En mission commandée pour offrir le meilleur du private equity mondial aux investisseurs particuliers, Frédéric Stolar, managing partner d’Amboise Partners, déborde d’énergie et d’enthousiasme. Avec Altaroc, il souhaite révolutionner l’accès retail au private equity.

Décideurs. Quelles ont été les différentes étapes de votre parcours professionnel ?

Frédéric Stolar. J’ai démarré dans le private equity en 1991. Cela fait plus de trente ans que j’exerce, c’est mon seul métier. J’ai passé quatre ans chez Apax Partners avant d’intégrer Warburg Pincus à Londres, l’un des plus gros fonds américains de private equity, où je suis resté huit ans. En 2001, deux familles industrielles – Albert Frère en Belgique et Paul Desmarais au Canada – m’ont fait confiance pour créer le fonds Sagard dont j’ai été le directeur général pendant dix-neuf ans. Nous avons lancé un premier fonds de 600 millions d’euros, puis un deuxième d’un milliard d’euros et un troisième de même taille, livrant plus de 2,3 fois la mise nette sur nos trois millésimes, et plus 20 % de TRI net à nos investisseurs. J’ai voulu ensuite devenir moi-même entrepreneur, avec la conviction absolue, qu’en tant que client de trois banques privées sans aucune solution en private equity, il était grand temps d’offrir à des clients privés l’accès au meilleur du PE mondial. Je me suis rapproché de Maurice Tchenio, une des figures de l’industrie du private equity et qui, il y a trente-trois ans, était mon patron chez Apax, pour lancer Altaroc.

Quelles sont les spécificités de l’investissement en private equity ?

Le private equity est aujourd’hui la classe d’actifs la plus performante, c’est un fait. Cinquante ans d’historique le démontrent, chiffres à l’appui, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. En Asie, c’est un peu moins clair car nous n’avons que quinze ans de recul. Si l’on compare les performances moyennes annuelles de la Bourse et du PE, on observe entre cinq et sept points de pourcentage d’écart en faveur du private equity, ce qui constitue une surperformance structurelle considérable sur longue période. C’est ce qui fait que les institutionnels en sont de plus en plus investis en PE.

"Le private equity est aujourd’hui la classe d’actifs la plus performante"

En moyenne, le PE livre entre 10 % et 15 % par an. Pour le premier quartile, c’est-à-dire les 25 % des meilleurs fonds, on relève entre 20 % et 30 % de TRI net, ce qui est stratosphérique. Il est évident que si un investisseur est prêt, sur une partie de son patrimoine, à être illiquide, il doit investir en private equity.

L'accent est souvent mis sur les performances du private equity, mais quels sont les risques pour les investisseurs ?

L’illiquidité propre au private equity n’est pas un risque et forme une donnée du système. Le PE est un "écosystème de compétition". Un fonds performant cherche les meilleures entreprises, au sein des secteurs qui ont le vent en poupe, pilotées par les meilleures équipes, avec comme co-pilotes les meilleurs partners. Ces mêmes fonds essaient de vendre leurs sociétés, quand ils les ont bien développées, à des industriels qui ont des synergies. Cette recette-là est phénoménale. Va-t-elle continuer à surperformer la Bourse ? C’est évident.

Les performances des prochaines années seront-elles du même niveau que par le passé ?

En valeur relative, je pense que le premier quartile continuera de livrer quinze points de pourcentage de plus que la Bourse chaque année, comme c’est le cas depuis 40 ans ! Celle-ci aura-t-elle un rendement annuel moyen de 11 % sur les dix prochaines années comme cela a été le cas sur les dix dernières ? Je ne pense pas. Les performances annuelles vont donc probablement baisser car le benchmark se tasse en valeur absolue. Mais en valeur relative, le premier quartile va rester excellent et de loin la meilleure option d’investissement.

Quelle est la réalité aujourd’hui de l’accès retail et de la démocratisation du private equity ?

Le taux d’équipement des clients privés en France en PE est de l’ordre de 0,2 % à 0,3 % de leur patrimoine. Ils devraient l’être à hauteur de 20 %. Nous en sommes au tout début de l’histoire. Il y a beaucoup de bruit aujourd’hui, mais peu de volume. Pourquoi ? Parce qu’offrir du PE de qualité à des clients privés, c’est très compliqué. Le ticket d’entrée dans ces fonds est faramineux. Un fonds américain peut vous demander 30 millions de dollars pour rentrer chez eux, sur-le-champ. C’est une première barrière. De plus, ce fonds va être sursouscrit : pourquoi vous laisserait-il y entrer plutôt qu’un autre investisseur ? Pour accéder à ces fonds d’exception, la concurrence est féroce. L’argent est la condition sine qua non. Ce n’est en aucun cas suffisant.

"Plus qu’un exploit, c’est une révolution technologique et culturelle"

La révolution que je veux apporter, et c’est l’ambition d’Altaroc, est de permettre à tout client privé, à partir de 100 000 euros, de détenir clé en main un portefeuille des six meilleurs fonds de PE de la planète, le tout en 100 % numérique. Plus qu’un exploit, c’est une révolution technologique et culturelle. En outre, les 100 000 euros en question seront appelés sur cinq ans, soit 20 000 euros par an.

Où en est l’assurance-vie aujourd’hui en matière de private equity ?

Pour le moment, on trouve quelques offres balbutiantes. Cependant, notre but n’est pas de permettre aux investisseurs privés d’investir en private equity, mais qu’ils accèdent, pour 100 000 euros, aux six meilleurs fonds mondiaux, et ce, avec leurs CGP et banques privées. Nous leur permettons d’avoir le même portefeuille de PE que Bill Gates, d’être investis dans les fonds pour lesquels les plus grandes familles se battent pour entrer.

Comment sélectionnez-vous les fonds ?

Maurice Tchenio exerce ce métier depuis cinquante ans, moi-même depuis trente-trois ans, nous sommes rompus à l’écosystème de la planète private equity mondiale. Nous avons fixé des règles strictes, des facteurs clés pour définir une vraie stratégie d’investissement en fonds de PE. Près de 5 000 fonds de PE lèvent de l’argent dans le monde tous les ans. Il faut se munir d’une boussole pour s’y retrouver. Nous cherchons les six meilleurs qui correspondent à nos critères. En premier lieu, trente ans de track record nous paraissent indispensables, des fonds qui ont donc traversé les crises économiques les plus graves et qui en sont sortis avec succès. Évidemment, notre sélection se fait aussi sur un critère de performance. Nous n’allons pas accompagner des fonds qui, sur les vingt années passées, n’ont pas livré au moins 15 % de TRI net et n’ont pas fait au moins deux fois la mise sur tous leurs millésimes.

L’offre Altaroc est en elle-même innovante mais l'accès numérique l’est encore plus…

Si vous souhaitez collecter 500 millions d’euros sur un fonds et que le ticket moyen est de 100 000 euros, vous aurez 5 000 clients. Je ne connais pas de fonds de PE qui dispose de 5 000 clients. Un autre enjeu se présente également à nous : comme le ticket unitaire est bas et que nous n’avons pas de carry, les marges sont très basses. Notre chaîne de traitement doit être numérique à 100 %, dans toutes nos opérations, sans quoi notre structure ne peut être rentable, dans une industrie du PE anti-numérique. L’enjeu majeur pour Altaroc consiste à transformer toute l’infrastructure du private equity. Nous sommes une fintech à part entière.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Les allocations d’actifs actuelles de la plupart des banques privées datent des années 1980 : un tiers en fonds euros, un autre en immobilier et le reste en fonds actions. Je souhaite convaincre les clients et distributeurs d’investir entre 10 % et 20 % du patrimoine de leurs clients en private equity. Nous parlons de changement culturel radical. Certains CGP sont en avance de phase sur cette révolution copernicienne en matière d’allocation d’actifs. Entre 30 et 50 CGP en France se trouvent à la pointe de l’innovation dans la gestion de l’épargne moderne. Les banques privées, plus conservatrices et plus contraintes par leurs conformités, le sont beaucoup moins qu’on ne le pense.

Mon quotidien est d’expliquer pourquoi les grands institutionnels et les grandes familles américaines investissent en PE, et inciter les clients privés à faire de même. Chez Altaroc, nous nous sommes fixé un niveau de critères d’excellence pour investir dans nos fonds. Mon rêve est de convaincre les distributeurs que le private equity est fondamental et qu’on ne financera pas nos retraites sans investissement massif en PE. Tout épargnant va devoir allouer une partie de son patrimoine sur cette classe d’actifs.

Propos recueillis par Marc Munier

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