Une majorité en bonne position pour être reconduite, une gauche en dynamisme, une extrême droite qui pourrait enfin constituer un groupe parlementaire. À un mois du premier tour, certaines tendances se dessinent, même si de nombreuses incertitudes demeurent.

Jean-Luc Mélenchon s’imagine succéder à une Elisabeth Borne fraichement nommée, Emmanuel Macron prévoit de gouverner avec une majorité fidèle, la droite espère sauver les meubles, Marine Le Pen se prend à rêver de dépasser enfin le seuil de 15 députés, les Verts ont la ferme intention de retrouver une place dans l’hémicycle tandis que socialistes et communistes s’en remettent à un accord avec les Insoumis pour conserver un groupe parlementaire. Alors que le premier tour des législatives approche, quel est le rapport de force ?

Le nombre de voix n’est pas le nombre de sièges

Un sondage OpinionWay Kéa Partners réalisé par Les Echos entre le 14 et le 18 mai donne un aperçu intéressant. Renaissance, le nouveau nom de la majorité macroniste, serait en tête avec 27% des intentions de vote. Trois points derrière se trouve la gauche unie sous la bannière Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) tandis que le RN est à 22%. LR, qui bénéficie d’un fort ancrage local, est à 11%, les listes Reconquête à 5%. En somme, le rapport de force ressemble quelque peu au premier tour de la présidentielle avec une partition en trois blocs : un centre libéral, modéré et pro-européen, une gauche de plus en plus à gauche et de moins en moins social-démocrate ainsi qu’une extrême droite populiste.

À l’aune de ces premiers résultats, la gauche rêve déjà de gouverner le pays. Oui mais. Il existe un décalage important entre le nombre de bulletins dans les urnes et le nombre de sièges effectifs. Comme le note Mathieu Gallard, directeur des études de l’Ipsos, "un des handicaps auquel fait face la Nupes est la concentration des votes de gauche dans peu de circonscriptions". Ainsi, au premier tour de la présidentielle, LFI à elle seule a dépassé 40% dans 40 circonscriptions. Mais la gauche toutes tendances confondues est sous la barre des 30% dans 313 circonscriptions. Ce qui explique pourquoi, malgré 24%, elle n’obtiendrait qu’entre 140 et 170 sièges loin derrière Renaissance qui est mesurée entre 310 et 350 sièges soit plus que 289, nombre nécessaire pour obtenir la majorité. LR décrocherait entre 50 et 70 sièges, le RN entre 15 et 30.

Au premier tour, LFI a dépassé 40% dans 40 circonscriptions. Mais la gauche est sous les 30% dans 313 circonscriptions. Le vote de gauche est très concentré

Forces et faiblesses des partis

En cette période de veillée d’armes, tous les mouvements politiques imaginent des lendemains qui chantent. Si tous ont des raisons d’espérer, ils souffrent également d’importantes faiblesses.

Renaissance : La force politique nouvellement créée pourra bénéficier d’une constante sous la Vème République : la tendance à accorder la majorité au président réélu. Ajoutons à cela une traditionnelle prime au sortant qui avantage le bord politique qui bénéficie déjà de la majorité.

Autre atout pour les listes macronistes, d’abondantes réserves de voix. Dans le cas d’un second tour opposant un candidat Nupes à un candidat Renaissance, ce dernier profitera des voix de la droite, voire de celles du RN. Inversement, dans le cas d’un duel Renaissance-RN, le candidat centriste devrait bénéficier du vote des électeurs de gauche. Le parti présidentiel part donc favori pour garder la majorité, certains sièges cédés à la gauche devraient être compensés par des sièges pris à la droite.

Nupes : Lors des précédentes législatives, la gauche a souffert de ses divisions. Cinq années plus tard, elle est toujours minoritaire dans le pays. Mais elle avance unie sous une bannière commune. De quoi mobiliser son électorat et retrouver des forces. S’il semble quasi impossible pour elle d’obtenir la majorité et de décrocher Matignon, elle peut tout à fait dépasser 120 sièges, soit multiplier par deux son nombre de députés. En revanche, le fait de s’être placée sous la coupe de Jean-Luc Mélenchon et de l’aile gauche d’EELV la rend plus radicale en témoignent les "affaires" Bouhafs ou burkini. Cette gauche "new age" peut faire fuir de nombreux électeurs modérés et effacer ce bord politique de nombreux territoires. Les banlieues et les centres des grandes métropoles devraient en revanche faire bon accueil à la Nupes.

Rassemblement national : Un vote barrage au second tour, un électorat peu mobilisé lors des législatives. Ces deux obstacles empêchent le RN d’obtenir un groupe parlementaire dans un scrutin de type majoritaire. Les élections de 2017 ont confirmé la tendance : 21% des voix au premier tour pour terminer à moins de 10 députés .

Ces faiblesses existent toujours. Mais, pour la première fois, le parti dirigé par Marine Le Pen peut lorgner sur un groupe parlementaire grâce à plusieurs atouts : un score de plus de 40% dans 11 circonscriptions (dans lesquelles le front républicain marche peu, le vote RN étant banalisé), 28 départements où elle a terminé en tête au second tour. Les Hauts-de-France, la Région Sud et le Grand Est sont les trois régions privilégiées par le parti pour remporter des sièges.

LR : Un parti sous les 5% au premier tour et qui termine en tête ou en seconde place dans aucune circonscription, des fiefs devenus macronistes ou lepénistes, des candidats qui renoncent à se présenter, d’autres (moins nombreux que prévus) qui rejoignent la majorité… Sur le papier le tableau est sombre pour LR. Le parti a toutefois de la ressource en témoignent les bons résultats obtenus aux municipales et aux régionales. Les députés sortants souvent bien implantés et soutenus sur le terrain peuvent espérer limiter les dégâts. Les héritiers du gaullisme vont probablement perdre du terrain. Garder entre 50 et 70 députés permettra néanmoins d’exister, de peser et de préparer l’après.

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