Les mascottes des Jeux Olympiques de Paris 2024 ont été dévoilées lundi 14 novembre, par le Comité d'organisation des JO. Elles seront fabriquées à 80% en Chine. Un non-sens, qui révèle les faibles capacités de production françaises en raison d’un abandon de notre industrie durant des décennies explique Gilles Attaf, président d’Origine France garantie.

Avec les Jeux Olympiques à Paris en 2024, nous avions la possibilité d’anticiper le besoin de production de mascottes et autres goodies, de poser des jalons en amont pour recréer des filières locales capables de répondre à une telle demande.

Manque de planification

On parle toujours de prix lorsqu’on évoque le made in France mais la vraie question, c’est surtout celle des volumes : si on a la capacité de produire en grande quantité, on est en mesure de réduire les coûts et d’être compétitif. Et pour produire en grande quantité, il faut avoir un outil industriel performant, ce qui n’est plus le cas en France. Nous avons abandonné notre industrie pendant des décennies : les produits manufacturés représentent seulement 10% du PIB en France, contre 16% en Europe et même 22% en Allemagne.

Nous savons depuis 2017 que les Jeux Olympiques auront lieu à Paris en 2024 : nous avions parfaitement le temps d’anticiper et de planifier la relocalisation des filières concernéesNous aurions pu profiter de ces mascottes pour envoyer un signal, pour lancer un grand projet de réindustrialisation et de cohésion sociale. Mais comme toujours, la vision à court terme prédomine et c’est dramatique.

Lorsque l'on parle du made in France, la vraie question est celle des volumes plus que du prix

L’autre question qui se pose et que l’on a vu émerger avec la filière des masques, c’est celle de la pérennité des secteurs que l’on parvient à relocaliser. Une filière s’est recréée en France suite au besoin urgent de masques et de blouses en grande quantité. Mais une fois que la situation s’est normalisée, les acheteurs publics et privés se sont reportés sur les produits Made in China, tuant une deuxième fois cette filière. C’est là où nous pouvons agir à plusieurs niveaux.

L’État peut agir…

L’État peut donner l’exemple et agir via la commande publique pour donner des volumes et remplir les carnets de commande. C’est un levier efficace mais totalement sous-employé actuellement. Ce système d’achat encadré par le code des marchés publics européen interdit d’inscrire noir sur blanc des critères d’achat local dans les appels d’offres mais laisse la place à de nombreux autres critères encore sous-exploités en France. Des outils qu’arrivent à manier avec habileté l’Allemagne, l’Espagne ou encore l’Italie pour favoriser leur industrie dans leurs appels d’offres alors qu’ils sont soumis également au droit européen. Ces pays voient la culture de l’achat non pas comme une simple grille de critères à valider pour faire gagner l’appel d’offre en misant tout sur le prix mais comme une véritable source d’opportunités pour les entreprises de leur territoire.

Les entreprises aussi

Les acheteurs du secteur privé peuvent eux aussi agir et s’engager à privilégier les produits fabriqués en France pour soutenir la demande et encourager les filières qui se recréent en France. Si l’État donne l’exemple avec la commande publique, l’incitation sera plus forte pour le secteur privé.

Enfin, les consommateurs ont leur rôle à jouer : en dirigeant leurs achats vers plus de fabrication française et moins de Made in ailleurs, ils peuvent avoir un impact puissant. Il faut changer les mentalités en profondeur.

Si nous voulons être capables demain de produire 2 millions de mascottes sur le territoire national ou de mener à bien d’autres productions d’envergure de ce type, il est impératif d’adopter enfin  une vision à long terme et d’actionner tous ces leviers.

Gilles Attaf

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