Leader sur la sécurité des actifs numériques grâce à ses solutions de "coffre-fort numérique ", Ledger ne cesse de faire parler d’elle. Jean-Michel Pailhon, Chief of Staff de la start-up, nous parle des nouvelles tendances, notamment l’internet de demain, le Web3.

Décideurs. Quelle est la genèse de Ledger ?  

Jean-Michel Pailhon. Ledger est une entreprise née fin 2014 de la fusion de trois start-up. L’une était positionnée sur la sécurité basée sur la technologie de la carte à puce, la seconde reposait sur l’achat de bitcoins en ligne et la possibilité de les recevoir par la poste (Chronocoin) et, enfin, une troisième équipe, celle d’Éric Larchevêque, qui avait créé La Maison du bitcoin, un lieu d’ouverture sur le sujet. Ce rapprochement a donné naissance à Ledger quelques mois après leur rencontre. Aujourd’hui, nous sommes devenus un groupe technologique avancé sur son marché et travaillant sur deux verticales de business. Le B2C : nous continuons à faire des hardware wallets sécurisés qui viennent protéger les cryptoactifs, mais nous avons également ajouté une plateforme, Ledger Live, permettant d’interagir avec ses propres monnaies numériques.

Puis, sur le secteur du B2B : Ledger Enterprise Solutions, notre “business unit” créée il y a un an. C’est une plateforme distincte de celle à destination du public B2C car elle est très axée entreprise, destinée aux fonds d’investissement, aux banques, aux gérants de portefeuilles, etc. Ces acteurs ont besoin d’une solution de "custody", à savoir de conservation des fameuses clés privées permettant de valider une transaction sur une blockchain publique (bitcoin, Ethereum, Tezos, etc.). Nous protégeons ces clés privées, espèces de “super mots de passe” grâce à nos technologies de protection des actifs numériques critiques. Pour faire un parallèle avec le monde électronique qu’on connaît tous : ces clés privées permettent aux utilisateurs d’accéder à leurs boîtes mail, mais également d’envoyer vers l’extérieur les éléments de la boîte mail. Cela assure une protection maximale sur des montants de transactions très importants. Nous sommes leaders mondiaux sur ce sujet de la sécurisation des crypto-actifs et NFTs.  

Point réglementation, qu’en est-il aujourd’hui ? 

Il n’y a pas de réglementation mondiale, mais des réglementations spécifiques en fonction des pays. Par exemple, en Chine nous n’avons pas le droit de passer par des exchanges pour avoir de la cryptomonnaie. Cependant, dans d’autres pays tels que les États-Unis ou les pays européens, l’achat et la vente de cryptoactifs sont encadrés. De notre côté, Ledger est prestataire technologique de sécurité en fournissant des coffres-forts numériques. Nous ne sommes donc pas détenteurs de monnaies virtuelles et, in fine, ne rentrons pas dans le champ d’application des réglementations, quel que soit le pays où elles s’appliquent.   

" En plus de lire et écrire, nous allons pouvoir être propriétaire de ce que nous produisons "

Le Web3 prend de plus en plus d’ampleur, concrètement, qu’est-ce que c’est ?  

Il y a trois ères dans l’internet. Le Web1 correspond aux années entre 1991 et 2005. Cette première vague donnait l’accès à l’information, le read. Ensuite, nous avons le Web2, entre 2005 et 2020 qui est le write, c’est-à-dire la création de contenu avec l’arrivée des réseaux sociaux, blogs, etc. Nous n’étions plus seulement lecteurs passifs mais également producteurs. Seulement, ces contenus ne nous appartiennent pas. Enfin, le Web3, l’internet de demain. En plus de lire et écrire, nous allons pouvoir être propriétaires de ce que nous produisons. Par exemple, aujourd’hui, les photos postées sur notre compte Instagram ne nous appartiennent pas car, à tout moment, le réseau peut nous bannir de la plateforme sans plus aucun accès à notre contenu. Le Web3 va reposer sur des technologies et des plateformes décentralisées au sein desquelles nous serons réellement propriétaires de ce que nous créons. De plus, pour pouvoir accéder à tous ces nouveaux services, nous allons devoir nous connecter à nos comptes en ligne au travers d’adresses décentralisées, correspondant à des “wallets”. Pour accéder à ces wallets de façon sécurisée, nous aurons besoin d’avoir une adresse non attaquable à laquelle nous aurons accès grâce à une clé privée, qui sera protégée par la technologie Ledger.  

Quelles sont ces opportunités et ses limites ?  

L’avantage principal est que nous ne sommes plus dépendants d’un tiers centralisateur qui a tous les droits sur notre contenu numérique. Cette nouvelle ère va faire basculer les modèles et rendre le pouvoir aux utilisateurs. Nous pensons également qu’une nouvelle économie va se mettre en place, probablement autour de la tokenisation de la communauté. Par exemple, si nous reprenons l’exemple d’Instagram, nous pourrions imaginer un Instagram2 qui reposerait sur un modèle avec un wallet et un token émis par et pour la communauté, à la fois au niveau des développeurs, des contributeurs et de manière plus générale des utilisateurs. Cela rendrait le pouvoir à chacun. De plus, un chantier plus axé sur le consommateur est en cours. Les marques telles qu’Adidas, Nike, etc., n’ont plus de relations directes avec les consommateurs et sont intermédiées par des plateformes de vente en ligne ou des distributeurs indépendants. Le métavers propose une alternative à cette tendance car, dans le métavers, la marque va vendre ses produits à un individu mais avant tout à une adresse (représentée par un wallet) qui pourra donner de la visibilité sur tout l’historique d’interactions passées et donc qui donnera à cette marque une meilleure connaissance de l’utilisateur. Il n’y a pas de limite, au contraire, le Web3 va régler les limites des anciennes versions connues jusqu’alors.  

À quel niveau Ledger intervient sur le Web3 ? 

Ledger va être un des principaux acteurs technologiques de l’émancipation du Web3 parce que nous sommes garants de la sécurité des wallets et de la protection des actifs sous-jacents que sont les clés sécurisées.  

"Nous pensons également qu’une nouvelle économie va se mettre en place, probablement autour de la tokenisation de la communauté"

Quels sont les leviers de croissance pour Ledger ?  

Sur le B2C, notre levier de croissance repose sur un nouveau hardware wallet, le Nano S+, qui va être une version améliorée du Nano S, notamment avec une plus grande mémoire et donc une capacité de protection plus importante. Nous avons pas mal de chantiers au niveau des services permettant aux utilisateurs d’avoir beaucoup plus d’interactions avec leurs cryptomonnaies. De plus, les NFT sont un élément très important pour nous cette année. Nous avons annoncé la possibilité pour nos clients d’interagir au sein de leur plateforme Ledger Live, les vendre, les recevoir, les montrer à d’autres personnes, etc. Enfin, sur la partie B2B, nous misons sur l’institutionnalisation assez forte au niveau du "staking", c’est-à-dire les rendements automatiques lorsque nous détenons un actif numérique. Sur ce point, nous allons nous positionner sur la prestation de service, nous serons la couche de sécurité garantissant leur intégrité.  

Le mot de la fin ?  

Je suis assez excité par ce qui se passe notamment avec le Web3, nous sommes à un carrefour. Je pense que Ledger est vraiment une des entreprises les mieux positionnées sur la sécurisation de cette nouvelle ère et on a l’ambition de faire partie des géants de la tech des années 2025/2030 de cette troisième ère d’internet.  

Propos recueillis par Marine Fleury  

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