Leader mondial des TMS, Training Orchestra accompagne des organismes de formation et des grands groupes œuvrant dans des secteurs allant de l’énergie à la banque, de la logistique à l’industrie agroalimentaire, grâce à la puissance de son logiciel de gestion de la formation. Laetitia Nourry, directrice générale, livre la vision qu’elle porte sur un secteur transformé par l’arrivée des nouvelles technologies.

Décideurs. Formations en présentiel et e-learning sont souvent mis en opposition. Quel est votre point de vue sur la question ?

Laetitia Nourry. Depuis vingt ans, les acteurs de la formation s’interrogent sur la manière la plus optimale de mobiliser le e-learning dans les accompagnements par la formation. Il y a encore dix ans, quand nous interrogions nos clients sur leurs approches pédagogiques, beaucoup étaient convaincus des bénéfices des modules digitaux, sans pour autant parvenir à adopter ces dispositifs parfois coûteux. Cette prudence était notamment liée à la difficulté à dimensionner correctement les formations en e-learning, à déterminer le ROI et à identifier les populations cibles. Se posait alors la question de l’égalité d’accès aux dispositifs digitaux, notamment pour des populations de cols bleus, en usine ou en magasin.

La crise du Covid a rebattu les cartes. Toutes les entreprises se sont lancées dans une bataille de digitalisation à outrance et de nombreuses innovations en matière de formations en ligne ont émergé. La formation en présentiel est-elle pour autant amenée à disparaître ? Je suis convaincue du contraire.

Quels effets négatifs de la formation digitale avez-vous observés ? 

Les formations digitales ont apporté une plus grande flexibilité et autonomie aux collaborateurs, qui en ont rapidement perçu les avantages. Restent néanmoins quelques contraintes : défaut de concentration et perte de motivation, limitation des interactions physiques et réduction des partages en équipe. Pourtant, la formation reste un moyen puissant pour l’entreprise de rassembler ses collaborateurs, de souder les équipes, et de favoriser un partage de connaissances allant au-delà de l’objet même de la formation. C’est pourquoi les collaborateurs et leurs managers sont demandeurs d’un retour au présentiel, qui demeure un levier pour les équipes formation souhaitant proposer des expériences marquantes avec un ROI élevé.

"Les collaborateurs restent très attachés au présentiel"

Quelle est la meilleure façon de capitaliser sur les outils digitaux ?

Opposer présentiel et digital serait une hérésie pour les entreprises dont les contraintes budgétaires et organisationnelles imposent de rationaliser l’offre de formation. Il faut tirer parti de l’ensemble de ces formats, et créer de nouvelles expériences afin de répondre aux attentes des collaborateurs, faciliter l’appropriation des connaissances et attirer les jeunes talents.

C’est le sens du blended learning et du présentiel digitalisé, ou de ce que certains appellent le "phygital", qui permet l’inter­action et le partage d’expérience et de bonnes pratiques entre pairs, tout en usant des outils et serious games dont l’efficacité en matière de formation n’est désormais plus à prouver. Le phygital permet d’aller au-delà des objectifs formation en favorisant les échanges informels entre stagiaires, notamment sur des problématiques rencontrées en situation de travail. Ces discussions autour des "best practices" sont essentielles pour assurer une montée en compétences pleinement alignée avec les enjeux de l’entreprise et les attentes des collaborateurs.

Nous sommes ainsi passés d’un présentiel très "descendant", avec un programme construit en amont et délivré à une salle de classe, à des formats interactifs qui mettent l’accent sur la pratique, le partage et le retour d’expériences. Travailler sur des contextes opérationnels en s’appuyant sur des technologies de plus en plus innovantes, plutôt que sur de la théorie pure, devient alors essentiel.

Dans cet esprit, Carrefour s’est appuyé sur l’animation d’un serious game en présentiel, "Tous digital !", afin d’embarquer l’ensemble des équipes dans son programme de digitalisation des processus de l’entreprise.

"Opposer présentiel et e-learning serait une hérésie"

De son côté, CMA-CGM a créé, à Marseille, un centre de formation unique, "Tangram – Together, we shape tomorrow", afin d’accompagner la transformation des métiers du transport et de la logistique au sein du groupe. L’ensemble des collaborateurs et cadres dirigeants viennent ainsi se former dans un lieu regorgeant d’outils high-tech, dont des simulateurs de conduite de bateaux. Les universités d’entre­prises ont aussi la possibilité de proposer un lieu de formation qui crée du lien, ce qui explique sûrement leur retour en force.

"Les métiers de la pédagogie et de l’animation sont en train d’évoluer considérablement"

Quelles sont les conséquences pour les métiers de la formation ?

Les métiers de la pédagogie et de l’animation sont en train d’évoluer considérablement. L’entreprise, qui propose diverses modalités de formation, a besoin de compétences solides en interne pour être en mesure de placer les technologies au service de la stratégie Formation. Ce profil n’est pas celui d’un formateur spécialisé sur un domaine métier qui assure l’animation de la formation, mais plutôt celui d’un "ensemblier" tirant le meilleur parti des outils disponibles pour une expérience ludique et apprenante, en présentiel. L’aspect purement technique est assuré par des subject matter experts, sélectionnés selon des compétences qui ne sont pas nécessairement liées aux métiers de la formation ; l’enjeu restant alors de bien les identifier et de les mobiliser.

Entretien avec Laetitia Nourry, Directrice générale, Training Orchestra

Personne citée :

Laetitia Nourry

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