Les études d’opinion ne laissent guère de place au doute. Éric Zemmour est bien moins populaire que Sarah Knafo, déterminée à se lancer dans la course à l’Élysée. Que faire ? Après Mathieu Pigasse, Jordan Bardella, Bally Bagayoko et Patrick Sébastien, découvrez le dernier épisode de la série "Politique fiction".

La politique est une drogue ! Malgré le stress, la fatigue et une vie privée bouleversée, il est difficile de décrocher. Lorsqu’on a connu les débats télévisés, les meetings enflammés, les"trending topics" sur les réseaux sociaux ou les militants dévoués, le retour en arrière n’a rien d’évident.

Ce n’est pas Sarah Knafo qui dira le contraire. Tête de liste à Paris lors des dernières municipales, l’eurodéputée peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Certes, elle n’a obtenu que 10,4 % des suffrages, bien moins que les prévisions. Mais, l’énarque s’est fait un nom, n’est plus associée à Éric Zemmour et, en ne se maintenant pas au second tour, a joué la carte de l’union des droites. Un positionnement susceptible de séduire des électeurs LR, UDR ou RN.

Des sondages et une image "moins pires"

À la rentrée 2026, les instituts testent les scores de différents candidats. Pour la première fois, deux d’entre eux, Odoxa et l’Ifop, prennent en compte Sarah Knafo en plus d’Éric Zemmour. Le résultat est sans appel : la première devance largement le second dans les intentions de vote (7 % contre 4 %).

Surtout, les études qualitatives révèlent que la native des Pavillons-sous-Bois ratisse plus large, est plus populaire, a une meilleure image que le fondateur de Reconquête !. Intrigués, les instituts concurrents lancent leurs propres tests qui parviennent aux mêmes conclusions.

Que va faire Zemmour ?

Dès lors, la question se pose : qui présenter sur la ligne de départ ? Le fondateur du mouvement ou sa benjamine, qui offre de meilleures chances de succès dans les urnes ? Impossible pour Sarah Knafo de fomenter un putsch. Le scénario idéal serait que l’ancien journaliste cède la place de lui-même pour garder la face.

Le 5 décembre 2026, cinq ans après le meeting fondateur de Villepinte, Éric Zemmour se retire au profit de Sarah Knafo

L’annonce survient le 5 décembre 2026, cinq ans jour pour jour après le meeting de Villepinte qui a mis le parti nationaliste sur orbite. Dans une vidéo, le « patriarche » prend la parole : "À Villepinte, nous avons fait un serment : être l’inverse des trahisons politiciennes. Nous promettons et nous tiendrons, nous nous engagerons et nous ferons. Aujourd’hui, le destin fait que c’est Sarah Knafo qui est la mieux placée, nous ferons tout pour la soutenir"

Lucide, Éric Zemmour a compris que le meilleur moyen de l’aider est de rester dans un relatif retrait. Tout au long de la campagne, la candidate ne manquera pas de rendre de vibrants hommages à son conjoint décrit comme "visionnaire", "courageux", "patriote" et comme "victime d’avoir eu raison sur tout trop tôt".

Stratégie boutiquière

Durant le marathon électoral, son sens de la repartie et sa maîtrise apparente des dossiers lui permettent de faire bonne figure sur les plateaux et de distiller ses punchlines sur ses réseaux sociaux de plus en plus suivis.

Les meetings font le plein et attirent un public fervent. Contrairement au fondateur de Reconquête!, la trentenaire évite les propos clivants, même si le programme et l’idéologie restent similaires. Bref, tous les observateurs s’accordent à dire qu’elle mène une bonne campagne. Las, à la droite de la droite, le RN incarne le vote utile, la candidature de Bruno Retailleau la prive des voix d’une partie de la droite bourgeoise traditionnelle qu’elle espérait séduire, à l’instar d’Éric Zemmour avant elle en 2022.

Le soir du premier tour, elle recueille 8,1% des suffrages, soit un point de plus que le fondateur du mouvement cinq ans plus tôt. Mais l’essentiel est atteint : elle parvient à conclure un accord électoral pour les législatives avec l’UDR d’Éric Ciotti et le RN de Jordan Bardella. Baptisé "Union des patriotes", le cartel électoral devient la première force de l’Assemblée nationale, sans toutefois bénéficier de la majorité absolue. Reconquête! réussit néanmoins à faire élire 17 députés et à disposer d’un groupe parlementaire.

Lucas Jakubowicz

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