L’année 2021 aura été marquée par l’une des plus importantes batailles boursières dans l’histoire des OPA en France, mettant en scène le groupe Veolia et son concurrent Suez. L’occasion d’observer, aussi virulente soit l’opposition entre l’acquéreur et la direction de la cible, que les OPA hostiles tendent souvent vers le même dénouement.

Veolia/Suez ou Suez/Veolia : finalement c’est Veolia qui en septembre 2020 fera une première offre publique d’achat. Rejetée par le conseil d’administration de Suez, cette offre sera confirmée par une augmentation du prix d’achat des actions, emportant ainsi l’adhésion d’Engie [alors détenteur de 29,9 % des actions du capital de Suez, Ndlr] tout en officialisant le caractère inamical de l’opération.

Dès lors, une fois le cadre de l’OPA hostile mis en place, la bataille rangée peut s’en suivre. Entre guerre de mouvement et prises de position, le conseil d’administration de Suez et ses conseils n’ont pas manqué d’imagination. Du placement de sa lucrative filiale Suez Eau France dans une fondation de droit néerlandais à l’abri des velléités de Veolia à la saisine du tribunal de commerce pour suspendre l’OPA, en passant par la sollicitation de l’intervention d’un chevalier blanc en la personne du groupe Ardian, chacun a redoublé d’inventivité et de combativité pour faire face à l’assaut du géant énergéticien.

"Entre guerre de mouvement et prises de position, le conseil d’administration de Suez et ses conseils n’ont pas manqué d’imagination"

Hostile... jusqu’à un certain prix ! Pourtant, et comme souvent, la saga s’est soldée par la signature en mai dernier d’un accord de rapprochement entre les deux groupes après que Veolia eût consenti à augmenter son offre, qui atteint finalement une valorisation d’environ 13 milliards d’euros. En d’autres termes, rien de moins qu’un aboutissement, somme toute assez similaire, à d’autres grandes OPA hostiles qui ont marqué l’histoire de la Bourse parisienne.

En 2016, les fondateurs de l’éditeur de jeux vidéo Gameloft étaient restés impuissants face à l’OPA hostile lancée par le groupe Vivendi lorsque ce dernier valorisait la cible à plus de 750 millions d’euros, faisant miroiter aux actionnaires une prime de 100 % sur l’action Gameloft par rapport à son cours avant que l’intérêt du groupe détenu par Bolloré ne devienne public. Plusieurs années auparavant, en 1999, c’est le pétrolier TotalFina qui attaquait son concurrent Elf avec une OPA hostile, entérinant l’opération avec une offre à 345 milliards de francs.

"La cible, qui n’avait pas réussi à trouver de chevalier blanc, dû se contraindre à accepter les forces du marché"

En 2004, Sanofi-Synthélabo, après avoir pris d’assaut son concurrent Aventis avec une offre hostile valorisée à 48 milliards d’euros, trouvait finalement un accord après avoir rehaussé son offre de pas moins de 5,4 milliards d’euros. La cible, qui n’avait pas ­réussi à trouver de chevalier blanc, dû se contraindre à accepter les forces du marché.

A contrario, dans sa bataille boursière l’opposant à Atos dans le rôle du méchant loup, la cible Gemalto réussit là où Aventis avait échoué en se rapprochant de Thalès qui jouera la partition du chevalier blanc. Pour répondre à l’offre valorisant l’action de la cible à 46 euros, Thalès proposa alors de faire l’acquisition des titres à 51 euros par action, soit une valorisation totale de 4,8 milliards d’euros.

On le voit, les OPA hostiles semblent donc bien souvent se solder par la même conclusion. De laquelle il découle que celui qui paie sort victorieux de ces batailles sans merci, car dans ce registre, en matière d’OPA hostile, qu’il s’agisse d’initiateur(s) ou de chevalier blanc, la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Laurier John Pierce Ngombe

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