Les chasseurs de têtes cherchent le candidat idéal pour les entreprises qui les mandatent. Pour autant, rien n’empêche de les contacter soi-même pourvu qu’on ait travaillé son approche.

Vous êtes en recherche d’emploi ou faites de la veille sur le marché du travail. Les stratégies pour décrocher des entretiens s’avèrent nombreuses : mise à jour de votre CV et profil LinkedIn, recherches d’annonces, candidatures spontanées ou encore dîners en ville pour réseauter. Dans les postes techniques, de niche ou les hautes fonctions, un interlocuteur privilégié existe : le chasseur de têtes. Mandaté par des entreprises pour leur soumettre des noms de candidats, il peut proposer de belles opportunités. Faut-il le contacter soi-même ? Si oui, de quelle manière et comment bien aborder un entretien ? Éléments de réponse.

Des professionnels très sollicités

"Il est pertinent de contacter un chasseur de têtes", répond Anne-Laure Cordier, practice manager chez Michael Page. Selon elle, trois situations justifient la démarche. "Si on souhaite un poste de haut niveau, stratégique ou spécialisé, le chasseur de têtes va nous aider à trouver un emploi hors des canaux classiques, certaines recherches étant confidentielles." La spécialiste cite ensuite la volonté de changer de secteur ou de type de fonctions et enfin les candidats souhaitant se voir dispenser des conseils pour optimiser leur carrière ou leur recherche d’emploi.

Cette approche est tempérée par l’un de ses homologues, Alexis Eychenne, directeur de la practice executive search chez LHH. Pour lui, il existe "une incompréhension assez fréquente sur ce que font les cabinets de chasse de têtes. Dans nos métiers, nous sommes mandatés par les entreprises pour identifier et évaluer les profils, lesquels sont souvent spécifiques et rares, note-t-il. Quand le marché est tendu, nous recevons beaucoup de sollicitations de candidats en direct, mais notre mission est d’abord orientée vers la demande de nos clients." Chaque "principal" de l’équipe executive de LHH est sollicité entre dix et quinze fois par jour pour des entretiens et ne peut donc répondre favorablement qu’à un très faible nombre. "L’objectif d’un cabinet est avant tout de pourvoir ses mandats."

Bien cibler

Mais la porte n’est pas entièrement fermée, si tant est que vous répondiez à certains critères, à savoir ceux que les entreprises clientes visent de manière générale.  "Nous avons un pôle actif de candidats que l’on accompagne sur leur proposition de valeur, car nous savons que la mise en relation avec notre réseau sera fructueuse, mais nous le faisons à petite échelle, dans un environnement que nous maîtrisons parfaitement", ajoute Alexis Eychenne. En clair, il convient de ne pas cibler les chasseurs sans s’être renseigné sur leur cœur de métier. "Il ne faut pas nous solliciter au hasard. Lorsque votre interlocuteur est spécialisé dans votre secteur d’activité, cela vaut le coup de tenter si vous êtes clair sur vos objectifs personnels", précise Alexis Deychenne. D’où l’intérêt parfois de se faire accompagner par un coach professionnel ou par un mentor afin d’affiner son projet.

"Il ne faut pas nous solliciter au hasard"

Anne-Laure Cordier abonde : "Nous pouvons parfois manquer de temps, mais les candidats doivent au moins tenter de nous solliciter pour mettre toutes les chances de leur côté." D’autant que la plupart de leurs mandats sont confidentiels et les annonces des chasseurs de têtes de cadres dirigeants rarement publiées. C’est par exemple le cas lorsqu’une entreprise souhaite remplacer quelqu’un à un poste clé, mais veut s’assurer d’avoir un candidat solide avant d’entamer les démarches en vue du départ de son prédécesseur.

Cooptation

L’un des meilleurs moyens de contacter les chasseurs ? Le faire par le biais de personnes qui vous connaissent et vous recommandent, que ce soit parce qu’elles évoluent sur le même type de poste que vous, ont été approchées mais ne sont pas intéressées ou parce qu’elles ont eu vent d’une opportunité sur une recherche. "Les chasseurs travaillent sur des mandats. Tout est une question de timing. S’ils ont le bon poste et que vous les contactez au bon moment, c’est un facteur clé", insiste Alexis Eychenne. Parfois, chercher à échanger avec l’un de ces professionnels pour un poste peut mener vers d’autres postes qui, eux, ne sont pas mis en ligne et correspondent davantage à votre profil.

Se faire repérer

Rien n’empêche les candidats de travailler autrement leur visibilité afin d’être repérés par des chasseurs de têtes. Mettre à jour son CV LinkedIn, y commenter du contenu, en créer, travailler son réseau d’alumni ou encore se rendre à des événements professionnels sont autant de moyens de parvenir à attirer l’attention. Sur LinkedIn, les chasseurs peuvent faire des recherches par mots-clés, d’où l’intérêt de bien mettre en avant ceux qui définissent votre parcours. Pensez à afficher votre intitulé de poste en français et en anglais, lorsque les fonctions visées nécessitent de maîtriser la langue de Shakespeare. Quant au fait de rédiger des posts ? C’est une bonne idée si les contenus sont choisis à bon escient et publiés avec pertinence.

Faut-il se mettre en "open to work" sur LinkedIn lorsque l’on cherche un nouveau poste, mais que l’on est toujours en fonction ? "Pour des raisons de loyauté envers son employeur, je le déconseille", répond Anne-Laure Cordier. En revanche, si vous n’êtes plus salarié, inscrivez votre date de fin de contrat sans craindre d’être perçu comme moins désirable parce que vous ne travaillez pas actuellement. Pour certaines recherches, les chasseurs ont besoin de candidats qui puissent attaquer au pied levé.

Ténacité et transparence

Si vous ne parvenez pas à vous faire connaître et que vous êtes convaincus d’avoir visé les bons interlocuteurs, n’hésitez pas à vous montrer tenace. "Échanger avec des candidats, c’est l’essentiel de mon métier. Chaque chasseur a ses préférences. Ce qui est important pour moi ? La persévérance", développe Anne-Laure Cordier. Elle cite l’exemple d’une personne qui lui a envoyé des mails, l’a contactée via LinkedIn, par téléphone, mais qu’elle n’a jamais eu le temps de rappeler. Cette candidate a fini par lui expédier un courrier, très bien fait, de trois pages. Si elle a mis quelques jours à trouver un créneau pour la joindre, cela a fini par se faire.

"On positionne en priorité les candidats que l’on connaît déjà"

Une fois appâté, le chasseur peut proposer un entretien téléphonique de qualification. Pour Anne-Laure Cordier, celui-ci dure trois minutes. D’où l’intérêt d’une bonne préparation afin de répondre sans hésiter. Ses questions ? Pourquoi êtes-vous en recherche, quel type de poste visez-vous, quels sont vos disponibilités, votre niveau d’anglais, votre capacité à envisager une mobilité géographique, vos prétentions salariales, quel type de contrat… "Sincérité et transparence sont les maîtres-mots pour répondre. Cela permet d’établir un lien de confiance, lequel est primordial", insiste Anne-Laure Cordier. Vous partez car le management ne vous convient plus ? À vous d’expliquer sans critiquer votre employeur qu’un rachat ou un changement d’organigramme fait que vous n’êtes plus en phase avec votre hiérarchie. "Il faut dire les choses de manière très simple sans entrer dans les détails, conseille l’experte de Michael Page. On ne peut évoluer à un poste à forte valeur ajoutée si l’on n’est pas aligné avec la stratégie de l’entreprise."

Garder contact

Même si aucun poste ne correspond pour l’instant à votre recherche, vous faites désormais partie du vivier de candidats. "On positionne en priorité les candidats que l’on connaît déjà. On leur demande d’être proactifs et de se manifester régulièrement auprès de nous pour donner des nouvelles", recommande Anne-Laure Cordier, qui souhaite recevoir de courts emails environ une fois par mois afin de savoir que vous êtes toujours en veille ou en recherche.

Si vous êtes sollicité par un chasseur, mais pas en recherche, rien ne vous empêche d’échanger quelques minutes avec lui sans pour autant lui faire perdre son temps en acceptant un entretien qui le ferait espérer. "Beaucoup de profils approchés par des chasseurs n’ont pas réfléchi à leur trajectoire professionnelle, constate Alexis Eychenne. Certains ne sont pas intéressés, mais peuvent nous orienter vers d’autres profils similaires." En revanche, n’hésitez pas à le remercier de son intérêt et à prendre ses coordonnées. Il ne faudrait pas insulter l’avenir…

Olivia Vignaud

Retrouvez le classement Décideurs "Recrutement, cabinets généralistes - top management 2025"

Prochain rendez-vous
Décideurs RH 

24 juin 2026
Talents ! 
Les nouveaux leviers de la gestion des talents

CONFÉRENCES ● COCKTAIL ● DÉJEUNER   REMISE DE PRIX
Voir le site »

GUIDES DÉCIDEURS RH

> Commander

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter du Magazine Décideurs, merci de renseigner votre mail