Le nouveau comité du label investissement socialement responsable (ISR), présidé par Michèle Pappalardo, travaille à sa modernisation. Les grandes lignes de cette réforme devraient ainsi être présentées avant l’été. Mais qu’en pensent les professionnels de la gestion de patrimoine ? Quelles sont leurs ambitions pour ce label ? Plusieurs d’entre eux nous dévoilent leur conviction.

Aurélien Guichard. Le futur label devra créer un cadre normatif, plus clair et transparent. C’est, en effet, l’opacité et le mélange des genres qui a introduit de la confusion auprès du grand public. Le cahier des charges du label ISR actuel encadre le processus d’investissement du gérant, mais n’émet pas de jugement sur ses choix. C’est, à mon sens, une démarche très intéressante pour démocratiser et sensibiliser le grand public sur le thème de l’investissement responsable. Depuis quelques années, le label a cependant pris de l’ampleur. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’une réforme est aujourd’hui nécessaire. Son avenir doit s’écrire au niveau européen. Il serait, par exemple, pertinent de s’inspirer du label allemand FNG. Celui-ci est composé de plusieurs étoiles. Le label doté d’une étoile correspondrait à notre actuel label ISR.  Composé de deux étoiles, celui-ci appliquerait des exclusions sectorielles très marquées tandis que la troisième étoile valoriserait les fonds à impact.  

François Xavier Sœur. Le label ISR est avant tout une marque de transparence. Il agit comme un panneau indicateur pour le grand public. Il convient toutefois de ne pas rester trop fermé sur ses positions. Les épargnants ne doivent pas uniquement se positionner sur des fonds à impact (SFDR 9),  le risque étant que les portefeuilles demeurent trop concentrés, sur un nombre restreint de valeurs. La diversification ne serait alors plus assurée. En parallèle, nous conseillons d’appliquer un filtre ESG plus traditionnel, permettant également de gérer le risque du portefeuille financier.

"Il est essentiel d’analyser la politique d’engagement actionnarial d'une entreprise"

Prendre en compte les impacts de l’environnement sur les investissements et des investissements sur l’environnement permet d’apporter une analyse complémentaire aux critères ESG selon le principe de double matérialité. Enfin, pour s’assurer du caractère responsable de la stratégie d’investissement d’une société de gestion, il est essentiel d’analyser sa politique d’engagement actionnarial. C’est un levier d’action très important. La résolution déposée par plusieurs sociétés de gestion, dont Meeschaert Amilton et La Financière de l’Échiquier, demandant au groupe Total de se conformer à l'accord de Paris sur le climat en est la parfaite illustration. 

Aurélien Florin. Plus de 950 fonds sont aujourd’hui labellisés ISR, chiffre qui soulève bien entendu la question de la crédibilité du label. Une réforme me semble donc nécessaire. Mais doit-il rester un label d’inclusion, autrement dit favoriser la transformation des entreprises émettant le plus de CO2 ? Ou doit-il devenir un label d’exclusion, en écartant systématiquement les sociétés issues des secteurs les plus polluants ? Convaincre les émetteurs qui émettent le plus de CO2 de faire évoluer leur modèle peut constituer un levier d’action très important. Imposer de trop nombreuses exclusions pourrait dans certains cas s’avérer contre-productif. La proposition de la présidente du nouveau comité du label ISR, Michèle Pappalardo, de créer un "label à un label à niveaux", avec un socle de base et plusieurs niveaux d’exigence optionnels serait un bon compromis. Je suis cependant beaucoup plus sceptique sur la proposition d’Yves Perrier de créer un nouveau label sur la transition carbone. Cela ne ferait que rajouter encore plus de confusion dans l’esprit des épargnants. 

Sylvain Theux. J’accompagne une famille dans le cadre d’un projet viticole ambitieux, en matière de protection de l’environnement. La première étape a consisté à acquérir une propriété présentant certaines caractéristiques pouvant accueillir des pratiques visant à développer la biodiversité comme l’agroforesterie.

"Certains clients ont des doutes sur la pertinence des labels"

Ces clients y sont sensibles d’autant plus que cette sauvegarde fait partie intégrante de la valorisation du projet. Toutefois, malgré leur engagement et l’adhésion naturelle à ces sujets, ils ont des doutes sur la pertinence des labels. La multiplication des sigles a pu semer la confusion chez eux et d’une façon plus générale chez tous les consommateurs. Il y a encore peu de temps, un vin pouvait s’afficher "nature", c’est-à-dire sans intrants dans la phase de vinification, et provenir de raisins cultivés à l’aide de produits toxiques. La réforme en cours devra apporter davantage de clarté. Il faudra tendre vers une harmonisation des labels de sorte qu’ils ne coexistent pas mais se complètent. Entre le label Agriculture biologique, le label Biodynamie ou le label Vin méthode nature, les consommateurs ont toutes les raisons d’être perdus alors qu’il serait tellement plus simple et concret d’utiliser les labels pour qualifier le niveau d’engagement des producteurs. 

Aurélien Guichard, directeur associé, Agora Finance, Sylvain Theux, président, Holding Fortune, François-Xavier Sœur, dirigeant-fondateur, Terrae Patrimoine et Aurélien Florin, directeur éditorial et communication, Scala Patrimoine 

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