À la tête des établissements Europe-Afrique du Club Med, Gino Andreetta orchestre le développement du groupe sur un continent où l’enseigne française est implantée depuis plus de six décennies. Il revient sur une stratégie alliant expansion ambitieuse, mobilité des talents et engagement sociétal. 

Décideurs. Comment se structure la présence du Club Med en Afrique et au Moyen-Orient ?

Gino Andreetta. L’Afrique occupe une place historique et stratégique pour le Club Med. Après le tremblement de terre d’Agadir, au Maroc, en 1960, nous avons ouvert dans cette ville notre premier resort « en dur », contrairement aux villages légers qui existaient alors. L’ouverture en 1966 répondait autant à une demande du roi de l’époque, Hassan II, qu’elle découlait d’une volonté de l’entreprise, qui entretenait déjà des liens très forts avec le pays. Cette implantation en plein centre d’Agadir, sur une plage magnifique, a marqué le début d’une longue présence sur le continent.

Aujourd’hui, nous comptons huit resorts en Afrique : au Maroc, en Tunisie sur l’île de Djerba, au Sénégal – Casamance, à Cap Skirring –, à l’île Maurice, où nous sommes présents depuis 1973 avec trois établissements dont Les Villas d’Albion, et aux Seychelles depuis quatre ans. Cette présence s’accompagne d’une vision d’accélération sur ce magnifique continent et d’ambitions au Moyen-Orient, avec des projets en cours aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite. Au-delà de la dimension business, le Club Med souhaite être un acteur sociétal important, et créer des destinations tout en générant un impact économique et social positif.

Vous proposez également des circuits dans des pays sans resorts. De quoi s’agit-il ?

Ces circuits se distinguent par leur approche qualitative et leur volonté de faire découvrir à la fois les lieux et les personnes. Nous privilégions des groupes restreints de maximum seize participants pour des expériences privilégiées en Afrique du Sud ou en Afrique de l’Ouest, loin du tourisme de masse.

Cette offre répond à l’évolution de nos clients et du Club Med lui-même. Le cliché des villages enfermés sur eux-mêmes appartient au passé. Nous intégrons désormais la culture locale au coeur de nos resorts et encourageons nos clients à découvrir leur environnement. Dans tous nos établissements, qu’ils soient au Maroc ou au Sénégal, l’esprit de découverte est central. Si certains clients fidèles viennent se détendre dans des lieux qu’ils connaissent bien, la majorité souhaite explorer les alentours et s’immerger dans la culture locale.

Quelles sont les spécificités en matière de management et de recrutement pour la zone Afrique et Moyen-Orient ?

Le recrutement en Afrique révèle des talents extraordinaires. Au-delà des compétences, nous retrouvons chez les collaborateurs marocains, tunisiens, sénégalais ou mauriciens une qualité essentielle pour le Club Med : la gentillesse et le plaisir de partager avec l’autre. Cette dimension résonne parfaitement avec notre valeur de multiculturalité. Notre force réside dans la mobilité internationale que nous offrons à nos GO (« gentil organisateur ») et GE (« gentil employé »).

Des talents locaux formés dans leur pays d’origine évoluent ensuite dans le monde entier : des Marocains en République dominicaine, au Mexique, au Brésil, au Japon ou en Chine. Je pense à Ali, notre directeur de resort en Chine, qui a débuté comme GO voile au Maroc ! Cette mobilité permet à nos collaborateurs africains de partager leur culture tout en découvrant d’autres horizons. Cette dynamique fonctionne dans les deux sens. Environ 700 collaborateurs de nos resorts marocains, tunisiens, sénégalais et mauriciens viennent chaque hiver soutenir nos opérations dans les Alpes françaises. Cette politique de développement des talents et de mobilité internationale illustre notre deuxième valeur fondamentale : la responsabilité.

Depuis 2015, le Club Med appartient au groupe chinois Fosun. En quoi cet actionnariat a-t-il influencé votre stratégie ?

Fosun, le plus important fonds de private equity chinois, a investi dans le Club Med lors de notre IPO en 2015, ce qui lui a permis d’acquérir une carte de visite internationale. Cet actionnaire stratégique nous a laissé développer notre propre vision tout en nous donnant les moyens d’accélérer notre croissance. Fosun, qui opère dans plusieurs secteurs dont l’industrie pharmaceutique, a lui-même développé ses activités en Afrique. Son influence s’est notamment traduite par un soutien à l’accélération de notre présence sur le continent africain, sans interférence dans notre stratégie opérationnelle.

Quels sont vos axes de développement ?

Nous inaugurons début juillet un projet important en Afrique du Sud, près de Durban, à Tinley Manor. Il comprend deux unités : un resort de plage de 411 chambres dans un domaine exceptionnel, et un safari lodge situé à deux heures, sur près de 18 000 hectares. Cette combinaison mer-safari répond aux attentes de notre clientèle familiale : des rangers accompagnent nos clients pour leur faire découvrir la faune, la flore et la culture locale. Les Big Five y sont présents.

Nous avons également un projet au Bénin, à Ouidah près de Cotonou, capitale du vaudou où sont encore visibles les stigmates de l’histoire de la traite négrière. L’absence d’acteurs internationaux sur le segment des resorts dans cette région fait de ce projet une opportunité unique. Notre présence permettra de valoriser la culture vaudou et de valoriser cette destination auprès d’une clientèle internationale.

D’un point de vue environnemental, quelles initiatives le Club Med mène-t-il sur le continent ?

La durabilité fait partie de notre ADN depuis la création du Club Med. Nous avons toujours eu la conviction que le vivre-ensemble doit s’harmoniser avec la préservation de la nature. Cette approche s’inscrit dans le temps : à Cap Skirring au Sénégal, où nous sommes installés depuis plus de 40 ans, toute une ville s’est développée autour de notre resort. Nous assumons notre rôle d’acteur économique responsable et durable.

En 2005, nous avons lancé le programme « Happy to Care », structuré autour de trois piliers : développer et opérer des resorts plus durables, offrir des expériences écoresponsables aux clients et générer un impact sociétal significatif. Tous nos resorts sont certifiés 100 % Green Globe pour leurs opérations quotidiennes, un label international qui distingue les entreprises du tourisme pour leurs engagements concrets en matière de développement durable. Plus de 70 % des resorts récemment construits ou rénovés ont reçu la certification BREEAM, renforçant ainsi l’engagement du Club Med en matière de construction durable. Notre nouveau resort en Afrique du Sud vise la certification Green Star – équivalent de BREEAM –, niveau 4 pour sa construction. Nous y avons mis en place plusieurs solutions, comme l’énergie solaire, la récupération de chaleur, les toitures végétalisées, l’arrosage avec l’eau de pluie – tout en préservant les espaces naturels autour de l’estuaire et de la plage.

Concrètement, nous avons créé à Marrakech et à l’île Maurice des unités de filtration et d’embouteillage d’eau sur site, éliminant ainsi quasiment tout le plastique dans ces resorts. Depuis 2009, nous avons développé un partenariat avec l’ONG Agrisud à travers le programme Green Farmers, qui aide à créer des microentreprises agricoles locales et à accompagner les producteurs vers une agroécologie durable. Au Cap Skirring, nous soutenons ainsi 200 maraîchers, principalement des femmes ; grâce à 50 000 euros investis dans la formation, ils ont produit 80 tonnes de fruits et légumes, dont près de la moitié est achetée par le Club Med. Cette approche génère un triple bénéfice : développement économique local, produits d’exception pour nos clients et réduction de notre empreinte carbone grâce au circuit court. Nous veillons toutefois à ne pas acheter plus de 40 ou 50 % de leurs volumes pour éviter qu’ils ne deviennent dépendants de nous.

L’année 2025 a été marquée par la nomination de Stéphane Maquaire comme nouveau PDG, et 2026 a démarré avec celle de Charlotte Bernin au poste de directrice générale des marchés Europe- Moyen-Orient-Afrique. Cette nouvelle organisation va-t-elle avoir une influence sur vos opérations ?

Notre nouveau projet d’entreprise « Forever Young » reste le socle de notre stratégie. Il s’articule autour de six piliers, dont « Go Greener » pour poursuivre l’engagement environnemental et aller encore plus loin dans notre démarche, et l’accélération de notre développement en nombre de resorts. Les 20 années de transformation de l’entreprise se sont achevées il y a deux ans. Portés par le succès de la montée en gamme, nous entrons maintenant dans un cycle d’accélération. L’ambition de Stéphane Maquaire est claire : compter 100 resorts Club Med dans le monde d’ici à 2035, contre 60 actuellement. Le développement en Afrique et au Moyen-Orient constitue une priorité.

Propos recueillis par Alexandre Hervaud

NB : cet entretien, publié dans le cadre du dossier spécial du guide Décideurs Afrique et Moyen Orient 2026,  a été réalisé quelques semaines avant l’annonce du départ de Gino Andreetta du Club Med, effectif au printemps 2026.

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