"Soyez fiers d’être des amateurs", avait glissé Emmanuel Macron à ses députés. Si certains l’assument, d’autres sont déjà de grands professionnels malgré leur jeune âge. Focus sur quelques élus qui maîtrisent aussi bien l’art de la "poloche" que les dossiers complexes.

David Amiel, le théoricien

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Normalien passé par Princeton, il fait partie des jeunes strauss-kahniens qui accompagnent Emmanuel Macron dans son ascension. Homme d’idées et de dossier, il assiste le futur candidat dans la rédaction de son ouvrage Révolution en 2016 puis coordonne les groupes de travail de marcheurs durant la présidentielle de 2017. Une fois l’ancien ministre des Finances élu, il devient conseiller à l’Élysée. En 2019, il publie avec Ismaël Emelien Le progrès ne tombe pas du ciel pour expliquer aux citoyens ce qu’est le macronisme. À ce moment, il est réputé être l’une des seules personnalités capables de définir ce courant de pensée. Homme de confiance du Président avec qui il est en osmose intellectuelle, il le rejoint en 2022 après un bref passage comme dirigeant à La Poste. Sa mission : piloter le programme du président candidat. Lors des dernières législatives, il choisit de se lancer dans l’arène électorale et devient député du XVe arrondissement de Paris. Il siège à la commission des Finances.

Maud Bregeon, en position centrale

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Écumer les chaînes d’info pour débiter en quantité industrielle les éléments de langage est devenu une voie royale pour accéder au Palais-Bourbon. Dans tous les partis, de jeunes ambitieux sont passés par là avant d’être récompensés par une investiture dans une circonscription gagnable. Une fois députés, ces enfants de la télé ont la tchatche, mais parfois peu de fond. Ce n’est pas le cas de Maud Bregeon. Certes, celle qui fut porte-parole de LREM entre 2020 et 2022 a écumé les plateaux et a eu droit à la 13e des Hauts-de-Seine qui comporte les très macronistes communes d’Antony, Bourg-la-Reine, Châtenay-Malabry et Sceaux. Mais, désormais, elle montre un nouveau visage : celui d’une ingénieure qui a travaillé pendant huit ans dans la filière nucléaire pour le compte de EDF. Parfaitement familiarisée avec le secteur, elle apporte un éclairage scientifique précieux dans le cadre, notamment, du stratégique projet de loi sur le nucléaire. Sa fierté ? "Remettre la science et la technique au centre du débat."

Benjamin Haddad, l’international

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C’est l’un des faits marquants des dernières élections législatives. Le bloc macroniste a reculé au profit de la Nupes dans les zones urbaines populaires. Mais il a fait "main basse" sur les beaux quartiers. C’est le cas du XVIe arrondissement de Paris, censé être un bastion imprenable de LR. Son nouveau député, Benjamin Haddad, est un ancien jeune loup de LR, proche de Jean-François Copé, qui a rallié LREM en 2017. Spécialiste des relations internationales, il a notamment été chercheur à l’Hudson Institute à Washington (où il a dirigé l’antenne locale des marcheurs) et a présidé la branche Europe de l’Atlantic Council. Depuis l’invasion de l’Ukraine par le régime de Vladimir Poutine, il ne ménage pas sa peine pour incarner un soutien sans faille au gouvernement de Volodymyr Zelensky. Au point d’être devenu le "Monsieur politique étrangère" officieux du groupe majoritaire.

Pierre Henriet, le savoir discret

Pierre Henriet

Pierre Henriet a beau être député de Vendée depuis 2017, il est difficile de trouver beaucoup d’informations sur lui. L’homme de 31 ans a la réputation de détester la chicanerie politicienne et les interviews où la forme prend le pas sur le fond. Son truc à lui, c’est la science. Professeur de mathématiques, titulaire d’un master en philosophie des sciences, il avait entamé avant son élection un doctorat en épistémologie avant de faire partie des premiers marcheurs. Son élection lui permet de poursuivre sa passion puisqu’il préside l’influent et méconnu Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Un organisme bicaméral qui accueille députés, sénateurs et scientifiques afin "d’informer le Parlement français des conséquences des choix à caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions". Des chiffres et de la pédagogie : un poste fait pour lui.

Sacha Houlié, le dernier des mohicans

Houlié

En 2017, la "bande de Poitiers" faisait la une de l’actualité. Il s’agissait de jeunes issus du PS, bien souvent d’obédience strauss-kahnienne, qui ont été les premiers à soutenir Emmanuel Macron. Certains de ces marcheurs de la première heure ont débarqué à l’Assemblée nationale : Pierre Person, Guillaume Chiche ou encore Aurélien Taché. Cinq ans plus tard, Sacha Houlié, élu dans la Vienne est le seul survivant. Les autres ont renoncé à suivre un exécutif jugé trop à droite. L’avocat de formation a fait un autre choix, celui de rester à bord du navire et d’incarner un macronisme de gauche. À la tête de la puissante commission des Lois, ce supporter inconditionnel de l’OM essaie de préserver les libertés publiques et d’envoyer des messages à la gauche. Le principal ? Une proposition de loi déposée en septembre pour "accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l’Union européenne résidant en France". La proposition devenue ultra minoritaire au sein de Renaissance a vite été enterrée.

Louis Margueritte, le réconciliateur

Margueritte

Avant même d’intégrer Polytechnique, cet "amoureux de notre magnifique pays" s’intéressait "à la chose publique". Après ses études, Louis Margueritte fait ses armes au sein des plus prestigieuses institutions de l’État. Outre l’inspection des Finances, il rejoint l’ACPR – le gendarme des banques et des assurances – puis il intègre le Trésor où il sera notamment secrétaire général du Ciri (le Comité interministériel de restructuration industrielle, en charge des entreprises en difficulté), "une des fonctions les plus humaines et exigeantes sur le plan professionnel où vous voyez directement l’impact des décisions que vous prenez". Toujours à Bercy, il sera directeur de cabinet du ministre des PME Alain Griset et directeur adjoint de celui de Bruno Le Maire. À 37 ans, il décide de se confronter au scrutin et devient député de la cinquième circonscription de Saône-et-Loire. Il se sert de son parcours à la fois très parisien et désormais ancré dans un territoire pour faire avancer ses dossiers : l’emploi, la santé, le partage de la valeur et bien d’autres à venir.

Charles Sitzenstuhl, le démineur de Sélestat

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Bertrand Delanoë, Dominique Strauss-Kahn, Philippe Séguin… Les connaisseurs de la politique le savent, certains ministres ou grands élus parviennent à attirer des jeunes à la tête bien faite et à leur donner les armes pour aller plus haut. Bruno Le Maire s’inscrit dans cette lignée. À sa « collection », citons Charles Sitzenstuhl qui a fait partie de son cabinet durant le premier quinquennat avant de devenir député du Bas-Rhin dans une circonscription qu’il laboure depuis l’enfance. Étudiant à Sciences Po Strasbourg, membre des jeunes de l’UMP, il s’implique dès l’enfance dans sa ville de Sélestat. Figure de l’aile droite de la majorité, il défend un accord avec LR sur les questions migratoires. Pour donner des gages à son ancien camp, il a prôné ce printemps des « quotas annuels » ainsi qu’un "serrage de vis sur l’AME". Dans la droite ligne du ministre de l’Économie, germaniste lui aussi, Charles Sitzenstuhl possède une fibre intellectuelle développée. En plus d’un doctorat en sciences politiques à Sciences Po Paris, il a publié chez Gallimard La Golf blanche, récit autobiographique enlevé.

Lucas Jakubowicz

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