Litigation PR : au croisement du droit, de la réputation et de l’opinion
En France, la retenue judiciaire a longtemps été perçue comme une vertu cardinale. Mais l’enceinte du prétoire s’est déplacée : l’opinion se forme en temps réel, le marché réagit en quelques heures, les régulateurs écoutent.
L’objectif français : sortir de la culture du silence sans trahir la procédure
Cette nouvelle réalité trouve un écho législatif dans la loi DDADUE du 30 avril 2025, qui reconnaît – sous certaines conditions – le financement par des tiers des actions de groupe. Au-delà de cet encadrement juridique, une dynamique s’installe : les procédures deviennent plus offensives, mieux préparées et plus stratégiques dans leur narration. Ce changement de paradigme ouvre aussi la voie à un investissement structuré dans la communication de procédure : en permettant à des financeurs extérieurs de soutenir une action collective, la loi offre la possibilité d’anticiper, de cadrer et de piloter la communication dès l’ouverture du contentieux. La réputation devient un actif à défendre en temps réel – et non plus a posteriori.
Funding : la prudence comme cadre, la transparence comme méthode
L’essor du third-party funding renforce l’accès à la justice et l’effet de levier des actions collectives, mais introduit une exigence accrue de responsabilité communicationnelle. Les acteurs du financement rappellent que leurs communications ne constituent ni conseil ni incitation, qu’aucune performance n’est garantie et que l’analyse des risques demeure du ressort de chacun. Transposée au Litigation PR, cette éthique se traduit par quelques principes : ne jamais présenter l’issue d’un litige comme certaine, éviter les promesses de résultat, énoncer les incertitudes, distinguer les faits des opinions et déclarer les intérêts quand ils sont pertinents. Concrètement, la communication ne "vitrifie" pas un dossier : elle cadre l’information utile, préserve l’indépendance des conseils, respecte la confidentialité et, lorsqu’un financeur est partie prenante, clarifie son rôle sans en faire un argument d’autorité. Dans les dossiers sensibles (marché, emploi, santé, environnement), cette sobriété renforce la crédibilité du discours, là où la sur-promesse expose à des risques réglementaires, judiciaires ou réputationnels.
"La réputation devient un actif à défendre en temps réel – et non plus a posteriori" - Juliette Jegu
Des géométries procédurales, une orchestration communicationnelle adaptée
Tous les litiges ne s’adressent pas au même public ni ne mobilisent les mêmes leviers de communication. Au pénal, il s’agit d’amortir le choc médiatique et de préserver la crédibilité des acteurs concernés; en civil ou commercial, d’entretenir la confiance économique et de sécuriser les relations avec les partenaires et investisseurs.
L’agence agit alors comme un chef d’orchestre : définir la ligne stratégique avec les avocats, piloter les messages clés, calibrer les interactions avec la presse, coordonner les contenus digitaux et assurer la cohérence entre les canaux et les discours – communiqué, site, réseaux sociaux, Q&A internes, notes aux parties prenantes.
Dans les dossiers collectifs, réglementaires ou internationaux, cette orchestration devient cruciale : aligner les narratifs entre juridictions, anticiper les séquences médiatiques et harmoniser les messages à l’échelle des marchés. Qu’il s’agisse d’enjeux sociaux, environnementaux ou réputationnels, la communication doit avant tout poser un cadre de confiance, de cohérence et de lisibilité.
Le modèle britannique : méthode, mesure, maîtrise
Au Royaume-Uni, le Litigation PR est devenu une composante reconnue de la gestion des contentieux. Les affaires à forts enjeux s’accompagnent de stratégies de communication soigneusement élaborées, en étroite coordination avec les équipes juridiques. La préparation commence bien avant que l’affaire ne devienne publique : les scénarios sont envisagés, les limites de langage définies, les parties prenantes identifiées. Une fois la procédure engagée, les perceptions sont suivies en continu et les messages sont adaptés à l’évolution du dossier.
"La gestion de ces dynamiques suppose une grande sensibilité au contexte, une coordination transnationale et la capacité d’activer les bons leviers au bon moment" - Dina Hudson
L’approche britannique dépasse la seule discipline procédurale. La communication sert aussi à construire un plaidoyer pour les clients, non seulement dans les médias, mais aussi en croisant parfois les débats de politique publique et les relations investisseurs. Une approche fragmentée expose les vulnérabilités, tandis qu’une stratégie cohérente permet de protéger et aussi de renforcer la position du client. Un autre enseignement réside dans l’importance du contrôle du discours. Dans un environnement communicationnel compétitif, ne rien dire revient souvent à céder la maîtrise du récit.
Les litiges peuvent également s’inscrire dans des débats géopolitiques ou sociétaux plus larges. Un arbitrage commercial peut devenir un sujet de sécurité énergétique, un dossier social peut nourrir les discussions sur les droits du travail, une affaire de concurrence peut être lue à travers le prisme de la stratégie industrielle. Dans ces circonstances, le Litigation PR agit non seulement dans la salle d’audience et dans les médias, mais aussi dans les sphères politiques, réglementaires et de l’opinion publique. La gestion de ces dynamiques suppose une grande sensibilité au contexte, une coordination transnationale et la capacité d’activer les bons leviers au bon moment.
Mirovia : local par conception, global par nécessité
Créé il y a dix ans, Mirovia réunit des agences spécialisées dans la communication sur le marché du droit dans les principales juridictions. Le réseau offre, aux clients confrontés à des problématiques similaires dans plusieurs pays, ou impliqués dans des litiges transfrontaliers, une stratégie centralisée et déployée localement.
Un exemple concret en est la création, en 2022, de l’European Class Action Communications Desk. Mis en place en réponse à la transposition de la directive européenne sur les actions représentatives (RAD), il fonctionne comme une salle de contrôle paneuropéenne. Sa mission est d’aligner les narratifs, de coordonner les calendriers et de faciliter la transition entre les systèmes juridiques nationaux et les attentes médiatiques locales.
L’alliance Eliott & Markus-Byfield illustre parfaitement ce modèle. En France, l’accent est mis sur la prudence déontologique, l’ancrage dans les pratiques judiciaires et une relation fine avec les médias. Au Royaume-Uni, la force réside dans des outils éprouvés, des playbooks testés et une véritable culture de la mesure. Ensemble, cela garantit une continuité d’exécution lorsque les litiges franchissent les frontières, attirent l’attention médiatique internationale ou se transforment en procédures collectives.
En conclusion
Le Litigation PR n’a pas pour vocation de convaincre l’opinion, mais d’accompagner les parties en assurant la cohérence et la maîtrise de la communication tout au long de la procédure. Dans un environnement où chaque contentieux devient potentiellement public, la communication n’est plus périphérique : elle fait partie intégrante de la stratégie de gestion du risque. L’approche portée par Eliott & Markus-Byfield met cette conviction en pratique – une communication alignée, mesurée et respectueuse des cadres judiciaires, pensée comme un véritable atout stratégique au service des acteurs juridiques et financiers.
SUR LES AUTEURS
Juliette Jégu, directrice Conseil chez Eliott & Markus, est spécialiste de la communication financière et légale. Elle accompagne les entreprises et les cabinets de services professionnels dans la valorisation et la protection de leur réputation, notamment lors d’opérations sensibles ou de contentieux à fort enjeu. Aux côtés de Dina Hudson, Lead Consultant chez Byfield à Londres, elles ont une vision commune : faire du Litigation PR un levier stratégique au service de la défense et de la confiance.

