Moins de trois ans après sa création, la start-up Juridy, spécialiste du design thinking appliqué au droit et fondée par Sihem Ayadi, lance quatre projets différents avec un unique fil conducteur : le legal design.

Le legal design se déploie à grande vitesse. Alors qu’il y a cinq ans à peine, cette méthode de pensée juridique en était encore – en tout cas en France – à ses balbutiements (les juristes s’arrêtant bien souvent à l’intégration de schémas dans leurs notes professionnelles), aujourd’hui, elle s’introduit dès le départ dans les réflexions d’un grand nombre d’avocats et de juristes d’entreprise. Objectif : rendre accessible le droit, faire passer des messages, être compris, entendu et donc gagner en influence et mieux intégrer la matière juridique dans le monde des affaires. 

LawDesigner, une révolution dans l’écosystème du legal design

L’ancienne directrice juridique d’Auchan Retail Sihem Ayadi lance une plateforme permettant l’automatisation d’actes juridiques legal designés, ce qui semblait irréalisable il y a encore peu de temps. Grâce à la mise à disposition de modèles de rapports d’activité, de contrats de travail, de notes juridiques ou de modèles d’application du RGPD, l’utilisateur conçoit et génère un document juridique intégrant les méthodes du design thinking

Une petite révolution pour celles et ceux qui savent combien il est difficile de traduire les actes juridiques en legal design. Comment cela est-il possible ? Grâce aux trois années de travail d’une équipe pluridisciplinaire réunissant des experts du droit, de l’UX design, du développement informatique, du graphisme et des sciences cognitives. 

Plus exactement, les utilisateurs sélectionnent un type d’acte selon une thématique (contrat, clausier, document de synthèse, consultation juridique…) ou selon une profession (avocat, notaire, juriste d’entreprise, expert-comptable, conseil en gestion de patrimoine ou étudiant), ce qui leur permet par la suite de choisir un template personnalisable et adapté à leur projet. Une navigation intuitive et un grand nombre de fonctionnalités (téléchargement d’images, mise en forme plus élargie que celle de Word, support d’aide au graphisme…) et d’outils (pictogrammes, typographie, pantone…) viennent compléter le tout. 

La formulation des besoins pratiques

"La plateforme est un bon outil de rodage au legal design, nous apprend Sihem Ayadi. Plus on l’utilise, plus on s’habitue à travailler en langage clair et selon les méthodes du design thinking, sans oublier la formation à la méthode du legal design." L’interface de Lawdesigner autorise l’introduction d’éléments de legal design dans un travail réalisé de manière classique, comme Juridy a déjà eu l’occasion de le faire pour la société Yves Rocher. L’entreprise, qui souhaitait rendre accessibles à ses partenaires franchisés et cocontractants ses contrats commerciaux, ne pouvait pour autant pas modifier des clauses complexes ayant fait l’objet de jurisprudence. La société de Sihem Ayadi a donc traduit en legal design chaque donnée qui pouvait l’être et habillé les clauses intouchables d’éléments graphiques permettant leur mise en valeur.

Côté technique, la plateforme, qui a vocation à s’enrichir de nouveaux modèles et de nouvelles fonctionnalités au fil des besoins des clients et de l’évolution du droit, propose de convertir les documents en fichiers pouvant être envoyés chez un imprimeur pour la production (formats svg, jpg, png et pdf). 

Juridesign ou le cabinet d’avocats digital customer centric 

L’année 2022 aura vu la finalisation de trois autres projets. Leur point commun ? Accéder au droit grâce à l’utilisation du legal design. Le premier, Juridesign, concerne la création d’une plateforme en ligne intégrant les méthodes du legal design où les avocats et leurs clients se rejoignent. Ce n’est pas un simple site internet. Son interface prend en compte les besoins des clients : éloigné de la présentation classique par matière ou par secteur d’activité, contenant une présentation des profils des avocats et un espace contact pour le recrutement, Juridesign propose, à partir d’un langage clair, de visuels et d’illustrations, tout ce dont les entreprises et les particuliers ont besoin pour formuler leurs besoins lorsqu'ils rencontrent problème juridique. "Les avocats entrepreneurs cherchent souvent à créer un site vitrine à la fois institutionnel et se démarquant de leurs concurrents, explique Sihem Ayadi. Dans ce cadre, nous leur proposons d’envisager leur site web comme un espace entièrement orienté en priorité vers leurs clients et leurs prospects." 

L’alliance de la tech et du legal design avec le LegalDesignBot

Le second projet, LegalDesignBot, a été conçu avec la legaltech Seraphin Legal : il intègre les méthodes de legal design expérimentées par Juridy au sein de l’assistant juridique virtuel de Seraphin Legal à destination des juristes. C’est un processus d’automatisation des réponses aux questions juridiques récurrentes dans l’entreprise. L’idée est de faire circuler au mieux les informations et de développer les soft skills : former les juristes à la méthode, fédérer les opérationnels futurs utilisateurs, établir la liste des KPI pour mesurer la performance de l’outil, communiquer en interne… "L’objectif est de replacer l’humain au centre de la démarche de dématérialisation de la fonction juridique en entreprise, resitue l’ancienne directrice juridique. Juridy et Seraphin Legal ont par exemple implémenté ce LegalDesignBot dans l’univers interne de la direction juridique d’Ayming." 

Une formation pour devenir juriste legal designer certifié

Enfin, Juridy ne délaisse pas le monde universitaire ni celui de la formation continue. Lawdesigner contient des modèles de documents (rapports de stages, CV et documents de synthèse par exemple) en libre accès pour les étudiants. Juridy est aussi un partenaire du programme CréeTonCab de Septeo, qui met Lawdesigner à disposition des élèves avocats afin que ces derniers réalisent leur projet.

La start-up du legal design propose un parcours de formation e-learning certifiante legal designer en partenariat avec l’Edhec Augmented Law Institute. L’objectif : transmettre les outils nécessaires pour former au legal design toute une nouvelle génération, les fameux juristes augmentés dont tout le monde parle. Le parcours de formation contient des vidéos, des ressources documentaires, des questionnaires… "On n’apprend pas qu’en lisant, qu’en écoutant ou qu’en regardant, on apprend aussi en stimulant tous les sens", développe celle qui est à l’origine du projet. Les modules de formation (tirés du référentiel de compétences du juriste augmenté de l’Edhec Augmented Law Institute) sont par exemple "Pratiquer le langage juridique clair", "Utiliser des techniques de legal design pour optimiser l'expérience client", "Expliciter des problématiques juridiques complexes par la visualisation" ou encore "Développer son empathie cognitive pour mieux comprendre ses clients". Le parcours de formation, qui sera accessible dès janvier 2023 sur la plateforme Le Juriste de Demain, a vocation à dépasser le simple apprentissage des solutions numériques, le juriste pouvant ainsi se concentrer sur sa valeur ajoutée, monter en puissance, être certifié et ainsi orienter sa carrière vers de nouvelles fonctions au sein des organisations. 

Pascale D'Amore

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