Pour sa huitième édition, le World Impact Summit a quitté Bordeaux pour poser ses valises aux Halles de la Villette. En cette année électorale, ce rendez-vous des acteurs de la transition écologique a pris une dimension résolument politique, avec l’organisation de deux « Grands oraux » questionnant les candidats à la présidentielle et à la mairie de Paris sur leurs positions en matière d’écologie.

Pendant une quinzaine de minutes, chaque candidat – ou les représentants de ceux qui ont été retenus par la campagne ou des obligations judiciaires – était interrogé sur l’un des principaux sujets de préoccupation des Français. Présent dans le public, 100 Transitions vous propose un résumé de ces échanges, alors que la campagne présidentielle est désormais bel et bien lancée.

Les Républicains : Michel Barnier

Désigner un candidat pour le parti de droite s’avère complexe, tant les prétendants se bousculent au portillon. Les Républicains ont donc fait le choix d’envoyer Michel Barnier pour défendre leurs positions. D’entrée de jeu, l’éphémère Premier ministre de l’année 2024 a ironisé sur la guerre des chefs qui fait rage au sein de sa famille politique, expliquant « qu’un parti qui a autant de candidats à la présidentielle ne peut pas se porter si mal que cela ».

Banier WIS

Sur le fond, Michel Barnier a avant tout mis l’accent sur la réduction de la dette publique, estimant qu’en l’état actuel du budget de l’État, la transition écologique ne pouvait être financée. Plus surprenant de la part d’un ancien commissaire européen, il a également critiqué le Green Deal et la normativité européenne. Il est même revenu sur sa propre loi Barnier de 2008, jugeant son plan phytosanitaire trop ambitieux et responsable, selon lui, d’un retour de bâton du monde agricole. Il a conclu son intervention par un « l’écologie est un sujet trop grave pour le laisser aux écologistes », une formule qui a suscité plusieurs réactions dans le public.

 

Place Publique : Raphaël Glucksmann

Deuxième à passer sur scène, le Parti socialiste était représenté par Raphaël Glucksmann, qui ne cache pas ses ambitions élyséennes. Premier constat du fondateur de Place publique : le backlash écologique viendrait d’abord des responsables politiques, et non des Français, qui continueraient à soutenir les politiques publiques en faveur de la transition.

Glucksman WIS

Il prône une « radicalité sur les objectifs et du pragmatisme pour les moyens », estimant qu’une fois les normes adoptées, leur mise en œuvre doit être bien mieux accompagnée par l’État et l’Europe. L’Union européenne a d’ailleurs constitué un axe central de son intervention. Le député européen a évoqué la nécessité de réformer en profondeur la PAC afin de la déconcentrer et d’élargir la distribution des fonds. Il a surtout plaidé pour un renforcement du fédéralisme européen, qu’il juge indispensable à la conduite d’une politique écologique ambitieuse. Sur l’énergie, il a conclu en affirmant sa volonté de ne pas sortir du nucléaire, tout en appelant à rompre avec notre dépendance aux énergies fossiles.

 

Les Écologistes : Marine Tondelier

S’il est une candidate qui est intervenue en terrain conquis, c’est bien Marine Tondelier. Candidate des Écologistes à la primaire de la gauche, elle a réaffirmé son soutien au processus de désignation et s’est engagée à soutenir le ou la candidate désignée.

Tondelier WIS

Elle est revenue également sur l’une des faiblesses qu’elle identifie dans le discours de sa famille politique : une posture trop souvent perçue comme alarmiste. Si les messages d’alerte sont nécessaires, ils doivent, selon elle, être accompagnés d’un discours mettant en avant la diversité et l’ampleur des solutions disponibles. Elle a ainsi appelé à une écologie plus émancipatrice et plus joyeuse. Elle a par ailleurs rejeté les accusations d’« écologie punitive », rappelant que ce ne sont pas les écologistes qui ont « écrit les normes françaises et européennes sans se préoccuper de la justice sociale ». Sur le nucléaire, elle a confirmé sa position en faveur d’une sortie progressive, tout en proposant l’organisation d’une convention citoyenne nationale sur l’énergie.

 

Rassemblement national : Jordan Bardella

Si les applaudissements ont été nourris pour Marine Tondelier, l’accueil s’est révélé nettement plus réservé pour Jordan Bardella, venu représenter une autre Marine, également candidate, mais alors mobilisée sur le terrain judiciaire. Interrogé sur sa vision de la protection de l’environnement, il a répondu que « l’écologie c’est l’amour du beau ».

Bardellla WIS

Le président du Rassemblement national a tenté de se démarquer de l’approche historiquement climatosceptique de son parti, mettant en avant son jeune âge : « j’ai 30 ans. J’appartiens à une génération qui est peut-être plus soucieuse et plus sensible à cette question du réchauffement climatique ». Il est toutefois revenu rapidement à des propositions plus classiques : baisse des impôts, réduction de la dépense publique et promotion de la réindustrialisation, présentée comme un levier de réduction de l’empreinte écologique. Sur le volet énergétique, peu de surprises : soutien à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires et de barrages, opposition frontale aux éoliennes. Le solaire n’est envisagé qu’à condition que les panneaux soient produits en France. Aucune inflexion majeure de la ligne écologique du RN ne se dessine donc à ce stade.

 

LFI : Éric Coquerel

Pour représenter Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise a choisi une figure centrale du mouvement : Éric Coquerel, président de la commission des finances. Celui-ci a ouvert son intervention en reconnaissant que, malgré certains progrès, les avancées en matière écologique restent trop lentes, notamment face à la résurgence d’un climatoscepticisme venu des États-Unis.

Coquerel WIS

Le spécialiste des finances publiques a insisté sur le coût de l’inaction climatique et a affirmé que les moyens financiers nécessaires doivent être recherchés auprès des « très grandes entreprises et [des] ultra-riches ». Il a également plaidé pour l’interdiction des produits ne respectant pas les normes françaises et européennes, et plus largement, pour la mise en place de politiques protectionnistes sur les plans écologique et social. Dans le viseur, notamment, l’accord de libre-échange avec le Mercosur. En matière de mix énergétique, LFI a réaffirmé son objectif d’une production électrique 100 % renouvelable à terme.

 

Ensemble pour la République : Gabriel Attal

Dernier à se prêter à l’exercice, Gabriel Attal, lui aussi éphémère Premier ministre, est intervenu dans un contexte de recomposition de la majorité présidentielle. Bien qu’appartenant toujours au camp présidentiel, le député des Hauts-de-Seine cherche à marquer une certaine distance, ironisant notamment sur « un budget dont le principal mérite est d’exister ».

Attal WIS

Selon lui, la transition écologique doit être accélérée « en accompagnant les Français plutôt qu’en les brutalisant », citant la taxe carbone et la crise des Gilets jaunes comme contre-exemple. Sur le mix énergétique, il n’a pas plaidé pour une sortie du nucléaire, mais a insisté sur la nécessité de réduire en priorité l’usage des énergies fossiles et d’accélérer l’électrification des usages. L’ex-Premier ministre s’est enfin efforcé d’affirmer son autonomie politique, critiquant « des politiques de droite qui nous condamnent à ne pas être indépendants » et exprimant ses réserves sur l’accord de libre-échange avec le Mercosur, tout en se déclarant favorable aux accords commerciaux – un délicat numéro d’équilibriste pour le centriste.

 

Crédits photos : World Impact Summit

François Arias

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