Jean-Baptiste Carpentier, directeur de la conformité de Veolia depuis janvier 2018, s’exprime sur l’écosystème de son nouveau poste, la complexification de la conformité dans une structure internationale et sa vision des enjeux auxquels le groupe expert des métiers de l’eau, des déchets et de l’énergie doit faire face.

Décideurs. D’où vient la complexité de votre mission

Jean-Baptiste Carpentier. Être unis dans la diversité, voilà notre premier enjeu ! Nous ­devons réussir à concilier une politique de conformité unique et exigeante tout en respectant la culture et les spécificités propres à chaque métier et à chaque région. Il est ­essentiel de comprendre que nos choix doivent constamment s’appuyer sur la pratique, le terrain, sur les business units dans les différents pays et métiers. Nous sommes un groupe de service en contact direct avec les clients, nous leur proposons un savoir-faire qui doit être personnalisé. C’est cette diversité qui rend les problématiques intéressantes. L’objectif est de ne jamais être déconnecté de la réalité

À quels obstacles devez-vous faire face ?

Le top management était sensibilisé à la question de la compliance, cela n’a donc pas constitué un obstacle. Il a un excellent niveau et j’ai pu constater qu’il était déjà extrêmement impliqué dans tous ces sujets et constamment à l’écoute de mes interrogations, ce qui rend forcément un directeur de la conformité comme moi heureux. Il y a cependant une réalité qui, elle, est beaucoup plus compliquée : celle des salariés confrontés au terrain. Faire ­pénétrer la culture du groupe dans l’esprit de tous nos collaborateurs présents dans les divers pays où nous sommes implantés, voilà mon travail quotidien. Parfois, en matière de conformité, nous pouvons avoir une vision un peu idyllique, qui voudrait que depuis l’émergence du FCPA et de la loi Sapin 2, le monde ait changé. La réalité est tout autre ! Les choses évoluent certes doucement, mais pas toujours dans le bon sens notamment dans certains pays. Nous assistons également à une complexification des règles et à l’apparition de conflits entre diverses lois. Tout cela rend notre métier plus difficile . Nous pouvons avoir une vision théoricienne de la compliance, nous satisfaire de procédures et de formulaires. Cependant, le vrai défi, c’est de changer les comportements et cela se fait sur le terrain.

Quels sont vos prochains objectifs?

Allez encore plus vite et plus loin dans le déploiement de la conformité au sein de Veolia. Nous devons constamment nous questionner sur l’éventuelle présence de failles dans nos process. Dans la compliance, le plus important, ce n’est pas toujours la réponse que l’on apporte, mais le questionnement que l’on suscite et qu’on s’impose sur nos pratiques, nos succès mais aussi nos échecs. Il faut continuellement se remettre en cause pour s’améliorer et vérifier si les processus sont en adéquation avec les situations concrètes, locales et les évolutions du groupe, du monde et des différents pays où nous sommes établis. Notre travail est en perpétuelle mutation, car une conformité statique n’est pas une conformité . Elle se fait dans le mouvement. La question de la digitalisation fait également partie de nos enjeux. Une personne qui ne prendrait pas en compte ce paramètre devrait, à mon avis, prendre sa retraite. Cette question offre des opportunités mais c’est aussi une source de risques. En matière de compliance, nous sommes nous-mêmes forcément amenés à réfléchir à la thématique de la digitalisation, notamment pour améliorer la détection et le traitement des anomalies.

Comment bien articuler éthique, compliance et stratégie ?

Nous avons fait le choix de séparer l’éthique et la conformité. Le comité éthique distinct est de la direction de la conformité. À mon sens, l’éthique est composée de valeurs qui doivent irriguer la direction stratégique de l’entreprise, et la conformité c’est l’éthique appliquée au quotidien ! Sur le plan pratique, on ne peut pas concevoir une stratégie sans prendre en compte l’éthique et la conformité, sinon on va droit dans le mur à très courte échéance. Aujourd’hui, il n’est notamment pas possible d’envisager une opération dans un pays sans savoir si les pratiques et les règles permettront à l’entreprise d’y développer son activité dans des conditions conformes à ses valeurs éthiques et à ses règles de conformité.

Alexandre Lauret

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