Héritage de décennies de politique d’infrastructure, le modèle autoroutier cristallise débats et attentes autour de la qualité du service, du financement des mobilités et des rôles respectifs du public et du privé. Alors que l’avenir de ce réseau d’exception se joue, il importe d’interroger nos priorités collectives et d’ouvrir la voie à une gestion renouvelée et performante estime dans cette tribune Hubert du Mesnil, président de l’Institut de gestion déléguée.

Pour un observateur de notre histoire récente, le sujet des autoroutes ne peut que retenir l’attention. Après avoir tardé à lancer un véritable plan de développement du réseau, la France a connu une étonnante accélération, sous l’impulsion de Georges Pompidou, en parallèle du lancement des premières grandes plateformes portuaires et aéroportuaires, ainsi que du programme nucléaire. Le mode de la concession, auquel la France avait déjà recouru pour le développement des réseaux ferroviaires et fluviaux au XIXème siècle, a permis cette évolution, et a constitué des compétences d’ingénierie, de travaux, puis d’exploitation, à l’origine d’une remarquable expansion internationale et de l’émergence de leaders mondiaux.

Privatisation et péages : les origines d’un débat continu

La privatisation des sociétés concessionnaires en 2005, puis l’allongement et l’élargissement du périmètre de ces mêmes concessions ont soulevé une polémique concernant les réels bénéficiaires de l’opération. Celle-ci aurait été faite aux dépens des intérêts de l’État, et terni alors l’appréciation portée sur la valeur de ce patrimoine et son intérêt sur l’attractivité nationale et le développement des territoires. Dans ce débat, le coût des péages a pris la place centrale, d’une part en comparaison d’un réseau national non concédé et gratuit pour l’usager -et donc payé par nos impôts- et d’autre part comme source d’enrichissement des sociétés concessionnaires.

Aujourd’hui pourtant, les Français apprécient la qualité de ce réseau, et son intérêt pour tous. Oui, nos autoroutes sont chères, et nous nous en rendons compte quand nous payons les péages ; mais nous les utilisons et nous en sommes finalement satisfaits. Après l’intermède du COVID, la croissance est repartie, les trafics ont repris et les aires d’arrêt offrent toujours plus de services !

Définir une vision partagée pour l’avenir des infrastructures

D’ici quelques années cependant, cette page de l’histoire prendra fin, lorsque viendront à leur terme les contrats de concession. Cette clôture de contrat doit être gérée par l’État, en application des règles contractuelles qui l’ont prévue, mais la question est ouverte pour la page suivante. Avec sagesse, l’État a décidé d’organiser un débat pour mesurer tous les enjeux, et inviter toutes les parties prenantes à prendre position sur les différentes options possibles. Et de manière judicieuse, il a été prévu que le débat porterait sur l’ensemble des problèmes de financement des différents réseaux et modes de mobilités. Tel était l’objet de la conférence « Ambition France transports », pilotée par Dominique Bussereau, interlocuteur privilégié puisqu’ancien Secrétaire d’Etat chargé des transports. La conférence s’est centrée autour de l’idée de proposer des orientations politiques pour fixer des priorités sur les investissements à venir comme pour la gestion des infrastructures existantes et leur mode de financement, le tout dans un contexte de demande de mobilité croissante, de finances publiques sous tension et de nouvelles exigences de transition écologique.

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Construire un consensus au service du bien commun

Malgré un contexte extrêmement délicat et contraint, la fin des concessions autoroutières ouvre une opportunité exceptionnelle d’utiliser à bon escient la valeur du patrimoine autoroutier, fruit de décisions politiques avisées et de la compétence des sociétés gestionnaires. Nos concitoyens sont conscients des limites d’une approche démagogique (gratuité pour tous) ou idéologique (l’État reprend la place des opérateurs privés) qui ne va pas dans le sens du bien commun.

La conférence « Ambition transports » pilotée par Dominique Bussereau, a permis de construire un assez large consensus sur la priorité à accorder à la modernisation du réseau ferroviaire, sujet constamment évoqué et repoussé, et en aggravation continue. L’orientation retenue vise à préparer une nouvelle étape des concessions autoroutières en tirant les leçons des expériences passées, notamment en matière de périmètre et de durée des contrats.

 Ce débat, mené de manière claire et transparente, a permis un échange confiant entre les parties prenantes. L’approche était guidée par la recherche d’efficacité et en faveur d’un développement durable, avec un effort d’innovation y compris tarifaire, et en se gardant d’illusions imprudentes sur l’ampleur et l’affectation de cette ressource. Les conclusions tirées par Philippe Tabarot, actuel ministre des Transports, ouvrent la voie d’une nouvelle approche pour le financement dans la durée des infrastructures, et il faut espérer que les responsables politiques, malgré l’instabilité actuelle, ne laisseront pas passer cette opportunité de traiter sur le fond un sujet essentiel à notre avenir.

Un nouveau regard porté sur les perspectives de la mobilité

Oui, bien sûr, les autoroutes sont chères, mais nous les chérissons... Et si nous pouvons les garder en bon état, définir les conditions d’une gestion contractuelle performante et équilibrée avec les opérateurs, tout en tirant de leur valeur une contribution au financement d’autres modes de transport, ou de l’entretien des infrastructures existantes, alors nous aurons fait un grand pas.

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