Près de la moitié des start-up valorisées plus d’un milliard de dollars aux États-Unis ont été créées par des étrangers. Malgré sa volonté de faire émerger des champions sur son territoire, l’Hexagone reste touché par cet exode.
Licornes : les Français nourrissent le vivier américain
Quarante-six licornes américaines ont été fondées par des Français entre 1997 et 2021, selon les données publiées en 2024 par Ilya Strebulaev, économiste et professeur à Stanford. À titre de comparaison, cette année-là, la France comptait entre 25 et 30 animaux fantastiques selon les différents modes de calcul. Les dirigeants exilés sont majoritairement diplômés de l’Insead (10), suivi de l’Université Paris Dauphine, de l’Epita, de l’ESCP Business School et de HEC Paris, établissements qui comptent chacun trois fondateurs. L’Hexagone n’est pas le seul à voir partir ses talents au pays de l’Oncle Sam, l’Inde est le premier pays touché par le phénomène, avant Israël, le Canada et le Royaume-Uni. En tout, 44 % des licornes américaines ont vu le jour entre 1997 et 2019 grâce à des entrepreneurs nés en dehors du pays.
Délocalisations
Parmi les licornes créées par des Français : Hugging Face, plateforme open source qui propose des modèles de machine learning. Basée à New York, la société a été fondée par trois Frenchies et a dépassé la barre du milliard de dollars de valorisation en 2022. Un an plus tôt c’est Deel, un spécialiste des solutions technologiques dédiées aux ressources humaines, qui obtenait le statut. La pépite est née en 2018 à San Francisco. Elle est notamment emmenée par Alex Bouaziz.
Certaines sociétés ont aussi changé de lieu de résidence. C’est le cas de Front. Désormais basée dans la Silicon Valley, la start-up qui édite une solution SaaS permettant de gérer systèmes de messagerie et support client, est emmenée par Mathilde Collin. La fondatrice et dirigeante intégrait en 2022 le club très fermé des femmes fondatrices et dirigeantes de licornes. Ce phénomène de délocalisation ne se limite pas à Front puisque 8 % des licornes américaines sont originaires d’autres pays. Selon les travaux d’Ilya Strebulaev, ces mouvements ont un véritable impact sur la croissance des entreprises. Par exemple, les start-up israéliennes délocalisées aux US ont 9 fois plus de chances de devenir des licornes que celles restées dans leur pays d’origine.
Écosystème fort
"Nos recherches montrent clairement que l’écosystème américain de l’innovation prospère grâce aux talents internationaux, explique l’étude de Stanford. La répartition presque égale entre les fondateurs nés aux États-Unis et les immigrants suggère une forte complémentarité : des parcours et des perspectives différents se combinent pour créer quelque chose de plus grand que ce que chacun pourrait réaliser seul."
L’écosystème américain de l’innovation prospère grâce aux talents internationaux
Du côté des Français, malgré les efforts entrepris par Emmanuel Macron, l’exode n’est pas totalement endigué. La fiscalité hexagonale et la réglementation européenne ne sont pas connues pour être les plus avantageuses. Par ailleurs, le marché américain est de taille plus importante, offrant plus de perspectives de croissance. Les financements y sont abondants ce qui facilite les levées de fonds. Sans compter les questions d’image, la Silicon Valley étant davantage synonyme d’innovation que le Vieux continent. Les incertitudes politiques rencontrées actuellement par la France ne devraient pas arranger les choses.
Olivia Vignaud
