d’Infonet, une plateforme qui agrège aujourd’hui plus de 7 milliards de données légales et financières sur les sociétés en France et à l’international. Créateur d’une dizaine d’entreprises par le passé, son fondateur Julien Dupé revient sur les origines et les perspectives de sa start-up.

 Décideurs. Vous avez créé Infonet en 2020. À quels besoins répond cette plateforme ?

Julien Dupé. L’idée m’est venue pendant le Covid : mettre à disposition des entreprises une base de données transparente, claire et intuitive, avec des indicateurs avancés sur la solvabilité, les bilans… En d’autres termes, tout ce que je ne parvenais pas à trouver en tant qu’entrepreneur.

L’aventure commence en 2020. En plein milieu de la pandémie, j’enregistre Infonet au registre du commerce.  D’anciens salariés décident de me suivre, de nouveaux me rejoignent. Pas de levée de fonds, pas d’investisseurs ni de business angels. Je décide d’investir mes propres deniers issus de mes anciennes vies. Fraîchement recrutés, nos premiers développeurs commencent à travailler sur les data rendues libres d’accès par la loi Pacte en 2019. Ma première erreur a été de penser que ces informations publiques allaient nous faciliter la tâche. En réalité, ces données étaient quasiment inexploitables, car peu structurées. Nous nous sommes donc orientés vers l’achat et l’acquisition de données privées, plus simples à modéliser. Après plusieurs mois de développement, nous ouvrons donc notre solution à des panels tests le 21 décembre 2020. Le 3 janvier 2021, la plateforme est lancée et Infonet rencontre son public. Plusieurs milliers de visiteurs affluent sur le site et nous atteignons les 30 000 souscriptions en deux mois. L’aventure commence vraiment. Quatre ans plus tard, Infonet est une structure indépendante qui emploie plus d’une cinquantaine de collaborateurs et génère 15 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Vous agrégez et actualisez en temps réel plus de 7 milliards de données sur une plateforme unique. Comment procédez-vous ?

Nous travaillons de manière étroite auprès de nos partenaires fournisseurs de données que sont l’Insee et l’Inpi. Les flux de données sont transférés automatiquement sur nos serveurs. Ils sont isolés et révisés manuellement par une équipe de cinq data quality officers. Et tout y passe : site web, logo, adresse postale, nom du dirigeant, courriel, numéros de téléphone, trésorerie, pactes d’associés, brevets… En parallèle, la nature même d’Infonet, qui repose sur des listings d’informations chiffrées, nous permet de déceler rapidement les incohérences dans les chiffres affichés. Le gros du travail de nos équipes repose principalement sur le monitoring des instances pour nous assurer que notre système d’information est stable et sécurisé.

"Nos premiers développeurs commencent à travailler sur les data rendues libres d’accès par la loi Pacte en 2019. Ma première erreur a été de penser que ces informations publiques allaient nous faciliter la tâche"

Comment faites-vous pour pallier le manque de transparence de certaines entreprises ?

En conformité avec l’article L232-25 du Code de commerce, 80 % des entreprises décident aujourd’hui de publier leurs comptes de manière confidentielle auprès du greffe. C’est un véritable problème. Certaines entreprises peuvent s’inquiéter de la santé financière de leurs prestataires. En tant qu’organisme agréé, nous disposons d’un accès à ces registres confidentiels. Bien entendu, nous n’avons pas le droit de les dévoiler. Alors, nous les transposons de manière ludique sous forme d’indicateurs avancés avec des codes couleurs simples et faciles d’accès. Toute l’interface a été pensée avec un UX designer

Le secteur de la donnée d’entreprise pâtit de la réputation de certains acteurs peu fiables. Comment Infonet se distingue-t-il sur ce marché ?

Sans doute par sa fiabilité, grâce aux partenariats noués avec l’Insee et l’Inpi, mais aussi par sa transparence et sa facilité d’utilisation. J’ai vraiment pensé Infonet comme un outil ludique et agréable à la navigation. Nous sommes également les seuls sur le marché à proposer des interfaces adaptées aux systèmes iOS, Android et web. En juillet prochain, nous déployons notre API publique pour les entreprises. Sur chacun de ces supports, 99 % des informations présentées sont accessibles gratuitement.

Vous vous revendiquez aujourd’hui comme une plateforme “d’utilité publique“. Qu’entendez-vous par là ?

Dire la vérité sur la situation financière des entreprises, c’est d’utilité publique. Décortiquer, structurer et interpréter l’open data sert l’intérêt général. À ce titre, nous sommes d’ores et déjà en discussion avec certains organes du gouvernement pour se faire le relais de modules sur le droit à l’embauche. Par exemple, un candidat doit savoir si l’entreprise dans laquelle il postule paie ses cotisations sociales ou ses impôts auprès du Trésor public. L’Urssaf devrait par ailleurs être plus transparente sur ces sujets.

Autre axe de développement pour Infonet, nous souhaitons à l’avenir permettre aux employeurs de disposer, selon la fiche de poste, de modélisations sur le nombre de postes à pourvoir, la moyenne des salaires dans le département ou dans la région. Infonet a l’ambition de devenir un point de chute pour les instances dirigeantes.

"Un candidat doit savoir si l’entreprise dans laquelle il postule paie ses cotisations sociales ou ses impôts auprès du Trésor public"

Quelles sont vos autres ambitions pour l’année 2024 ?

La première concerne le déploiement de notre API publique. Elle permettra d’étendre la sphère des entreprises susceptibles d’intégrer et interfacer Infonet sur leurs logiciels métiers. Notre clientèle est historiquement composée de TPE et de PME. Nous visons désormais les ETI avec la mobilisation d’une toute nouvelle équipe commerciale composée de 30 personnes.

La seconde ambition, celle-ci à l’horizon du dernier trimestre 2024, concerne une interface spécifique et modulable à chaque corps de métier. Les informations seront hiérarchisées de manière différente, que vous soyez un DAF intéressé par les recommandations d’encours d’un potentiel partenaire ou un directeur juridique soucieux d’une décision de justice visant un fournisseur.

Propos recueillis par Jonathan Banuelos

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