Vidéo humoristique reprenant un florilège de caricatures dont il est l'objet. Et en même temps, une interview au 20h de France 2. Dimanche 9 février, le président de la République a déployé les grands moyens pour évoquer le lancement du sommet de l'IA à Paris ce lundi.

Les amateurs d’IA le savent fort bien, Emmanuel Macron est une muse. De nombreux deepfakes réalisés par des internautes facétieux montrent le président de la République dans des postures parfois ridicules mais toujours hilarantes. Parmi les plus célèbres : l’hôte de l’Elysée en Angèle, en Mc Gyver, en institutrice, en "teufeur", en SCH ou encore en OSS 117.

Deepfakes et autodérision…

MacronAngele

Face à de telles caricatures, les spécialistes de communication politique estiment qu’il existe trois écoles. La principale est de ne rien dire, ce qui est la posture la plus répandue. Attaquer ou censurer les caricaturistes en est une autre, mais l’effet Streisand survient bien souvent. Plus rare, il est possible d’en jouer et d’utiliser le second degré.

C’est la solution choisie par Emmanuel Macron le dimanche 9 février. Ses 10 millions de followers sur X et ses 4 millions d’abonnés sur Instagram ont découvert une bien étrange vidéo de 55 secondes. Y défilent un florilège de clips se moquant du président. Puis, celui-ci apparaît à l’écran le sourire aux lèvres et déclare : "Bien joué, c’est assez bien fait, ça m’a fait rire".

Cette vidéo lui permet d’annoncer à des millions de citoyens l’ouverture du sommet de l’IA à Paris le 10 février. L’occasion pour lui d’expliquer "qu'avec l’IA on peut faire de très grandes choses, changer la société, l’énergie, la vie ! La France et l’Europe doivent être au cœur de cette révolution pour pousser les principes qui sont les nôtres, ceux dans lesquels nous croyons".

Ce format original a suscité des dizaines de milliers de réactions. Certaines critiquent un président indigne de sa fonction, d’autres un homme qui vit avec son temps et qui a le mérite d’annoncer au plus grand nombre, avec second degré, le sommet de l’IA.

… et en même temps, le 20h de France 2

Au-delà, de ce format de moins d’une minute, Emmanuel Macron était invité au 20h de France 2 pour un entretien télévisé uniquement consacré à l’IA, une première pour un dirigeant occidental. L’occasion pour lui de rassurer les Français qui peuvent être effrayés par les progrès fulgurants réalisés ces dernières années : "Il faut penser l’IA comme des assistants, ça ne va jamais remplacer l’homme, je ne crois pas à ça", a-t-il déclaré. Selon lui, l’intelligence artificielle pourra "mieux prévenir, détecter de manière beaucoup plus simple les maladies et les traiter beaucoup plus précisément". Ce qui permettrait de "déléguer certaines tâches et de remettre de l'humain" dans les métiers du soin.

Wham

La situation politique actuelle ne fait plus d’Emmanuel Macron le "maître des horloges" ou le "Jupiter" qu’il a longtemps pensé être, à tort ou à raison. Mais il est redevenu, le temps de quelques minutes, l’incarnation de la start-up nation. Ainsi, il a rendu public un plan de "109 milliards d’euros dans les prochaines annéesC’est l’équivalent pour la France de ce que les États-Unis ont annoncé avec Stargate, (500 milliards de dollars, NDLR). C’est le même rapport". Les investissements permettraient de former environ 100 000 personnes aux métiers de l'IA dans les prochaines années.

Pour rivaliser avec la Chine et les USA, poids lourds mondiaux, le président de la République a incité les pouvoirs publics à plus de souplesse, d'audace et moins de règles : "On doit être dans la course. Avant de savoir comment on régule, il faut dire qu'on veut en être".  Emmanuel Macron a ainsi estimé que le "défi des Européens face au développement de l'intelligence artificielle est de ne pas tomber dans le risque de réguler avant d'innover. Sinon, on se coupera de l'innovation et on n'aura aucun acteur du secteur".

Le sommet de l'IA aura lieu lundi 10 et mardi 11 février à Paris. La France devrait annoncer de nombreux investissements, qu'ils soient publics ou privés. Pour le moment, l'Hexagone peut compter sur un écosystème foisonnant avec Mistral AI en tête de gondole.

Lucas Jakubowicz

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