Malgré les interpellations multiples dénonçant une campagne au cours de laquelle la question du logement est restée très secondaire, en dépit des alertes des professionnels de l’industrie immobilière, des tribunes de ses représentants, le gouvernement a acté la disparition du secrétariat chargé du logement, au profit de… rien.

Comment est-on passé des rumeurs envoyant Véronique Bédague, directrice générale de Nexity, à Matignon, à la disparition du ministère chargé du logement ? Rapidement et sans sourciller. Notre président avait pourtant défendu son action en matière de logement face au secrétaire général de la Fondation Abbé Pierre, se félicitant de son bilan tout en reconnaissant qu’une marge de progression demeurait. À la lumière de cette dissolution, il apparait que la question est finalement réglée, la mission accomplie. Les ministères qui font profession d’ajuster leurs politiques aux problématiques modernes ne forment leur action qu’à l’aune des problèmes qui les concernent. Il parait donc pertinent de considérer que sans ministère du logement, pas de problème de logement. Et c’est une bonne nouvelle qui jure avec la morosité des acteurs de l’immobilier qui prétendent le contraire depuis de nombreux mois.

Portefeuille perdu

Il convient de rappeler que si Emmanuelle Wargon a assuré la fonction de ministre chargée du logement sous la houlette de Barbara Pompili et son ministère de la Transition écologique et Solidaire, le logement s’était déjà éclipsé de l’horizon ministériel au début du premier mandat d’Emmanuel Macron. Considéré comme technique et répondant au long terme, il s’est progressivement échappé de l’action publique, laquelle lui préfère le caractère instantané d’une ristourne à la pompe à essence ou d'un gel des loyers. Dans une tribune intitulée "Le logement, bombe sociale à venir", Robin Rivaton, nouveau CEO de Stonal, ne s’est pas embarrassé d’un point d’interrogation pour conclure son titre, évoquant, dès le mois de février, la marginalisation de la question dans les politiques publiques et la nécessité de la faire trôner en haut de la pile gouvernementale. Un message clair, une réponse désarmante. Dans le JDD en avril, Véronique Bédague appelait à la suppression du ministère du Logement au profit d'un ministère régalien de la Ville de Demain. Elle a été, en partie, entendue. 

Levée de boucliers

Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), peste : "Après avoir été le grand oublié de la campagne électorale, nous refuserons fermement qu’il soit l’oublié du quinquennat ! Il s’agit d’un bien essentiel pour chacun de nos concitoyens. L’ajustement qui interviendra à l’issue des législatives devra impérativement corriger cette position. Nul ne pourra nous faire le reproche de ne pas avoir suffisamment alerté sur le risque majeur d’une véritable et profonde crise du logement." Alors que les professionnels de l’immobilier s’alarmaient de la discrétion de la question de la production de logements au sein du débat politique, alertaient sur la perspective d’une crise majeure, la question du logement est restée au second plan dans les programmes, ce désintérêt se manifestant dans une étonnante limpidité par la suppression de son portefeuille dédié. Pascal Boulanger conclut : "Les promoteurs immobiliers de la FPI, par la qualité de leurs réalisations et les innovations qu’ils mettent en œuvre au service de leurs acquéreurs, démontrent chaque jour les nombreux atouts du logement neuf pour relever les défis de sobriété foncière et transition bas carbone et répondre aux besoins des Français". Sur Twitter, Emmanuelle Cosse, ministre du logement du gouvernement Valls II, s'indigne : "La  composition de ce premier gouvernement, au-delà des autres commentaires, n'est pas pris en considération à la hauteur des enjeux sociaux et environnementaux qu'il porte". Toujours sur Twitter, Norbert Fanchon, directeur général du Groupe Gambetta, regrette cette absence de passation "alors que la construction neuve devrait être au cœur des préoccupations pour ne pas aggraver la crise de pouvoir d'achat dans l'immobilier" quand Robin Rivaton évoque une "réponse cinglante" à un sujet "au croisement des inégalités patrimoniales, de la démographie, de la mobilité, du vieillissement". Une profession s'indigne... en attendant les législatives.

Déjà amorcée par la Fnaim, l'Unis et Plurience, la levée de boucliers devrait se poursuivre, au moins jusqu'à la démonstration probablement brillante de cette suppression. Dans cette attente, le message reste malheureux et le mal est fait. 

Alban Castres

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