Pourtant favoris, les conservateurs ont été sévèrement battus au Canada et en Australie. La raison ? Ils sont suspectés d'être trop proches de Donald Trump devenu un repoussoir absolu.
Canada, Australie : l'effet Trump
Le 6 janvier 2025, le premier ministre canadien Justin Trudeau annonce sa démission. Après presque dix ans à la tête du pays, le libéral est englué dans l’impopularité. Mi-mars, son successeur est désigné : Mark Carney. La mission de ce quasi-inconnu est simple, assurer la transition jusqu’aux élections du 28 avril 2025. Tous les experts sont unanimes : le parti libéral va se faire laminer par les conservateurs menés par le dynamique Pierre Poilievre. Libertarien, un tantinet populiste, tentant de déporter son parti vers la droite, ce dernier semblait en phase avec certains aspects du trumpisme. Hélas pour lui, Donald Trump lance dès son entrée en fonction une guerre commerciale avec le Canada et menace le pays d’annexion. Un vent de patriotisme se lève, la campagne de Poilievre s’enraye malgré sa prise de distance avec le républicain. Déjouant tous les pronostics, Mark Carney garde son poste. L’une de ses priorités ? Renforcer ses liens avec l’Europe et sortir de la dépendance aux États-Unis.
Le même phénomène a lieu quelques jours plus tard en Australie. Là aussi, tout était écrit. En janvier, les sondages ne laissaient aucune place au doute. Le premier ministre travailliste Anthony Albanese sera balayé par le conservateur Peter Dutton qui, bien que plus policé que Donald Trump, partage certaines idées avec le républicain. Là aussi la guerre commerciale, les attaques et le mépris pour des alliés historiques et le multilatéralisme ont changé la donne. L’impossible est advenu : Anthony Albanese l’a emporté, Peter Dutton a été balayé, y compris dans sa propre circonscription.
Moralité ? Donald Trump est devenu toxique dans de nombreux pays anglo-saxons. Un soupçon de collusion avec le chantre du mouvement Maga suffit à faire perdre une élection. Le président américain a réussi l’exploit d’isoler son pays dans ce qui était censé constituer son pré-carré.
La droite conservatrice européenne a désormais une crainte : que les propos pro-Trump ne se retournent contre elle aux prochaines élections. En France Sarah Knafo et Éric Zemmour doivent se mordre les doigts d’avoir multiplié les génuflexions à l’égard de Donald Trump. Jordan Bardella, en revanche, peut se féliciter d’avoir annulé sa venue au CPAC, grand-messe de la droite trumpiste et de ses alliés…
Lucas Jakubowicz
