Ces derniers mois, les Français font face à une explosion sans précédent du prix des produits de première nécessité. Une proportion qui n’a cessé de croître depuis l’automne 2021, à mesure que les coûts de l’énergie – gaz, électricité, carburants – ont grimpé, tirant avec eux l’ensemble des prix à la consommation.
 
Le dollar, monnaie de facturation sur les marchés pétroliers, constitue le premier canal de transmission à l’économie réelle des chocs affectant le prix du brut. Il n’est donc évidemment pas surprenant que ces deux variables soient fortement liées.
 
Les coûts de production de biens et de services sont renchéris par de nombreux facteurs : la crise sanitaire du Covid qui occasionne encore des confinements dans certaines régions chinoises exportatrices sur le plan industriel et des surcoûts pour le transport maritime, la crise géopolitique liée à la guerre en Ukraine qui provoque une augmentation des coûts de l’énergie (gaz, pétrole et électricité notamment) et crée des difficultés d’approvisionnement pour les entreprises françaises et européennes, les dégâts sur la production agricole occasionnés par le réchauffement climatique. Tout ces facteurs contribuent à alimenter l’inflation.
 

Le bon de la facture énergétique

 
Cette hausse des prix impacte mécaniquement le pouvoir d’achat, ce qui va peser sur la consommation et donc sur la demande. Le bond de la facture énergétique traduit de façon systématique un appauvrissement renforcé de l’Europe en général et de la France en particulier.
 
L’Europe ne parviendra probablement pas à échapper à la récession qui résulte notamment de choix politiques et budgétaires. La dépense publique est un réflexe, on l’observe de nouveau en France où l'État a dépensé 10,5 milliards d'euros pour plafonner à 4 % l'augmentation des tarifs de l'électricité. La facture de la réduction sur les prix du carburant s'élèvera, elle, à 7,5 milliards d'euros. Enfin, le gel des tarifs du gaz devrait coûter 6 milliards d'euros. Ces mesures coûteuses ont un impact positif sur le taux d'inflation qui reste inférieur en France par rapport à d’autres pays européens. Le choix entre inflation et récession est cornélien pour les États.

 

Hausse de l’inflation : un fléau planétaire

 
Il ne s’agit ni d’un simple ressenti, ni d’un phénomène isolé à la France. Ceux qui espéraient que le pire était passé devront attendre. L'inflation serait à 6,6 % fin décembre, selon l'Insee. Le chiffre serait bien plus élevé sans le bouclier tarifaire qui minore de 2,5 points la hausse des prix. En moyenne sur l'année, les prix auront augmenté de 5,3 % en 2022, contre 1,6 % en 2021.
 
Aux États-Unis, l'inflation a atteint en juin 9,1 % sur un an, un record depuis novembre 1981. Et ce fléau touche l'ensemble de la planète. La BCE a frappé fort pour endiguer l’inflation en augmentant ses taux de 0,75 point début septembre, après les avoir augmentés en juillet pour la première fois en dix ans, de 50 points de base. C'est le scénario le plus dur qui se concrétise. L'institution s'attend désormais à une inflation de 8,1% en 2022, contre 6,8% en juin.
 
Pour 2023 et 2024, les gardiens de l'euro prévoient respectivement 5,5 % et 2,3 % d’inflation, toujours au-dessus de l'objectif de 2 %. Dans ce contexte, il faut s'attendre à de nouvelles hausses de taux, a prévenu Christine Lagarde.
 
Selon les banques centrales, il faut refroidir la machine économique et tout cela réside notamment dans les anticipations. Le remède ne risque-t-il pas d’être pire que le mal et d’entraîner une hausse du chômage, voire une crise sociale et un changement de régime politique ? En effet remonter les taux d’intérêts alors que la zone euro s’apprête à entrer en récession ne risque-t-il pas d’aggraver l’état du malade alors que les États et les entreprises sont déjà très endettés ?
 
Entre ceux qui sont hantés par les spectres d’une inflation à deux chiffres et les autres qui n’y voient qu’un effet passager vite résolu, qui a raison ?
 
Les causes de l’inflation sont très différentes des deux côtés de l’atlantique. Aux États-Unis, c’est avant tout la consommation, la demande et les salaires qui génèrent la surchauffe. En Europe ce sont principalement les prix de l’énergie, mais pas seulement…

 

Les causes de l’inflation

 
En détail, plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :  le déséquilibre de la demande par rapport à l’offre induit une augmentation des prix. La pénurie des semi-conducteurs, l’envolée des coûts de transport et de stockage, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et les difficultés de recrutement liées aux nouvelles modalités de travail, la hausse des coûts de l’énergie en Asie et l’arrêt de certaines productions génèrent un goulet d’étranglement de l’offre. Parallèlement, la demande est restée forte du fait des aides financières (chômage partiel, PGE, exonérations fiscales, subventions) qui ont permis le maintien des liquidités pendant la crise mais aussi la création d’une énorme épargne accumulée où la valeur des actifs a énormément augmenté.
 
Deuxième facteur, la politique monétaire extrêmement accommodante des banques centrales. Avec les taux les plus bas de l’histoire récente pour relancer l’investissement et stimuler la demande globale, la création monétaire massive fait monter les prix puisque l’augmentation de monnaie en circulation se fait sans contrepartie de richesse créée supplémentaire. C’est la planche à billets ou l’argent magique.
 
Troisième facteur : l’inflation importée avec la hausse des prix de l’énergie qui résulte d’une sous-capacité de production chronique par rapport à l’ampleur des besoins d’une économie qui redémarre. Le gaz a ainsi augmenté de plus de 300% depuis janvier, l’électricité de plus de 200%, le baril de brut a plus que triplé en deux ans.
 
Ce phénomène d’inflation structurelle, dès lors qu’il reste modéré et sous contrôle est bon pour les États car il leur permet de se désendetter par un surcroît de recettes budgétaires et de conserver des taux réels d’endettement négatifs.

 

Le spectre des années 1970

 
Le pouvoir politique va être mécaniquement tenté, en cas d’inflation structurelle, de réintroduire des mécanismes d’indexation des salaires sur les prix, comme ce fut le cas dans les années 1970 pour rendre ses effets indolores sur le consommateur. Le chèque inflation du gouvernement s’inspire par exemple de ce type de mécanismes. En cas d’indexation automatique, c’est la spirale inflationniste qui s’enclenche. Elle n’est envisageable que si la hausse des prix engendre de fortes revendications sociales et des hausses significatives de salaires… que répercutent en France de plus en plus de candidats à la présidentielle…
 
« La croissance des salaires (…) a commencé à s’enclencher », assurait, en juin, Christine Lagarde, en annonçant de prochaines hausses de taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Un phénomène que les banquiers centraux et les gouvernements, échaudés par le souvenir des années 1970, redoutent par-dessus tout. À l’époque, à la suite du choc pétrolier, et comme les rémunérations étaient automatiquement indexées sur les prix, les fiches de paie étaient régulièrement revalorisées. Pour financer ces augmentations de salaire, les entreprises avaient relevé leurs tarifs, alimentant ainsi l’inflation. Cette spirale prix-salaires a été désamorcée en 1982 en France par la désindexation des salaires de l’indice de prix.
 
L’inflation seule n’est rien. Mais si elle devient le symptôme de chocs d’offre couplés à des politiques irraisonnées de soutien conjoncturel de la demande, elle porte en germe un risque très important, celui de la récession économique couplée à la hausse des prix.
 
Un second risque important pèse sur l’épargne, et les consommateurs, les retraités qui voient leurs produits de consommation courante augmenter et ceux qui détiennent du cash verront leur patrimoine fondre au fil du temps comme de la neige au soleil.
 
Dans ce contexte particulier où la protection du capital est un art extrêmement difficile et où le conseil vaut son pesant d’or, il n’existe aucun placement sans risque. Même les performances de l’or, valeur refuge, ont été décevantes en 2021.
 
Les alternatives sont hybrides et résident avant tout dans une diversification des solutions à la fois dans un endettement à taux fixe sur le long terme, des fonds de dettes privée, le private equity que ce soit des secteurs d’activité d’avenir ou dont les sociétés sont en mesure d’augmenter leurs prix pour tenir compte de l’augmentation de leurs coûts, et des solutions structurées à capital protégé ou garanti qui surfent intelligemment sur la période économique actuelle et dont des scénarios opportunistes peuvent générer de belles plus-values à court- moyen terme. 

 

Jean-François Fliti, associé fondateur, Allure Finance

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