Plus un arrondissement est végétalisé, moins ses habitants risquent de mourir lors d’une canicule. C’est le principal enseignement d’une étude qui analyse dix ans de données de mortalité à Paris.

Une étude publiée le 27 janvier 2026 dans npj Urban Sustainability apporte un éclairage inédit sur les inégalités territoriales face à la chaleur à Paris. Menée par l’Inserm, le Barcelona Institute for Global Health (ISGlobal) et la London School of Hygiene & Tropical Medicine, elle identifie les facteurs qui aggravent ou atténuent le risque de décès lié aux fortes températures dans les 20 arrondissements de la capitale. Conclusion principale : la végétation urbaine constitue le levier d’adaptation le plus efficace.

Une ville sous pression thermique

Paris concentre plusieurs facteurs de vulnérabilité aux vagues de chaleur. Avec environ 21 000 habitants par kilomètre carré et un effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) parmi les plus intenses d’Europe, la capitale accumule et restitue la chaleur plus longtemps que les milieux ruraux, un phénomène que le réchauffement climatique ne fait qu’amplifier.

Les chercheurs ont analysé les données de mortalité toutes causes lors des saisons estivales (juin-septembre) de 2008 à 2017. Sur cette période, 43 141 décès ont été dénombrés à Paris pour une population moyenne de 2,2 millions d’habitants. Les températures ont été reconstituées à haute résolution spatiale grâce au modèle UrbClim. Les disparités entre quartiers s’avèrent considérables : la couverture végétale varie de 1,4 % à 20,4 %, l’espérance de vie de 82,8 à 87,2 ans, et le revenu médian de 17 307 € à 43 290 €.

La végétation, premier facteur protecteur

Le résultat le plus saillant concerne le rôle protecteur de la végétation. Entre l’arrondissement le moins végétalisé et le plus végétalisé, la réduction du risque de décès lors des pics de chaleur atteint 23,5 %. Les arbres (“haute végétation”) semblent offrir une protection légèrement supérieure à celle des pelouses, sans que l’écart soit statistiquement significatif.

Deux mécanismes sont identifiés : un effet direct sur l’environnement thermique local, grâce à l’ombre et l’évapotranspiration, et des bénéfices indirects sur la qualité de l’air et la santé mentale. Une simulation montre que si tous les arrondissements avaient atteint le taux de végétation du plus vert d’entre eux, entre 356 et 581 décès imputables à la chaleur auraient pu être évités sur la décennie – soit une réduction de 31,6 % à 37,6 %.

L’îlot de chaleur urbain et le bâti, facteurs aggravants

À l’inverse, l’intensité de l’ICU – tant diurne que nocturne – ressort comme un facteur aggravant majeur, de même que la proportion de surfaces imperméables (béton, bitume). Le bâti joue un rôle notable : les arrondissements comptant une forte proportion de logements construits avant 1971 et aux mauvaises performances énergétiques (classes E à G) sont davantage exposés. En revanche, la hauteur moyenne des bâtiments est associée à un risque plus faible, en favorisant la circulation de l’air.

L’étude met au jour des disparités géographiques qui ne se réduisent pas à un simple clivage social. Les indicateurs de défaveur (chômage, faible niveau d’éducation) se concentrent à l’est, mais ce sont paradoxalement les arrondissements les plus aisés de l’ouest qui présentent l’ICU le plus intense, en raison de la densité de leur bâti et de leurs surfaces imperméables. Surtout, les variables démographiques et socioéconomiques – âge, revenus, isolement résidentiel – ne jouent pas de rôle significatif dans la modulation du risque de mortalité. Ce sont bien les caractéristiques de l’environnement naturel et construit qui sont déterminantes.

Des recommandations pour les politiques urbaines

À un mois du premier tour des élections municipales, ces résultats apportent une caution scientifique aux politiques de végétalisation de Paris inscrites dans son Plan Climat 2024-2030, qui prévoit 170 000 arbres plantés d’ici à 2026 et 300 hectares d’espaces verts supplémentaires. Les auteurs en saluent l’ambition, tout en soulignant la nécessité de corriger les inégalités de couverture végétale entre arrondissements.

Au-delà du verdissement, l’étude préconise une approche globale : matériaux réfléchissants sur les toits et façades, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, réduction du trafic automobile – source de chaleur résiduelle et de pollution. Les auteurs reconnaissent certaines limites, notamment l’absence de prise en compte de la pollution dans les modèles. Ces réserves n’entament pas le message central : face à l’intensification des canicules, végétaliser les villes est devenu un impératif de santé publique.

Alexandre Hervaud

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