trois à cinq déplacements par semaine, avec une préférence pour les petites fédérations de la France rurale.

Sur le fond, Laurent Wauquiez fait dans le gros rouge qui tache, joue la carte du populisme et de la droite dure. Le paroxysme est atteint le 8 avril. Dans une interview accordée au JDNews, il se vante de "s’attaquer au politiquement correct", une formulation déjà utilisée par Jean-François Copé en son temps, et propose d’enfermer les OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon. La proposition surprend jusqu’à son cercle rapproché qui pense dans un premier temps qu’il s’agit d’un photomontage. Pas de quoi effrayer le candidat qui assume et continue de tracer son sillon en s’attaquant au RSA, au gouvernement des juges ou au grand remplacement. La stratégie de l’énarque, normalien et agrégé d’histoire ? Les militants étant très à droite, c’est en collant le plus à leurs aspirations, en parlant à leurs tripes que l’on prend le parti. Le rassemblement et le recentrage viendront dans un second temps.

Sociologie militante

Mais Laurent Wauquiez a négligé un facteur clé : le gros des troupes n’est plus le même qu’en 2012. À l’époque, l’UMP était encore un parti de masse puisque 300 000 électeurs étaient appelés à choisir leur chef. Beaucoup d’entre eux étaient issus de milieux sociaux relativement modestes. En 2025, seulement 97 000 militants à jour de cotisation ont départagé Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau.

Un quart des électeurs viennent de quatre départements aisés : Paris, les Hauts-de-Seine, les Yvelines et les Alpes-Maritimes

Le parti s’est réduit sur une base sociologique composée de personnes âgées, aisées, conservatrices libérales et majoritairement implantées dans les zones les plus aisées du pays. Ainsi, un quart des électeurs viennent de quatre riches départements : Paris (8 521), les Hauts-de-Seine (5 744), les Yvelines (5 258) et les Alpes-Maritimes (4 274). L’autre gros gisement de militants se trouve dans les terres catholiques de l’ouest de la France, fief de Bruno Retailleau. En somme, la majorité du corps électoral autorisé à voter le 18 mai est bien plus sensible à la ligne libérale-conservatrice de Bruno Retailleau qu’à la posture populiste de Laurent Wauquiez.

La carte et le territoire

Les résultats du scrutin en sont la preuve flagrante. Bruno Retailleau est plébiscité dans les fédérations bourgeoises : 90 % dans les Yvelines, 87,5 % à Paris, 85,5 % dans les Hauts-de-Seine. Dans l’Ouest, l’heure est au raz-de-marée retailliste : 97,5 % dans son bastion vendéen, 93,2 % en Loire-Atlantique, 90 % en Mayenne, 89 % dans le Maine-et-Loire ou dans la Sarthe.

Maigre consolation pour Laurent Wauquiez, il est maître chez lui en remportant 9 des 11 départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes avec des pointes à 96,2 % dans sa chère Haute-Loire, 90 % dans le Cantal, 72,5 % dans la Drôme, 71 % dans l’Allier. Hors région Aura, il ne sort vainqueur que chez les 159 militants de Lozère et les 188 encartés des Hautes-Alpes.

Insincérité

Outre sa ligne peu en adéquation avec la base militante du parti, Laurent Wauquiez paie son image d’homme insincère que l’actualité récente remet en avant. Ainsi, il se plaît à pointer la proximité de Bruno Retailleau avec la Macronie. Tout en taisant le fait que, lui aussi, a fait des pieds et des mains pour accéder à Beauvau. Les militants se souviennent également de ses débuts comme centriste pro-européen adepte de la droite sociale avant de se laisser porter par un courant plus populiste. Beaucoup ne lui pardonnent pas son premier mandat de président du parti achevé par un piètre 8,5 % aux européennes de 2019, score le contraignant à la démission.

Laurent Wauquiez se plaît à pointer la proximité de Bruno Retailleau avec la Macronie. Tout en taisant qu'il a fait des pieds et des mains pour accéder à Beauvau...

Potentiel électoral

Les militants LR estiment que leur parti est une force de gouvernement. Ils apprécient de voir Bruno Retailleau incarner le retour des leurs aux affaires. D’autant plus que son potentiel électoral, loin d’être étincelant, est plus prometteur que celui de son concurrent.

Ainsi, un sondage Ifop/Hexagone publié début mai montre que, si LR présente un candidat face à Édouard Philippe, le résultat est peu glorieux pour Bruno Retailleau (8 %). Mais il est encore plus désastreux avec Laurent Wauquiez en tête de gondole : 3 %.

Autodestruction ?

Face à une défaite aussi nette, Laurent Wauquiez a très rapidement félicité son rival et joué la carte de l’apaisement en indiquant : "L’unité de ma famille politique sera ma priorité." Le 20 mai, il a invité le nouveau patron du parti à la réunion de son groupe à l’Assemblée nationale.

Pour autant, Laurent Wauquiez a-t-il renoncé à aller plus haut et à porter les couleurs de la droite à la présidentielle ? Celui qui a récemment fêté ses 50 ans est persuadé d’avoir le vent devant lui et, pourquoi pas, l’Histoire de son côté. Après tout, Charles de Gaulle, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy ont été en leur temps jugés "cramés" et "abîmés" avant d’entamer une longue traversée du désert et de renaître de leurs cendres.

Lucas Jakubowicz

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