L’accord conclu entre EELV et LFI devrait permettre aux Verts de retrouver un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. En contrepartie, le mouvement renonce définitivement à une ligne centriste qui a fait le succès de leurs homologues allemands. Un désaveu cinglant pour la "ligne Jadot".

Le changement dans la continuité. En 2012, les Verts français disposaient d’un groupe parlementaire de dix-huit députés grâce à un accord passé avec le parti socialiste. Dix ans plus tard, le parti écologiste devrait retrouver les bancs du Palais-Bourbon avec un nombre d’élus qui pourrait être plus important encore.

Un nouveau "grand frère"

Seule différence, le "grand frère" pourvoyeur de circonscriptions gagnables est LFI. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon attribue environ cent circonscriptions au pôle écologiste, dont trente semblent gagnables, cinq d’entre elles étant situées à Paris. Les ténors de l’aile gauche sont choyés : Sandrine Rousseau est investie comme elle le désirait dans le 13e arrondissement de Paris. Remporté à 55 % par un candidat LREM il y a cinq ans, le siège est jugé prenable. Julien Bayou, secrétaire national a, pour sa part, obtenu une investiture dans la cinquième circonscription de Paris où il a décroché 12 % des voix en 2017. Là encore, le strapontin gagné par Benjamin Griveaux est jugé prêt à tomber dans l’escarcelle de la gauche. Les Verts pourront obtenir encore plus de circos gagnables si le PS ne signe pas d’accord électoral.

La nouvelle alliance nommée Union populaire, écologique et sociale prévoit que les Verts disposeront d’un groupe autonome et pourront garder leur association de financement. Les partenaires s’engagent à soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon à Matignon en cas de victoire aux législatives, à défendre une hausse du Smic à 1 400 euros, la retraite à 60 ans, le blocage des prix sur les produits de première nécessité, la planification écologique ou la mise en place d’une VIe République.

Le prix du futur groupe parlementaire EELV ? Un reniement sur la question européenne

Alignement sur LFI

La constitution d’un très probable groupe parlementaire a toutefois un prix. Naguère fer de lance de la construction européenne, défenseur d’une armée communautaire, EELV va lâcher du lest. Le pacte LFI-EELV précise noir sur blanc que les nouveaux alliés sont "prêts à désobéir à certaines règles européennes, en particulier économiques et budgétaires comme le pacte de stabilité et de croissance, le droit de la concurrence, les orientations productivistes et néolibérales de la PAC". Pour autant, le deal a été validé par le conseil fédéral d’EELV à une large majorité : 84 voix pour, 10 contre, 8 bulletins blancs et une abstention.

La ligne Jadot tombe à l’eau

Si ce vote entérine la victoire de la "ligne gauchiste" défendue par des personnalités comme Éric Piolle, Sandrine Rousseau ou Julien Bayou, il constitue une sévère défaite pour Yannick Jadot et son courant qui prônent une idéologie pragmatique, centriste et inspirée des Verts allemands ou autrichiens. Ce désaveu est logique puisque, au sein de l’appareil EELV, la ligne "réaliste" est minoritaire. Toutefois, les électeurs d’EELV sont bien plus modérés que les apparatchiks à la tête du mouvement. S’il permettra aux Verts de disposer d’un groupe parlementaire et de reconstituer leur trésorerie, l’accord du 1er mai risque de perturber de nombreux citoyens réticents à s’aligner sur l’extrême gauche. De quoi, peut-être, augurer une scission ou des ralliements vers l’aile gauche de la majorité présidentielle. Et cornériser encore plus EELV.

Lucas Jakubowicz

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