Avec 58,5% des suffrages, Emmanuel Macron est réélu à la tête de l’État. Discours, résultats, profil des électeurs des deux camps… Voici les points à retenir de la soirée électorale.

Qui a voté quoi ?

L’étude sortie des urnes menée par Ipsos montre une France clivée. Pour faire simple, la "France riche" vote Emmanuel Macron, la "France moins aisée" vote RN. Ainsi, chez les électeurs gagnant moins de 1 250 euros par mois, Marine Le Pen est à 56%. Chez ceux dont le salaire est supérieur à 3 000 euros, Emmanuel Macron récolte 65%. Le même différentiel s’observe si l’on s’attache à la catégorie professionnelle. La finaliste malheureuse confirme son ancrage chez les ouvriers et les employés (67% et 57%) tandis qu’Emmanuel Macron obtient 77% chez les cadres et 68% chez les retraités.

Sur le plan générationnel, le président de la République peut dire merci aux plus de 70 ans qui sont 71% à avoir glissé un bulletin "Emmanuel Macron" dans l’isoloir. Les 18-24 ans, malgré une forte abstention ont voté Macron à 61%. Marine Le Pen, de son côté, s’appuie sur les 35-49 ans (53%). Elle est légèrement devant son rival chez les 50-59 ans (51%). Chez les 25-34 ans, elle est à 49% et chez les 35-49 ans, 47%.

Un fossé sépare également les électeurs se déclarant "satisfaits de leur vie" et les "insatisfaits". La première partie plébiscite le président centriste 69% tandis que la seconde couronne la députée du Pas-de-Calais (79%).

Marine Le Pen : battue mais pas abattue

La candidate RN a très rapidement pris la parole au pavillon d’Armenonville où son parti organisait sa soirée électorale. Si la première phrase de son discours, "Un grand vent de liberté aurait pu souffler sur le pays", laissait planer une certaine amertume, le ton global était résolument positif. Elle en a profité pour remercier "la France des provinces, des campagnes et de l’Outre-mer", soit son socle électoral qui l’a placée en tête le 24 avril.

Selon elle, sa défaite est une "éclatante victoire (…) les idées que nous représentons arrivent à des sommets". Marine Le Pen n’a pas semblé abattue et s’est déjà placée dans la séquence suivante : les législatives. Souhaitant prendre part à la "grande recomposition", elle a déclaré : "Nous lançons dès ce soir la grande bataille des législatives au côté de Jordan Bardella". "Je poursuivrai mon engagement au côté de la France et des Français (…). Jamais je n’abandonnerai les Français". Plus que jamais, la désormais double finaliste veut se placer comme chef de l’opposition. Clin d’œil au camp Zemmour, elle a d’ailleurs déclaré qu’elle n’avait "ni rancœur, ni ressentiment" envers eux. Un signe d’apaisement qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puisque, quelques minutes plus tard, le candidat de Reconquête! a appelé  "le bloc national à s’unir", à oublier ses "querelles" et à constituer une "coalition" comprenant son parti, le RN, DLF et une partie de LR. Reste à savoir qui en sera le chef.

Emmanuel Macron : "Ce vote m’oblige"

Pour sa part, le président réélu avait réuni ses partisans sur un Champ de Mars parsemé de drapeaux de la France et de l’UE. En musique d’introduction, l’Hymne à la joie, comme en 2017. Mais cette fois-ci Emmanuel Macron a fait son entrée au côté d’une dizaine de jeunes. Si le discours de Marine Le Pen était axé sur les législatives, le président n’a pas dit un mot sur l’échéance électorale à venir. Sur le fond, Emmanuel Macron a tâché de prendre de la hauteur et a joué la carte du rassemblement : "J’ai conscience que ce vote m’oblige (…), je ne suis plus le candidat d’un camp mais celui de tous". Sa tâche s’annonce rude, lui qui se dit à la tête "d’un pays pétri de tant de doutes et de divisions". Sans prononcer les termes gauche et droite, il a néanmoins estimé servir la France pour "cinq ans de mieux » pour mener un projet "républicain, humaniste, social, écologique et européen".

Une abstention massive ? Pas tant que cela

Marine Le Pen et Emmanuel Macron craignaient une forte abstention pour ce second tour. Pour le président-candidat, elle aurait pu signifier une absence de front républicain susceptible de faire monter sa rivale. Pour la candidate RN, elle aurait pu être la "répétition des régionales" où l’électorat populaire surreprésenté dans les votants RN ne s’était pas mobilisé.

Finalement, l’abstention est certes plus élevée qu’en 2017 (28,5% contre 25,44%) mais l’abandon des urnes n’a pas eu lieu. Et c’est la présidentielle de 1969 qui continue à garder le record d’abstention. Cette année-là, 31,3% du corps électoral s’est abstenu à la suite du mot d’ordre du communiste Jacques Duclos qui avait demandé à ses électeurs de ne pas choisir entre Georges Pompidou et Alain Poher, qualifiés de "bonnet blanc et blanc bonnet".

Lucas Jakubowicz

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