À tout juste 25 ans, il a fondé son cabinet de conseil destiné aux cabinets d’avocats, Anomia. Place des femmes, parcours des collaborateurs… Valentin Tonti Bernard veut aider les enseignes à repenser leurs parcours et stratégies.

Décideurs. Quel est votre parcours ?

V. Tonti Bernard. J’ai un parcours assez classique. J’ai obtenu un bac littéraire, tenté une première année de droit, raté cette première année, compris qu’il allait falloir commencer à travailler. En parallèle, j’ai commencé à m’intéresser au monde des affaires. J’y ai pris goût, et pendant ma troisième année de licence, j’ai créé une première société. En master 1, je me suis inscrit au CRFPA. Je voulais être avocat en droit des affaires. Ma vue étant faible, j’ai demandé un aménagement d’épreuve, refusé par le ministère de l’Enseignement supérieur. Impossible, pour moi, de devenir avocat. Je me suis tourné vers le DJCE de Nancy et suis tombé sur le podcast « Le gratin » de Pauline Laigneau. Elle y recevait Jacob Abbou, entrepreneur, qui a créé le Journal de l’automobile. J’y ai découvert son parcours, celui d’un Juif séfarade arrivé en France à 14 ans, placé à l’assistance publique, qui a aujourd’hui construit une grande carrière. J’ai su que je devais le rencontrer. Je me suis inscrit dans un programme entre HEC et Polytechnique, dans lequel il enseignait. À la fin du cursus, on m’a proposé de prendre la tête d’une société en Espagne. L’idée ne m’intéressait pas. Je voyais, autour de moi, mes parents et amis dans leurs métiers d’avocats. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire.

C’est le début de votre cabinet de conseil, lancé en 2020. Comment se sont passés les premiers temps ?

J’ai écrit à de nombreux avocats, mais n’ai pas eu de réponse. J’ai compris que personne ne m’attendait : il fallait que je leur offre quelque chose. J’ai lancé des podcasts, car je voulais être offreur, pas demandeur. Le podcast m’a permis de rencontrer plusieurs dizaines d’avocats, et de créer avec eux une relation de confiance. J’ai compris qu’ils étaient peu à avoir des compétences business, qu’ils ne savaient pas se positionner sur le marché ni avoir une stratégie commerciale. C’est comme ça qu’est née l’idée d’un cabinet de conseil à destination des avocats. Problème : j’avais 25 ans. On m’a dit que j’étais trop jeune.

Comment avez-vous réussi à vous affirmer ?

Au début, avec mon associé Jérôme Uthurry, nous n'avons pas réussi à vendre du conseil. On s’est orientés sur les formations. Grâce aux intervenants (un ancien directeur de Capgemini, un professeur à HEC, etc.), les formations avaient une légitimité. Petit à petit, des formateurs de chez Anomia ont pris la place des intervenants extérieurs. Ensuite, on a développé le coaching business. On suit aujourd’hui une quarantaine de personnes, qui viennent toutes des formations. La formation est un passage obligé pour le coaching. Sur le conseil, qui s’est développé avec le temps, nous accompagnons une cinquantaine de cabinets.

"Les cabinets doivent penser management et rétention des talents, positionnements marketing et stratégique, notoriété"

D’où vient le nom Anomia ?

Un associé m’avait dit que quand on n’avait pas d’idée de nom, il fallait aller voir du côté des dieux et déesses grecs. On a trouvé Eunomie, la déesse de la symbiose juridique. Sa cousine germaine est Anomia, déesse de la discorde juridique. Ça correspondait à notre envie de faire bouger les choses.

Quels points souhaiteriez-vous faire bouger ? La place des femmes dans les cabinets, par exemple ?

C’est un sujet important pour moi, oui. Mais plus largement, Anomia veut aider les cabinets à mettre en place des mécanismes d’entreprise. Il faut plus de femmes, plus de diversité… On doit se demander comment leur montrer qu’il existe des parcours qui peuvent être tout aussi performants que ceux qu’ils connaissent. Il faut simplement les créer. Pour que l’avocate puisse partir sereinement en congé maternité et retrouve des dossiers en revenant, que les collaborateurs aient envie de venir et sachent quel parcours est prévu pour eux : devenir associé, devenir manager, etc. Ce sont les enjeux actuels des cabinets. Ils doivent penser management et rétention des talents, positionnements marketing et stratégique, notoriété. Chez Anomia, on veut bousculer le cabinet pour qu’il aille là où il n’était pas.

Des projets ?

Anomia continue de grandir. Nous sommes 8 en interne et serons 10 à partir de septembre. À côté, nous sommes dans la création d’une autre société avec une entrepreneuse. On fera de la chasse de têtes inversée : aujourd’hui, le cabinet dit au chasseur de têtes ce qu’il cherche. On aimerait se concentrer sur ce que cherchent les avocats.

Propos recueillis par Olivia Fuentes

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