Le groupe français change de dirigeant au moment où il vit une période trouble de son histoire. La gouvernance ne devrait pourtant pas être révolutionnée et la transition vers l’IA devrait poursuivre son chemin.
Pascal Daloz nommé PDG de Dassault Systèmes suite au retrait de Bernard Charlès
Dans le milieu des grands patrons français, Bernard Charlès faisait partie des "indéboulonnables". L’homme de 68 ans était aux commandes de Dassault Systèmes depuis près de trois décennies. Suite à son retrait pour des raisons personnelles, le conseil d’administration a nommé à l’unanimité Pascal Daloz au poste de PDG à partir du 21 février. Voici ce dernier aux commandes d’un groupe qui, dès sa création a taillé des croupières aux géants américains dont IBM.
Tout débute en 1981. L’état-major de l’avionneur Dassault décide de confier une mission pour "challenger" une quinzaine d’ingénieurs qui s’ennuient. Leur mission ? Créer un logiciel de conception assistée par ordinateur (CAO) pour aider à la fabrication d’avions. Le début d’une success story pour un groupe industriel qui, peu à peu, devient un géant de la tech.
Merci Catia
La dream team donne naissance au logiciel Catia, acronyme de Conception assistée tridimensionnelle interactive appliquée. L’innovation est vendue aux acteurs de l’aéronautique mais aussi de l’automobile, des machines-outils ou encore de la construction navale. Pour cela est créée spécialement la filiale Dassault Systèmes qui devient autonome par rapport à la maison mère Dassault. Les années passent et, sous l’impulsion de Bernard Charlès, elle étend son empire. Désormais, la firme tricolore est le leader mondial des logiciels de simulation industrielle et fait partie du top 3 des éditeurs de logiciels BtoB ; un podium partagé avec SAP et IBM.
La croissance du groupe passe notamment par une stratégie d’acquisition externe afin de rester toujours en pointe en matière d’innovations. Parmi les dernières emplettes en date, citons Proxem, spécialiste français des logiciels de traitement sémantique basés sur l’intelligence artificielle. Quatre mois plus tard, Dassault Systèmes met la main sur NuoDB, spécialiste des bases de données.
Comme les géants de la Silicon Valley, le groupe français peut se targuer de posséder un campus ultra-moderne de 45 000 mètres carrés situé à Vélizy Villacoublay et de bureaux ailleurs sur le globe tels qu’à Waltham dans le Massachusetts ou encore à Shanghai. De quoi attirer les meilleurs talents et innover. Le mastodonte tricolore ne se contente pas de miser sur l’industrie. Pour continuer à se développer, il a trouvé un nouveau terrain de jeu.
Cap vers la santé
Depuis quelques années, le groupe nourrit l’ambition de jouer dans la cour des grands dans le secteur de la e-santé. Pour cela, il débourse, en 2019, 5,8 milliards de dollars afin d’acquérir l’américain Medidata et ses 2 000 salariés. De quoi faire trembler IBM et sa filiale Watson Health. Et réjouir son patron qui, quelques mois plus tard déclare : "Nous partons en conquête. Nous sommes en mesure d’appliquer les connaissances et le savoir-faire que nous avons acquis dans le monde des produits au monde des vivants."
Ce nouveau positionnement vers la santé permet au français de ne pas être impacté par la crise sanitaire et le ralentissement de la conjoncture. En 2020, le chiffre d’affaires du groupe est de 4,5 milliards d’euros, en hausse annuelle de 12%. Dassault Systèmes a également participé à la lutte contre le coronavirus puisque, comme le souligne le groupe dans un communiqué, "la majorité des essais cliniques pour la Covid-19 a été réalisée avec les solutions logicielles de Medidata".
Doutes récents
Cependant, le français traverse une période trouble. Le 11 février, ses résultats annuels sont jugés décevants par les investisseurs, avec un CA en baisse annuelle de 20%. Pour changer la donne, le groupe compte accélérer son déploiement dans l’IA. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer prudent pour 2026.
Malgré le départ de Bernard Charlès, la gouvernance devrait rester stable. "Pascal et moi travaillons en tandem depuis vingt-cinq ans : il a toute ma confiance pour diriger l'entreprise et organiser le travail du conseil", a déclaré le dirigeant démissionnaire dans un communiqué diffusé samedi soir.
Lucas Jakubowicz

