Entre la numérisation du secteur et l’évolution des profils d’acheteurs, la passion et l’amour doivent impérativement rester au cœur des motivations des collectionneurs. Annisabelle et Florence Berès, marchandes d’art à la galerie Berès, reviennent sur le secteur de l’art en pleine mutation.

Décideurs. Pouvez-vous nous parler de votre galerie ?

Annisabelle Berès. Nous nous sommes spécialisés dans plusieurs courants : les Nabis, une référence historique pour nous, les œuvres cubistes des années 1920 et enfin l’art dit moderne, plus précisément entre 1950 et 1990.

Florence Berès. Ce qui ne veut pas dire que nous ne nous intéressons pas à l’art contemporain, mais cela reste secondaire.

Quelle est la typologie de votre clientèle ?

F.B. Elle reste diversifiée ! Ce sont à la fois de vrais passionnés d’art, des investisseurs, parfois des étrangers de passage qui ne vont venir qu’une seule fois à la galerie, mais aussi des clients fidèles depuis quarante ans… 

"Nous voyons revenir de plus en plus d’américains depuis deux mois" 

Nous servons beaucoup d’acheteurs étrangers qui ne se déplaçaient plus pendant la pandémie. Nous voyons revenir de plus en plus d’américains depuis deux mois.

Comment le secteur de l’art s’est-il adapté à la pandémie ?

A. B. Nous aimons être en contact direct avec le client mais nous avons dû nous adapter à l’ère numérique. Nous proposons une visite virtuelle de la galerie sur notre site internet mais cela ne remplace pas la découverte d’une œuvre en physique.

Le Salon du dessin - Fine arts Paris & La Biennale s’est tenu en mai dernier, que représente-t-il pour vous ?

F. B. C’est un salon que nous apprécions énormément, très agréable à faire avec une ambiance familiale, et qui attire les amateurs au sens littéraire du terme. Le public regroupe des amoureux de l’art, présents par goût du dessin et non par intérêt financier. Les marchands se connaissent et se respectent, tout se passe en toute bienveillance, et l’événement est organisé par la même équipe depuis des années. Le salon bénéficie d’une très bonne réputation, même au-delà de l’Atlantique !

En quoi la peinture représente-t-elle un investissement intéressant ?

A.B. Avant tout, nous investissons dans une œuvre pour nous faire plaisir. Ensuite, la peinture est transportable et transmissible. Elle ne coûte pas d’argent, contrairement à un immeuble qu’il faut entretenir et qui génère des frais, des impôts, etc.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans une collection ? Quels sont les pièges à éviter ?

A.B. Se rendre chez des galeristes de qualité et de confiance et acheter une œuvre dont vous tombez amoureux.

F. B. Éviter de chercher la bonne affaire, il faut y croire et donc se faire conseiller par des personnes en qui nous avons confiance. La réputation que nous avons bâtie depuis notre création est très facile à perdre, seulement quelques marchands sont reconnus à Paris. À partir du moment où nous misons sur un tableau, c’est que nous y croyons vraiment. Nous transmettons les valeurs de notre travail à nos clients. Il faut aimer l’art et y croire.

Comment définiriez-vous l’état actuel du marché ?

A.B. Le marché actuel est très périlleux. Avec des pièces atteignant le niveau du PIB de certains pays, une très grande disparité s’opère entre les collectionneurs habituels et l’armada de nouveaux acheteurs qui détiennent des sommes folles. Ce qui me semble néfaste pour l’accessibilité à l’art. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que certains investissements soient toujours rentables dans dix ans.

F. B. Le vrai marché de l’art ce n’est pas ça. Ce sont aussi des tableaux normaux à des prix normaux. Il faut garder la tête froide et la règle de base est de s’entourer de personnes de confiance tout en achetant des œuvres qui font plaisir.

Propos recueillis par Marine Fleury

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