D'après les sages de la rue Cambon, le modèle financier du premier quartier d’affaires d'Europe ne serait tout simplement pas viable à moyen terme.
Le modèle de La Défense "obsolète" selon la Cour des comptes
Le plus grand quartier d’affaires d’Europe va mal et ce n’est pas exactement un secret. Le taux de vacance de La Défense atteint des niveaux records, et nombre d’acteurs s’accordent à dire que le modèle du quartier va devoir évoluer pour garantir sa pérennité.
Derniers en date : les magistrats financiers de la Cour des comptes, qui, dans un rapport publié il y a quelques jours, portent un jugement sévère sur le modèle économique de l’établissement public local Paris La Défense (EPPLD). Dans le viseur, un modèle économique jugé "déséquilibré » et obsolète, malgré une gestion interne "fiable et efficace". Ce ne sont donc pas les équipes qui sont remises en cause, mais bel et bien les fondations mêmes du modèle économique du quartier. Ces dernières reposent sur le développement d’une réserve foncière qui s’assèche : les recettes tirées de l’aménagement ne sont pas infinies et vont donc s’amenuiser "à moyen terme". Un flot de revenus voué à se tarir, alors que les dépenses sont, elles, incompressibles : les frais d’entretien et l’investissement dans les espaces publics et le labyrinthe de tunnels sous la dalle de La Défense ne vont en effet pas disparaître.
Des recettes surévaluées
Le rapport note également qu’en plus d’être finie, la vente des droits à construire a rapporté bien moins que prévu. En cause, de nombreux projets qui n’ont jamais vu le jour, frappés de plein fouet par les crises successives – Covid, guerre en Ukraine et économie en berne. Résultat : une trésorerie qui risque de s’assécher si rien n’est fait. Remplies à hauteur de 188 millions d’euros en 2023, les caisses ne contiendraient plus que 3 millions en 2032, avec en prime des dépenses qui seront plus élevées que les recettes à cette échéance.
Pour les Sages, il est donc urgent de revoir la copie et de trouver de nouvelles sources de financement. Les collectivités sont dans le viseur de la Cour des comptes : au vu des recettes fiscales perçues, elles ne contribueraient pas assez. Elle suggère donc de doubler leur contribution, passant de 40 à 80 millions d’euros. Une mesure qui nécessiterait cependant que les élus locaux donnent leur accord, ou que la loi change. Parmi les autres options figurent un prélèvement sur la taxe sur les bureaux, ou encore la création de nouvelles contributions. Une taxe sur la plus-value liée aux opérations de rénovation ou encore sur la vacance sont ainsi évoquées.
Le rôle du département remise en cause
D’une manière plus large, c’est l’absence de vision stratégique de la gouvernance qui est critiquée. Le rapport pointe tout particulièrement du doigt le rôle selon lui trop important du département des Hauts-de-Seine dans les instances dirigeantes. Il plaide donc pour une révision de la répartition des droits de vote dans l’administration de l’EPPLD.
Si elle n’est pas la première à pointer les faiblesses et vulnérabilités de La Défense, la Cour des comptes cible directement et de manière chiffrée le mur vers lequel se dirige le quartier d’affaires. Reste cependant à voir si ses conclusions seront prises en comptes. En attendant, le prochain rapport sur le sujet de l’avenir du quartier d’affaires ne devrait pas tarder. Signé Jérôme Bédier (trésorier de la CCI d’Île-de-France) et commandé par Matignon, il sera normalement rendu fin septembre.
François Arias
