Depuis son arrivée à la tête de Total en 2015, le PDG s’attache à diversifier la major pétrolière en misant sur les énergies propres. Mais sans pour autant négliger l’or noir. Une stratégie d’équilibriste qui porte ses fruits.

22 octobre 2014. Christophe de Margerie, emblématique PDG de Total depuis sept ans, décède dans un accident d’avion à Moscou. Après plusieurs mois d’attente, le conseil d’administration désigne son successeur en mai 2015. Il s’agit de Patrick Pouyanné, présent dans le groupe depuis 1997 et à la tête de la branche raffinage-chimie au moment de sa nomination. Ce scientifique, à la double casquette de polytechnicien et d’ingénieur des Mines, a notamment travaillé dans les cabinets du premier ministre Édouard Balladur puis de François Fillon, ministre délégué aux télécommunications. Un atout non négligeable pour diriger une entreprise parfois qualifiée de « second Quai d’Orsay ».

Le nouveau roi de l’or noir tricolore a une conviction : le pétrole, à lui seul, ne peut être une source de croissance sur le long terme. Ce diagnostic obéit à des impératifs écologiques, mais aussi économiques puisque Total est trop dépendant des variations du prix du brut. Patrick Pouyanné décide donc de miser davantage sur les énergies propres en créant, dès son arrivée à la tête du groupe, une nouvelle branche d’activité : « Gas, renewables and power ». Objectif, faire entrer d’ici 2035 son groupe dans le top 3 mondial des fournisseurs d’énergies non polluantes.

Pour cela, le nouveau PDG, qui dirige un groupe de plus de 100 000 collaborateurs, est fermement décidé à mettre les moyens nécessaires. Entre 2015 et 2019, Total investit 7,4 milliards d’euros dans la R&D, un quart de la somme étant dédiée aux énergies nouvelles. Ce qui permet notamment d’inaugurer SolarStar, une centrale à énergie solaire géante située dans le désert californien. En 2017, est lancée Total Spring, une offre de gaz et d’électricité propre. Pour accélérer la diversification de la major pétrolière, il met également en place une stratégie d’acquisition ambitieuse.

En 2016, il dépense 950 millions d’euros pour acheter le fabricant français de batteries Saft. L’année suivante, c’est le spécialiste de l’optimisation énergétique, GreenFlex, qui intègre le groupe. En juin 2016, le dirigeant décide également d’acquérir le fournisseur de gaz et d’électricité belge Lampiris qui revendique un million de clients en Belgique et dans l’Hexagone. Enfin, en avril 2018, Total annonce le rachat de 74% de Direct Energie, qui devient Total Direct Energie.

Mais Patrick Pouyanné ne néglige pas le cœur de métier de Total pour autant, puisqu’il continue à développer l’activité pétrole. Les plateformes sont modernisées, la prospection de nouveaux gisements se poursuit et un nombre record de brevets est déposé. Total joue aussi la carte de la géopolitique en étant la première compagnie pétrolière occidentale à revenir en Iran en 2017. Patrick Pouyanné décide également de faire main basse sur la branche pétrole du danois Maersk en 2018 pour la somme de 7,45 milliards de dollars puis rachète les activités pétrolières en Afrique de l’américain Anadarko pour 8,8 milliards de dollars.

Cette stratégie mêlant diverses sources d’énergie est payante sur le plan financier puisqu’entre 2015 et 2018, le chiffre d’affaires du groupe est passé de 144 à 184 milliards d’euros. Soit une hausse de 21,7% qui conforte Total dans sa place de plus grande entreprise de France.

Lucas Jakubowicz

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