La paille en plastique, fléau emblématique de la pollution des océans, aurait dû disparaître. Interdite par la directive européenne sur les plastiques à usage unique (SUP), elle refait pourtant surface, discrètement rebaptisée mais toujours aussi polluante. Un exemple parfait de greenwashing explique dans cette tribune Frédéric Soyez, président de Soyez frères.
Tribune. Sifflons la fin des pailles en plastique !
La conférence des nations unies sur l’océan qui a eu lieu à Nice au mois de juin a de nouveau dressé un constat accablant : la planète bleue suffoque sous les déchets plastiques. Pourtant, sur le papier, tout semble sous contrôle. Les directives sont là, les interdictions aussi. Mais certains produits échappent à l’interdiction en arguant, de manière fallacieuse, qu’ils pourraient être réutilisés. Le meilleur exemple est celui des pailles.
Aujourd’hui, la grande partie de celles que nous utilisons dans nos cafés ou événements, malgré une apparence "écolo", sont composées de plastique pour garantir leur rigidité. Un plastique souvent biosourcé, certes, mais résultant d’une transformation qui en fait, sur le plan chimique, un plastique, et qui surtout les rend non biodégradables.
Leurs fabricants les prétendent « réutilisables » uniquement pour contourner la loi. Mais dans la pratique, qui, dans un bar ou un festival, réutilise sa paille ? Personne ! D’ailleurs, aucune ne résiste à un lavage en machine. Résultat : le consommateur, qui croit adopter un geste écologique, utilise en réalité une paille plastique qui pollue autant qu’avant.
Bien entendu, la concurrence n’est pas équitable face aux vraies pailles biodégradables, pour la plupart en papier. D’autant plus quand un porte-parole bruyant comme Donald Trump s’empare du sujet …
C’est vrai, les premières pailles en papier, souvent fabriquées à la va-vite en Asie, se délitaient en quelques minutes et ont laissé de mauvais souvenirs. Depuis, les technologies ont progressé, mais le mal était fait. Jugées peu agréables à utiliser, les pailles en papier finissent donc par être abandonnées. Ce sont pourtant les seules qui respectent la loi et l’environnement. Malheureusement, l’expérience utilisateur et les préjugés l’emportent encore sur la conscience environnementale.
Ceci n’est possible que parce que les règlements ne sont pas appliqués sur le terrain, faute de contrôle. Voter un texte ne suffit pas pour produire des effets dans le monde réel ! Il faut en garantir l’application, et c’est là que le bât blesse.
Nous, les industriels, avons aussi notre part de responsabilité. Ne pas profiter des angles morts réglementaires. Ne pas entretenir l’illusion d’un produit écologique s’il ne l’est pas. Être transparent sur ce que l’on vend, sur ce que devient l’objet après son utilisation. C’est une question d’honnêteté.
Le consommateur doit aussi jouer un rôle – c’est lui qui a le dernier mot ! Exigeons des pailles vraiment réutilisables, ou authentiquement biodégradables ! Envisageons de nouveaux compromis : oui, une paille en papier se ramollit mais elle ne pollue pas et ne trompe personne. Et arrêtons de nous satisfaire de ces solutions de contournement qui ne répondent pas aux enjeux de la transition écologique.
Il est temps pour les pouvoirs publics de siffler la fin de la partie pour les pailles en plastique ; et pour les consommateurs, de cesser de cautionner ces pratiques malhonnêtes, qui insultent l’avenir de notre planète.
